‹ RéflexionsChapitre 13 sur 109 · X* LETTRE · texte numérisé non relu

X* LETTRE

di j*avoîs été capable, Madame, de donner une édition en notre langue des œuvres de saint Jean de la Croix, je Taurois accompagnée d'observations propres à édaircir sa doctrine en quelques points. Je me serois appliqué surtout a faire voir qu'elle est sûre» solide et sans tache dans toutes ses paorties. Je suppléerai ici à ce que le traducteur n a pas fait ; et }e manquerai les différences essentielles qu'on doit reconnoître entre les instructions de notre saint auteur , et les principes des faux mystiques qui s'élevè« rent sur la fin du siècle dernier. Je n'ai qu'h parcourir quelques^uiis des articles qu oti a le plus reprochés à ces novateurs , et à leur opposer les sentimens tiFès-orthodoxes de saint Jean de la Croix.

Premièrement', ceux qu'on appelle quiéiistes faisoient de leur kotqine prétendu spirituel une espèce d'être insensible, qui seroit dans une inaltération et une inaction entière en la présence de Dieu.

Secondement , ils vouloient que cet honraie en vîi>i à ne désirer rien\ pas même son salut ;

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à ne craindre rien, pas même l'enfer; à ne s'alarmer de rien , pas même des pensées et des actions les plus impures.

Troisièmement , ils croyoient devoir porter l'abnégation de toute image , jusqu'à exclure de leurs oraisons le souvenir de la sainte humanité de Jésus-Christ.

Quatrièmement , les plus mitigés d'entre eux prétendoient établir un état fixe et permanent de l'amoup pur , en sorte que l'ame agit toujours par ce motif, en excluant le mouvement , même indélibéré, qui la porte à rechercher son propre intérêt, et en supprimant l'exercice de l'espérance et des autres vertus chrétiennes»^

Je dis, madame^ que la doctrine de saint Jean de la Croix est totalement opposée à ces erreurs. Et d'abord il enseigne partout que , dans la contemplation même la plus sublime , l'homme doit s* appliquer avec attention et atnour à Dieu (i).^ Je crois que cette règle est répétée plus de cinquante fois dans ses œuvres. Il dit de même que, quand Dieu se communique à l'ame fidèle, « celle-ci y consent avec amour (2)^» que a r ouvrage de l'ame qui aime est de s'appliquer 3» continuellement à l'exarcice de l 'amour (3). » Mais que trouve-t-oii dans les derniers traités du saint {La vive flamme de l'amour ei les Cantiques spirituels) ^ sinon le tableau de L'amour le plus actif et le plus varié dans ses opérations ?

(i) Pages 75 , 8lf et suiv. — (2) Page 33o. — (3) Page 455*. i

DB SAINT JEAJX B& LÀ CEOIK. 6l

Ensuite saint Jean de la Croix a tellement à eœtir que l'amc élevée àVunion divine désire le salut , que ces denx mêmes traités ( La vice flamme de t amour ti les Canù'çues spirituels ) roulent uniquement sur le désir de posséder Dieu. Dans cet état, dit-il ailleurs (i), Tespérance « Tencourage de telle sorte, etl» porte à. la '» recherche de la vîe étemelle avec tant de » vivacité» que tout l'univers ne lui paroît » qu'une bagatelle ta comparaison de ce qu'elle » espère. »

Pour ce qui regarde la pureté deVame , tout ce qu'il enseigne de la mortification des sens, tend à exclure toute espèce d'attachement aux objets sensuels. C'est là le fondement et la base de toutes ses instructions.^ . L'article qui concerne l'humanité sainte de Jésus-Christ est expliqué en termes si clairs et si forts , qu'il n'est pas possible d'imputer à notre saint le moindre doute sur cet objet. Vous avez vu-, madame ,. dans ma sixième lettre r ua long passage où il déclare sa pensée ; et j'epour-* rois en^ citer beaucoup d'autres qui recommandent toujours la méditation des mystères de la^ vie et de la mort de Jésus-Christ^

Enfin , quand il parle de l'union^ intime avec Dieu, il l'appelle , à la vérité, un état y mais il ne d4t en aucun endroit que ce soit un éiai fixe et permanent. Il enseigne même absolument le contraire , puisqu'il borne la contemplation la plus sublime à des mornens. Alors, dit-il (2) r

(t) Page 355.— (a) Page i53.

« Notre Seigneur donne à l'ame une simple , » générale et amoureuse attention àDieu... Hors » de ce temps-là , lame dans tous ses exercices » spirituels , dans tous ses actes , et dans toutes » ses œurres , doit se servir de la mémoire et .» de la méditation , pour augmenter sa dévotion » et Futilité qu'elle en reçoit ; mais surtout elle » considérera la vie , la passion et la mort de » Notre- Seigneur Jésus-Christ, afin que ses ac- »- tions et toute sa vie soient conformes à ce » divin modèle. »

£n quel sens donc Tunion divine est-elle un if/£i/, selon la pensée de saint Jean delà G:oix ? Cest qu'au moyen des instructions répandues dans son ouvrage , Thomme , aidé de la grâce , s'unira souvent à Dieu par les actes de Vamour pur; ce que ne fera pas, du moins si facilement et si souvent ^ celui qui ne sera que dans les premières voies! de la vie spirituelle Cette union divine sera un éiai^ parée que Thorattie qui s'y trouvera élevé conformera en tout sa volonté à celle de Dieu ; or , la volonté de Dieu est assurément que Thomnie', en cette vie , fasse non-* seulement des actes d'amour pur , mais aussi des actes de foi , d'espérance , de crainte surnaturelle , et de toutes les vertiis chrétiennes. Qu on conçoive bien, en un mot, que Vétai d'union divine , dans les principes de notre saint, n'est pas l'état d'amour pur , inais Tétat de conformité à la volonté de Dieu ; ce qui suffit pour le distinguer de tous tes qurétistes rigides ou mitigés.

DK sAurr ifiAn bx hk caoïx. 63

J'ajoute, sur Tamour désiutéresaé , que saint Jean de la Croix ëtoit trop savant dans la con- Roissance de Tame , pour croire qu'elle put reuoncer expressément au pmchant qui la porte à rechercher son bien. Ce penchant est nécessaire dans Vame ; et il est aussi impossible qu elle aime un objet qui ne se présente pas à elle Goaune bon , qull lui est impossible de ne pas désirer son bonheur* Dans l'amour pur , on peut bien faire abstraction du motif de l'intérêt propre ; mais ce motif indélibëré , qui n est autre chose que le penchant nécessaire vers le bien ,. se trouvera toujours dans cet acte quelque pur qu'il soit. S*il Y a donc eu des mystiques qui aient voulu exclure ce penchant si essentiel à famé , ils étoient aussi mauvais philosophes que théologiens dangereux^ et spirituels séduits par leur imagination. Sainl Jean èfi la Croix eut des qualités toutes contrsârès. J'ai voulu v madame, entrer dans cette discussion, non pour vous instruire ou pour prévenir vos^ doutes, mais pour me rassurer moi-même sur une doctxine qui ne m'est pas aussi famîKèrequà vous. Je suis , etc.

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