‹ RéflexionsChapitre 18 sur 109 · DB JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DB JÉSUS-CHRIST

lui-'inéme , selon ce que j'entends (1) ; et qu'entendoiuîl , que coDsuUoit-il ? les jugemens de Dieu sur chaque chose , sur chaque personne , sur chaque ëvéoement , pour en faire ensuite la rèj^Ie unique de ses jugemens : jugemens par là toujours équitables , taujours invariables , toujours exempts d'erreurs et de surprises. Je juge selon ce que j* entends , et mon jugement est Juste. Nous jugeons nous autres sur le rapport des sens et de l'imagination , sur ce que nous ins^ pire Fintérét de nos diverses passions , sur les jugemens d*autrui ,. qui sont presque toujours aussi trompeursi que les nôtres. Avec des lègles de juger si opposées , &ut-il s'étonner q|ae no<s jugemens soient si diflCerens de ceux de Jésus- Christ ; que nous appellions bien ce qu'il appeloit mal , et mal ce qu'il appeloit bien ; que nous méprisions ce qu'il estimoit , et que nous donnions notre estime à c^ qui. lui paroissoit petit , méprisable ^ abominable ? Cependant , c'est où il en faut nécessairement venir. £n vain espérerions-nous régler notre cœ3(ir ou nos actions , si nous ne commençons par régler nos jugemens et nos idées. Accoutumons-nous à nous faire au dedans de nous«*mêmes comme une espèce de conseil entre Dieu et nous. Autant de fols qu'il faut délibérer, prononcer, prendre un parti , allons là , écoutons Dieu. Lisons , pour ainsi dire , dans ses yeux et sur son visage ce qu'il juge et ce qu'il approuve (2^). Rien ne

(1) Joan. 5. 3o.

(a) De vidtu tuojudUium meum prodeat, Ps. x6. a.

jB BS l'intérieur

nous paroîtra important que ce qui regarde le salut et l'étemîtë. Aisément nous nous consolerons de toutes nos pertes et de toutes nos disgrâces 9 tandis que nous n'aurons pas perdu notre ame , ou couru risque de la perdre ; le monde ne nous paroîtra que ce qu'il est , une perspective ^e théâtre qui fait illusion à nos yeux , un songe agréable qui disparoît au moment du réveil , un charme qui tient notre raison liée et troublée. Jamais il ne nous échappera de ces retours si peu chrétiens : U est riche , puissant , honoré ; qu'il est heureux , qu'il est digne d'envie ! Nous dirons : Il soufire , il est dans Toubli , mais il estime son état , il t'aime ; que ne puis-je être comme lui , que son sert me paroît désirable !...• Ainsi certainement jugerons-nous des choses à la mort , au tribunal de Jésus- Christ , durant toute 1 éternité. Ainsi en jugent ceux qui ont passé et qui se laissoient séduire comme nous : c'est aujourd'hui la matière de leur confusion et de leur douleur. Profitons de leurs fautes , et ne nous préparons point de cuisans mais d'inutiles regrets.

IP Point. Le Cœur de J ésus-Christ. De quoi étoit-il touché , qu'aimoit-il , que désiroit-il , que respiroit-il ? disons plutôt : uni comme Jésus-Christ l'étoit indivisiblement à Dieu d'esprit et de pensée , de quoi pouvoit-il être touché? quepouvoit-îl aimer ou désirer ? Glorifier Dieu son Père , réparer st& injures , accomplir toutes ses volontés, le voir connu, aimé , adoré

DE JËSUS-GHBIST. 77

de toutes les créatures : tous les mouvemens de son cœur se tournoient là ; c'éloit comme son centre et le lieu de son repos. Il n*avoit ni crainte ni espérance , ni joie ni douleur , ni vivacité ni repos qui ne pût se rapporter là. C'est ce qu ilappeloit sa nourriture et son breuvage: ma nourriture est défaire la volonté de celui qui m'a envoyé (i). Un homme pressé depuis longtemps d'une faim cruelle, d^une soif ardente, n est pas plus content quand il trouve des alimens et une source d*eau vive , que Tétoit le Cœur de Jésjus-Christ y autant de fois qu'il pouvoit marquer à son Père les transports et les efforts de son amour. Alors il nécoutoit ni la nature ni ses répugnances. Quitter le Ciel , vivre dans la pauvreté et dans le travail , mourir en croix : mon Père sera glorifié ; je rachèterai , je réconcilierai , je sauverai les hommes , pour qui mon Père a tant <jle bonté et tant d'amour; c en est assez. Hors de là tout lui eut été insipide, ennuyeux, insupportable dans la vie.... Ah ! qui me donnera un cœur semblable au^ sien ? Que tout mon repos , toute ma consolation en ce monde soit d'aimer Dieu , de me sentir attaché à Dieu , ou d'agir et de souffrir pour glorifier Dieu ! que je n'aie plus d'inquiétude ni d'empressement que pour cela ! Hélas ! est-ce trop d'un cœur si petit pour un Dieu si grand , qui le demande ? F^ous aimerez de tout votre cœur. Faut-il encore le partager, y donner entrée à la créature , et souffrir qu'il s'af-

