‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 56 sur 84 · LA MORT EST SOUVENT AU BOUT D'UNE FETE · texte numérisé non relu

LA MORT EST SOUVENT AU BOUT D'UNE FETE

La vie est partout dans la nature ; donc la mort est partout : c'est le bout de la vie. Un régime doux, une vie calme et prudente peuvent différer l'instant de la mort, mais jamais la rendre inévitable. Combien de fois, en courant après le plaisir, ne rencontrons-nous pas la mort ! Chaque fête, chaque bal est souvent le signal de mort de quelqu'un. Récemment (fioréal an XIII), un bateau rempli de jeunes demoiselles, presque toutes charmantes^ a péri en revenant d'une promenade champêtre et retournant à la pension qui, en un jour, se trouva déserte (i)! Dans notre climat inconstant, quatre cents jolies femmes presque nues entrent dans une salle de spectacle ; la mode, la douce température de l'air leur permettent ce dénuement de vêtement ; mais le temps change pendant la durée du spectacle, le vent du Nord souffle à outrance et, en sortant, dix beautés sont frappées de la faux mortelle. Lorsqu'on bâtit

(i) « Dimanche dernier (i5 Floréal an XHI, 5 mai i8o5), M™« Vedé, maîtresse de pension à la Fère, revenoit de la fête d'une localité voisine avec vingt-cinq de ses élèves. M. Pelletier, garde-magasin de l'arsenal, la rencontrant, lui offrit de la reconduire sur un yacht appartenant à l'artillerie et qui remontoit la rivière. M™*" Vedé, quoiqu'avec une répugnance extrême, donna son consentement. A peine sont-elles entrées dans le yacht, que les chevaux qui le remontoient font un faux mouvement ; la corde se rompt, le bateau chavire, et dans l'instant tout est submergé... On parvint à sauver la sous-maîtresse, quatre demoiselles et un pontonnier; tout le reste a péri. » {Journal des Débats.)

la salle des Italiens, je demandai pourquoi on n'en pratiquoit pas la principale entrée par le boulevard. On me répondit que le sud étoit préférable au nord ; que pendant un siècle que pouvoit durer une salle de spectacle, on sauvoit peut-être la vie à mille personnes par cette précaution. Je trouvai que l'architecte, le savant et prudent Neurlier, avoit raison de préférer l'utile à l'agréable.

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