AU SAINT-ESPRIT
Il y a , dans lès saintes Ecritures , deux grands traits sur le Saiat-JSsprit ; le premier est, qu'après la création du Ciel et de la terre , il étoit porté sur l'abîme , et ^uil donnoit la fécondité à tous les êtres q[tti dévoient , dans Tordre successif des ouvrages de* fiiieu , remplir et orner eet univers ; le second trait est ,qu après Tascensioji de Jésus^Christ au Ciel , le Saint-Esprit* descendit sur les apôtres , et les rendit propres^ au ministère qui leur étoit confié. Voilà deux créations, cdle du inonde et celle de l'Eglise. Des deux côtés le Saint-Esprit répand sa vertu vivifiante; il anime et il fortifie; il devient comme Tame des deux mondes, Tun sensible et matériel ,rautre invisible et spirituel. Jap^* prends que , si d'une part la matière n a pu par elle-même se mouvoir y à plus forte raison sepoit-elle incapable de produire en moi le prin^ cipe de la pensée ; et <]ue si , d'un autre coté , l'Eglise a eu besoin de l'inQuence du Saint-Esprit pour devenir la mère des enfans de Dieu , il est impossible que , sans Topéràtion de ce même Esprit divin, je naisse de Dieu , je vive pour Dieu , et je passe , à la fiç de ma vie , dans le sein de Dieu. Qu'il y^ a de clarté , d'étendue ,
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d'onction dans ces deux vérités ! Tout ce que je suis, comme créature r^sonnlble et conune chrétien , en dépend.
Esprit saint I source de tonte fécondité, de toute action , de toute sainteté, je me prosterne en votre présence , et j'avoue , en rougissant , mon ignorance et mon ingratitude. Jai su que vous êtes une des U»ois personnes divines ; que vous procédez de toute éternité des deux premières ; que- vous êtes Famour substantiel et înfinrdu Père et du Fila; que, comme le Père se eonnoit par son Verbe , et qu'il a dans lui la connoissance de tous les êtres existans et po&» sibles , il s'aime par vous, ô divinAËsprit , et ilaime en» vous tout ce qui est bon ,^airit et aimable : mais je n'ai pas con^déré que tout ce qui existe dans Tunivers , a reçu de vous Tactî* vite,. la forcer lo mouvement,. la beauté. O' Bien lies créatures" inanimées et celles qui sont privées d'intelligence annoncent votre opération^ par les diverses- foucttona qu'elles remplissent dans ce* monde , et les créatures douées de raison publient sans cesse*, par l'exercice de leurs f»* cultes , l'excellence de vos dons ; mais bien plus, nos âmes revêtues de^ la grâce* sont votre temple ; vous y habitez avec complaisance , vous les unissez au Père et au^Fils , vous, êtes le principe et lé nœud de l'adoption divine , vous êtes le gage du droit qu'elles ont au céleste héritage.
-0 mystère ineffable ! Dieu s'est communiqué deux fois à notre nature toute foible et toute bornée qu'elle est; la première fois , en lui don-
liant son Fils unique ; et la seconde , en répan-^ dant sur elle son Saint-Esprit. Jésus-Christ nous a rachetés par son sang, et le Saint-Esprit nous a sanctifiée par ses dons. Jésus-Christ a acquis l'Eglise en se livrant pour elle, et le Saint-Esprit Ta formée en l'instruisant, en la fortifiant, en l'étendant jusqu'aux extrémités de h terre. Jésus-^Arist est noire avocat auprès de son Père (i) , et le Suint-Esprit demande sans eesseà^ns nous et pour nous par desgémissemens inénarrables (2). Jésus-Christ nous nourrit de sa ehair adorable , et le Saint-Esprit nous fait trouver la vie d'amottr dans cett« céleste nour-* riture. %^
O aiïiott^! ô don précieux du divin Esprit!
que serions-nous sans Tamour ! que serionsnous sans vous , ô Esprit saint ? Vérité terrible ! Famour est dans le Ciel , et fait le bçnheur des saints ; l'amour est sur la terre , et console les amis de Dieu; mais l'amour n'est point dansr Fenfer, et c'est ce qui remplit de désespoir les démons et leS' réprouvés qui l'habitent. Esprit de mon Dieu , vous êtes* dans ce lieu de ténè-^ bres et d'horreur, par votre puissance, par votre justice, et vous n'y êtes point par votre amour. Une étincelle de votre divine charité éteindroit tous les feux de l'abîme , et conver* tiroit ce cachot- ténébreux en un lieu de délices^ Ah ! quand j'ai eu le malheur de vous perdre ^ Esprit saint , j'ai pu encore , par les larmes de la pénitence animée de votre grâce , vous rap^
(«). X Joaa. a. i. — r (1) Rom. 8. 26.
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peler dans mon cœur ; vous B*ayez pas dédaîguë dame rendre vos faveurs , vous avez oublié mes égaremens : mais dans Tenfer , phis de visites du Saint-Esprit , plus deretoui^ de charité , plus d'amour , éternellement plus d'amour , et par conséquent éteYnets regrets, étemels grincemens de dents , éternels déchiremens de cœur.
A cette pensée, divin Esprit, je suis saisi d'une frayeur mortelle : vous perdre pour toujours , et perdre avec vous l'espoir d'aimer ! Mais que ferai-|e , ô Esprit consolateur , pour me préserver d'un si grand malheur? L'Âpôtre a défié tous les êtres présens et futurs de le séparer jamais de vous (i)* Je n'ose tenir ce même langage, parce que je sens ma foiblesse et mon inconstance ; mais je vous offre mon cœur pour que vous le possédiez pleinement et invariablement. Il seroit mal en ma puissance , ce cœur si volage ; je l'ai perdu une infinité de fois , car c'est le perdre que de l'éloigner de vous , ô Esprit de mon Dieu ^ Qu'il soit désormais a vous ; blessez-le d'un de ces traits-dont vous avez percé le cœur de tous vos saints ; embrasez-le d'une de ees langues de feu que vous répandîtes sur les apôtres ; enivrez-le de ce vin délicieux que VEpouse des Cantiques goûta dans les celliers de l'Epoux. Que je sois tout amour pour vous seul, et que tous les faux amours disparoissent en votre présence , ô amour étemel qui régnez dans le sein du Père avec le Verbe , et qui ne cesserez de régner dans les siècles des siècles !
(x) Rom. 3. 55.
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