(&) Joan. 4. ^4>

78 DE L'iNTÉRIEUft

fectlonne, qu'il s'afflige, qu'il se transporte , qu'il s'abatte pour cette multitude d'objets étrangers ? En vain dit-on que Keu y tient tonjoura la première place* Les autres places ne sont donc pas pour lui ; et peul-îi n'en être point jaloux? Mais Dieu y tient-il même la première place ? Il faut des )Dumées entières pour se consolei!' d'une petite disgrâce ; la perte , l'absence , l'indifierence d'un ami jette dans le trottbk et dans le désespoir ; une entreprise , qui flatte la vanité ou lacupidité , ôte le repos et l'attention à tous les devoirs ; un succès nous nourrit, nous remplit, nous rassasie. Pour Dieu, cène sont que des froideurs; ce qui regarde sa gloire ne nous touche que foiblement : qu'il soit offensé , que ce soit nous-mêmes qui l'ofTensions , on a besoin de toute sa foi , de toutes ses réflexions y pour former à peine quelque regi*et léger de sa faute. Quelle nouvelle espèce d'amour , qui ne sait ni s*attendrir , ni s'animer , ni compatir , ni s'inquiéter pour un objet si digne de toutes nos affections ? Et l'on suppose que Dieu tient toujours la première place du cœur ! Disons-lui avec confusion : Je vous ai trop peu aimé , mon Dieu ; je vous ai trop tard aimé ; peut-être , hélas I je n'ai pas commencé à vous bien aimer. Otez-moi ce cœur de pierre , et donnez-m'en un plus sensible ; ou plutôt donnez-moi un cœur de pierre pour tout ce qui n'est ^s vous, et pour vous un cœur grand , tendre , généreux. Transformez le mien en celui de votre Fils ; faites que je corn-

DE JiSUS-GHaiftT. 79

prenne et que j'accomplisse tout ce que signifie cette grande parole : « Oh ! si vous i&tz ^feil^ë » une fois bien avant dans rintérienr de iésos*- » Christ (i) ! » IntrodoisezHOioi dans i^e safnctuaire : que toutes mes "vit^citës tiennent sV mortir là-; «que mes souiots , ^ue mes désirs imparfaits 'y •itie& icbagrins , viennent «e consumer dans c^tte foutti^tise ^'amour ! C'est ici la dévotion solrde an Cœur de Jésus , que les saints nous ont tant recommandée. Dans la personne de J^us-Christ , trop souvent nous ne consi-dérons qu^un extérieur <im frappe les sens ; dans son Cieur nous adoroms ses sentiiiiens intimes , ce zèle ardent de glorifier Dieu , cette charité immense dont il bruloît pour nous depuis que sonPènK kii eut déclaré le dessein de nous sauver. Adoroné^ mais imitons ; ainiaiis-ie lurméme , et aîtoons tout <st ^'il a aimé. Kotre perfeclMM est là« Toute la beauté de rhorome vient de bien former scmxrœur : Toute la gloire de la fille du roi est dans son intérieur (i) ; outre que le cceur ain^ foitné répatidra sur toutes nos actions extérieures ce qui rendit toujours celles de Jésu^Ghrist si parfaites et si dignes dé Dieu.

ni* t^OTNt% Principe des actions extérieures dans JésuS'Chrisi, Qu'est-ce qui le poussoit, qui le mettoit êti mouvement , qui le délérminoit dans ses diverses démarche^ ? toujours un principe de grâce : TEsprit de Dièù étoit comme l'anie de son ame : ce que saint Paul dit des

(i) De Imit. Christ, l. a. c. x.

(a) Ps. 44. i4.

82 DE L'mTÉaiBUR DE J. C.

qu'il est du bon plaisir de Dieu. Embrassons donc désormais cette manière noble et généreuse d'agir : désavouons dans nous-mêmes tout ce qui lui peut être opposé ; laissons gémir la nature de se voir arrachée à tout ce qui lui peut servir d*appui hors de Dieu : éprouvons-nous souvent ; sondons si Dièd seul nous suffit , et si, dans nos diverses démarches, nous ne cherchons que lui. Réprimons nos saillies et nos impétuosités naturelles partout où nous nous âenCons , et que ce soit lui qui nous mette en action^ D'abcnrd peut-être nous tve goûterons quÀvec peme le solide de cette nbmiîture :

elle est cette mâhne cachée t^îiien promet aux âmes généreuses (i) ; mais toute cachée qu elle est , c'est une manne enfin , qui , dans sa simplicité , prend ô« efface le goâttle taut le i^este.

(i) Apoc. II. 17.

MEDITATION

Page 1