‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 64 sur 84 · PHOSPHORE · texte numérisé non relu

PHOSPHORE

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Il ne faut qu'un mot pour donner matière à une conversation. « Qu'est-ce que cela? » disoit hier soir une jeune personne qui rapportoit sur son gant quantité de vers luisans. — « C'est du phosphore vitalisé », lui dis-je. — « Ah! oui ! Je me rappelle... Le phosphore reluit dans l'obscurité. » Alors, la conversation s'établit, (c Ce petit animal phosphorique, dit quelqu'un, doit être ardent en amour. » -— « Il l'est, je le parie », dit un autre. Et il chante (par plaisanterie) un passage du Huron, mon premier opéra : « 11 est toute âme, il est tout feu ». — « Si Mademoiselle veut les mettre dans le gazon, avant la fin de l'été ils auront triplé leur nombre. » Elle le fit, nous verrons ce qui en sera.

L'analogie entre les êtres et les idées s'empare alors des esprits. — En analysant l'essence principe de chaque animal, on peut reconnoître sa nature — c'est ce que font les chimistes — et dès qu'on connoîtra principalejnent l'essence qui domine un être, il sera aisé de rectifier ses mœurs, s'il en est besoin, en changeant, rectifiant cette essence. — C'est là le secret de la médecine, de la chimie et de la physiologie qui vient après ; mais cette connoissance est moins difficile à supposer qu'à exécuter. C'est dans notre intérieur qu'opère la médecine; on peut détruire un organe capital en en rectifiant un autre : cet art sera donc toujours plus ou moins conjectural.

Nous vivons trop peu pour conduire à sa fin une aussi intéressante opération ; il faudroit au plus habile homme une suite de siècles pour l'eft'ectuer. — Oui, mais la vie d'un homme se rattache à la vie d'un autre; l'homme meurt, ses conceptions restent, cent hommes n'en font qu'un pour l'art. Dès que le résultat d'une chose est trouvé, peu importe que l'homme meure, s'il laisse son secret. Peu importe que les idées qui nous ont conduits à la perfection d'une chose aient été lentes à se présenter, ou qu'un ou mille s'en soient utilement préoccupés ; les idées acquises par nos sensations ou celles des autres, c'est égal ; la chose est trouvée, perpétuée par l'impression ; elle appartient à tous, puisqu'elle est l'œuvre de tous. C'est quelquefois le plus ignorant qui pose la première ou la dernière pierre de l'édifice. On dit que c'est M"^^ Montgolfier qui fit le premier ballon aérostatique, en chauffant sur la paille enflammée une chemise pour son mari : il vit, il exécuta; il fit une plus grande chemise, voilà tout.

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