L'ILLUMINÉ
Un mot encore. Monsieur. Remerciez-vous l'Etre suprême de vous avoir donné l'existence ?
Le Philosophe Je ne l'ai point sollicitée.
L'Illuminé Mais enfin, vous croyez en Dieu.
Le Philosophe
Comme vous, qui ne le comprenez point, j'admire et je me tais, de crainte de dire des sottises.
L'Illuminé
Il étoit bien inutile que je vous parlasse.
Je vous l'ai dit d'abord.
Que je vous plains !
Que je vous plains!
Le Philosophe
L'Illuminé
Le Philosophe
Pendant cet entretien, je comparois le philosophe et le prétendu illuminé à deux hommes qui ne peuvent s'entendre parce que leurs idiomes, et jusqu'aux caractères de leurs alphabets, sont différens. « Voilà, me dit l'Illuminé, un terrible homme. » — « C'est un enfant, » lui dis-je. — « Oui, de Belzébuth! » — « Non, de la nature; croyez-moi, ne damnez point, c'est un emploi impie. Vivez et laissez vivre. » Il sortit en colère, et plus illuminé que jamais.