‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 58 sur 84 · PHYSIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIQUE

La physique est l'ennemie irréconciliable de tout ce qui est faux, exagéré ou douteux. Sans avoir l'air ou la prétention d'attenter à rien, elle frappe de nullité toutes les erreurs antiques et modernes de l'imagination de l'homme. L'union est intime entre la physique-type et la morale ; l'une n'est que la conséquence de l'autre : on ne peut les séparer. La physique tolère néanmoins les exagérations de convenance, telles que l'éloquence appliquée au bien, la poésie et la musique. Elle permet les suppositions mathématiques, chimiques, astronomiques, qui, si elles ne sont évidentes, peuvent conduire à des résultats fixes et précieux. C'est en parcourant le cercle des non-probabilités qu'on trouve souvent la vérité, qui est au centre : c'est le repos de l'homme de bien. Du reste, l'homme qui ne s'égara jamais n'existe point ; cet être, c'est Dieu ou la nature qui est son ouvrage. L'homme s'égare pour se retrouver ensuite ; il n'arrive au but qu'en louvoyant.

La musique et la poésie sont nécessaires à l'homme fatigué des sciences exactes. Prony (i) compose la musique d'une

(i) Gaspard Riche, baron de Prony, mathématicien et ingénieur, membre de l'Institut, professeur à l'Ecole polytechnique, auteur de dix-sept volumes de tables logarithmiques et trigonométriques, se reposait de ses immenses travaux en cultivant la musique avec

romance avec délice; Lalande (i) aime encore à chanter un air tendre avec sa voix octogénaire; Bonaparte retrouve avec plaisir l'idiome natif de sa musique italienne. Les beaux-arts sont pour l'homme fortement occupé comme un bain d'eau tiède qui détend ses nerfs.

L'esprit de l'homme livré à l'erreur, c'est le chaos de la raison. Trop resserré, trop circonscrit par l'exactitude géométrique, il souffre dans ses liens. Il lui faut donc, tour à tour, tension et délassement pour qu'il conserve son aplomb et sa vigueur.

Les dictionnaires de physique qui paroissent de nos jours contiennent autant de vérités que les anciens documens de cette espèce contenoient d'erreurs. C'est la physique, l'amour du vrai qui rectifieront le monde primitif, dans les sciences, la morale ou les arts. Un jour à venir, les hommes auront pour refrain : la physique ou la nature approuve-t-elle ? Oui ? Fiat. Non? Deleatur.

passion. Son instrument était la harpe ; c'est lui qui fut chargé par l'Institut du rapport sur la harpe à double mouvement d'Erard (i8i5). On lui doit également un ouvrage sur l'application du calcul logarithmique aux intervalles musicaux (lySS-iSSg).

(i) Sur Lalande, voy. plus loin, vol. IV, chap. 44, et vol. V, chap. i'^''.

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