‹ Réflexions d'un solitaireChapitre 70 sur 84 · GENEROSITE · texte numérisé non relu

GENEROSITE

Si ma bonne vieille aux lunettes, qui n'en porte plus, avoit été avare, elle n'eût pas débouché sa vieille bouteille de tabac pour en régaler ses amis : en recouvrant la vue, sa générosité a eu sa récompense, et je crois que toujours elle la trouve : U71 bienfait n'est jamais perdu. Montrez-moi un homme généreux, un bon cœur qu'on n'aime pas et qu'on n'aime pas à soulager quand il est dans le besoin, je croiroi que le proverbe a tort. Les amis se retirent quand le sac est vide, dit-on. Ce n'étoientpas des amis; mais, dans le nombre des obligés, il n'en faut qu'un pour aider le généreux ruiné et il le trouve. On ne lui rendra pas un million, s'il l'a dépensé follement ; mais il trouvera suffisamment pour vivre. On ne peut éviter la réaction d'une chose, et la générosité a la sienne, inévitablement. Etre libéral, c'est souvent placer son argent à un petit intérêt, sans doute ; c'est comme le produit territorial : il est mince, mais sûr et permanent. L'avare ruiné n'a de ressources que dans ses larmes ; le sourire naît encore sur les lèvres du généreux après son désastre. Qu'il est doux de s'entendre dire : « Vous m'avez fait du bien, je vous le rends, selon mes facultés. » Sans doute que le généreux, toujours riche, ou à peu près, fait des ingrats ;

l'art de donner est si délicat ! Mais s'il devient pauvre, et qu'il se montre tel, la reconnoissance résonne dans le cœur de ses obligés et quelques-uns s'exécutent avec délice, tandis que les ingrats se retirent.

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