LA PASSION DE NOTRE-SEIGNEUR
Quand on praid la résolution de se donner tout à Dieu , il faut s'attendve à soudfrir quelque chose. Jesus-^Christ, dans sa passion^ nous apprend à. souffrir , comme il nous apprend à agir dans les autres mjstèré)s de sa vie mortelle.
V"" Point. Les premières péiiies qu'on rencontre dans Texercice de la vertu , sont des peines tout intérieures^ qui viennent delà répugnance qu on trouve à se surmonter ; Je l'ennui inséparable des premiers commen^emens , josqii'à ce qu'on ait acquis l'habitude de bien faire ', du souvenir ftatteur d'une vie douce et libre a laquelle tant d'autres , qui passent pour gens de bien^ se laissent aller, et à laquelle on a été accoutumé long^temps de se laisser aller soi-même ; de la vive repiésentation des péchés passés, et de la crainte qu'on a qu'ils ne soient pas patxJonnés ; d'une certaine pesanteur qui vient quelquefois de la constitution du coi^s et de Tituaginatiôn , sans que l'esprit y ait aucune part; des tentations du démon,
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qui , voyant une ame déterminée au bien , lui fait regarder son projet comme impossible , et comme surpassant toutes les forces de la nature dans les siècles où nous vivons ; quelquefois aussi , de l'épreuve de Dieu , qui veut voir la fidélité de ses serviteurs , et leur donner occasion de pratiquer les vertus les plus relevées. Combien de fois se trouve- 1- on dans des circonstances où la mort même paroitroit plus supportable que ces agitations intérieures dont on se sent déchiré ! On se voit comme à deux doigts de retom*ner en amère , et de tout quitter : au moins on se relâche , et Ton va hors de Dieu et de soi-même chercher dans le commerce des créatures de quoi se soulager. Remplissonsnous bien, contre un mal si dangereux, de deux mystères de la passion de Jésus-Christ : sa tristesse mortelle dans le jardin, et son ago* nie sur la croix. Se peut-il un état plus affligeant et plus désolé que le sien ? Ici la nature lui arrache cette parole , peu digne en apparence d'un si grand courage : SU se peut , que je ne boive point ce calice. Là il se plaint amoureusement à son Père quUl Va abandonné* Jésus-Christ s'est montré foible , afin que le sentiment de nos plus grandes foiblesses ne nous abatte pas. Mais qu'a-t-il fait alors , et que faut-il que nous fassions ? II faut , i°. que dans ces sortes d'afflictions, à l'exemple de Jésus-Christ , Dieu seul soit celui à qui nous aurotis recours ; que nous portions à lui seul nos plaintes et nos chagrins; que, dès le premier accès de l'ennui, nous allions
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nous jeter à ses pieds » nous lui représentions l'état de notre ame , et nous lui exposions tous nos besoins; qu'il les soulage^ qu'il nous ôte notre croix, ou qu'il nous donne une force suffisante pour la porter. 2/ Sll ne paroît pas nous*exaucer d'abord , nous persévérerons avec Jésus-Christ dans la prière , jusqu'à ce que l'esprit se retrouve dans sa première assiette. Dieu BOUS enverra un ange comme à son Fils, plutôt que de manquer à nous fortifier. 3.* Quoi que fassent le monde et le démon, jamais nous ne descendrons de la croix où nous sommes attachés par l'ordre de Dieu : la victoire est perdue dès qu on sort du combat ; et il Y a toujours infiniment à gagner à demeurer ferme alors , nous semblàtÂl que nous ne faisons qu'une trèspetite partie de notre devoir. Prévoyons en particulier les occasions et la manière de mettre en usage ces résolutions : souvenons -nous que nous avons promis de ne point suivre d'autre modèle que Jésus-Christ, et de ne pas quitter notre roi jusqu'à la mort. Demandons-lui-en la grâce au nom même de ce qu'il a souffert pour nous dans de pareils combats.
II* Point. La pratique de la vertu est encore exposée à d'autres épreuves , qui lui viennent de la pari des hommes. Les libertins la raillent et la persécutent : on se voit exposé à perdre ses meilleurs amis, lorsqu'on veut se distinguer d'eux par une conduite plus régulière , quoiqu'on ne iasse au fond que ce qu'on doit ,
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et ce que Dieu demande. Le monde empoisonne souvent jusqu'aux meillepres intenlious et jusqu'aux actions les plus innocentes : il vous traitera de petit esprit,. d*bypocrite, peut-être de fou. Pour vous préparera tout cela, reprësentez*vous Jésus- Christ trahi par un de ses disciples, abandonné de tous les autres, conduit comme un scélérat dans tous les tribunaux de Jérusalem , traité de blasphémateur parce qu'il se dit Fils de Dieu , frappé de soufflets comme nn esclave, couvert de crachats comme un in<^ fâme, revêtu d'une robe de fou chez Hérode^ préféré à Barabbas chez Pilate , jugé digne de la croix au sentiment coianrun de tout un peuple à qui il ti'avoit fait que do bien; Voila jusqu'où doit aller le coiirage avec lequel il faut souffiîr pour la justice. Oh 1 si vous aviez bien compris quel trésor de grâces est renfermé daiï de pareilles humiliations , vous les désireriez , vous les demanderiez h Dieu. Du moins apprenez d'un si grand exemple à les recevoir patiemmetit quand elles se présenteront , à vous taire , et à ne pas user de retour envers ceux qui en pourront être les auteurs. Si la gloire de Dieu demande que vous vous justifiiez , ce qui est très-rare , Jésus-Christ ne l'ayant fait qu'une fois dans tdute sa passion , vous le ferez avec douceur et sans amertume. Vous prierez Dieu pour ceux qui auront été les inslruroeïis de votre affliction. Mais 6n vérité nous nous alarmons trop sur la persécution des hommes : tout ce' que nous pourrons avoir à souf-
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frir se réduira souvent à quelques paroles de raillerie 9 qui ne dureront pas si nous persévérons ; ou tout au plue à être oubliés du monde , lorsqu'il verra que nous l'oublions. G*est donc à cela qu il faut nous préparer. Jésus-Christ nen a-t41 pas asseK faiilt,pour attendre une pareille marque de notre amour et de notre reconnoissance. ,
III'' Point. I^aetle que soit la persécution des hommes, il ne faut pas craindre que leur haine aille jamais 'jusqu'à nous fla^^Uer , nous couronner d'épines , nous attacher à une croix. Mais il y a une tlrofsièm<^ sorte d'épreuve à laquelle les gens de bien se trouvetift exposés par leur propre ferveur. On n'a pas plutôt goûté Dieu , et compris ce qu'il mérite , qu'on entre contre soi-même dans une espèce de sainte fureur , et qu'on prend les armes de la pénitence , pour venger Dieu sur soi-même , de l'ennemi qui Ta osé offenser. De là ces saintes cruautés que les saints ont poussées jusque dans des es-^ pèces d'extrémités , par les veilles , les abstinences , l'usage de toutes soiies de pénitences et de macérations. Et qu'est-ce qui les pouvoit sou-^ tenir , que la vue de Jésus-Christ tout couvert de plaies pour des iniquités qu'il n'àvoit pas commises ? Je suis le coupable, et je serai le seul qui ne souffrirai rien ! Si je ne comprends pas ce que le Sauveur a enduré pour l'amour de moi , c'est pour le comprendre que je veux^ me faire sentir à moi-même quelque chose de sem-