‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 48 sur 84 · CALCUL A FAIRE · texte numérisé non relu

CALCUL A FAIRE

Puisque le calcul qu'on nomme intégral consiste à marcher du petit au grand, c'est-à-dire du petit, qu'on connoît, au grand qu'on cherche à connoitre, on peut, avec des recherches, faire le calcul suivant : Après les pierres et les minéraux, la partie osseuse des animaux est la plus dure et la plus durable des substances. Faut-il un siècle ou plusieurs siècles pour terrifier (i) les os? On peut en faire l'expérience. On connoît, et l'on peut encore mieux connoitre, la quantité d'animaux qui vivent sur la terre, mais plus difficilement dans les eaux. On connoît, à peu près, la population d'hommes (2). On sait combien de temps ils vivent avant de déposer leurs ossemens. N'est-il pas présumable que si l'on favorisoit trop (au centuple, je suppose)

(i) Réduire en poussière.

(2) Le monde seroit couvert de poules, a-t-on dit, si l'on étoit vingt ans sans faire une omelette; ceci est une répétition. (G.)

Et une exagération... Au lieu de « vingt ans », mettons : « quelques siècles ». Grétry e.xprime ici, et ailleurs encore (voy. chap. XIH de ce tome), avec une simplicité naïve, mais avertie, un principe important de la science moderne, celui de la progression numérique de l'augmentation des individus, d'où résulte la nécessité de la lutte pour l'existence et de la sélection naturelle, ce Tout individu qui, pendant le terme de sa vie, produit plusieurs œufs ou plusieurs graines, doit être détruit à quelque période de son existence, ou pendant une saison quelconque, car, autrement, le principe de l'augmentatton géométrique étant donné, le nombre de ses descendants deviendrait si considérable qu'aucun pays ne pourrait les nourrir. » (Darwin, l'Origine des espèces, chap. HI.)

la propai^alion et l'existence des animaux en général, la lerre seroit jonchée d'ossemens ; que le globe se trouveroit privé de la quantité de terre végétale, parce qu'il faut un laps de temps pour que l'os se terrifie; que nous manquerions d'alimens nutritifs, et qu'enfin nous péririons de cette disette. La nature, pour faire exister les diverses espèces, veut donc qu'elles se dévorent les unes les autres avant de vieillir. Admirons en

tout sa sagesse et taisons-nous.

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