I . Mon ame glorifie le Seigneur
Quoi , tandis que tout ce qui respire doit glo^ rifier le Seigneur , et lui payer le tribut de sa dépendance , je me tairoîs ! moi, Tobjet de ses faveurs et de ses bienfaits les plus* précieux , je garderois le silence ! Hé ! comment renfermer dans mon cœur tous les sentimens que sa grandeur et sa miséricorde m'inspirent? Âh ! mon ame , livrez-vous aux transports de votre admiration, de votre reconnoissance et de votre amour ; et vous*, races futures,, hommes qui vivirez dans W suite des siècles^, l'objet des miséricordes du Seigneur, apprenez qu il doit être seul Tobjet de votre amour, et que ses bienfaits ^ de quelque genre qutls puissent être, dans Tordre de la grâce et dans celui de la nature , bien loin de fixer vos afl^ections et votre zèle , ne doivent vous servir que comme de degrés pour vous élever vers celui^ dont la main puissante a daigné vous favoriser.
2. Mon esprit y ravi de /oie y rend grâces à Dieu mon sauveur.
laS PARAPHaASSiBU CASITIQtlE
Oui , mon Dieu , vous le savez , ce n'esf pas dans vos dons , c'est en vous seul que mon cœur tressaille de joie. Mon bien-aimé est à moi , et je suis à lui ; je possède celui que j'aime; mon cœur.it'aiicn à désirer «ni à craindre. He'! que pourrpis-je souhaiter? tout autre que lui ne saurort me plaire ; avec lui je jouis de tous les biens , sans lui , tous ceux de l'univers me seroient insipides , onéreux. Mon Dieu m'a rendue cette cité heureuse arrosée d*un fleuve de joie , dont a parlé David mon père ; H â ékvé son trône dans mon coeur ; rien ne saupoit troubler mon bonheur: oui, je le possède mon bien*amié, et je nt cesserai jamais de le posséder: iut^l état comfparable au mien P^Qtre ;e voQS plains , hommes^ insensés l tous clKlrebez le bonheur, et il vous fuit; au moment que vous croyez avoir saisi la joie, elle'disparoît; votre vie se passe en des espérances vaines et des peines réelles : rigoureux , mais juste châtiment de la préférence >qiie vous donnez à la créature sur le créateurr Approchez^voiis de luî^ voyez et goûtez combien il est plein de charmesr pour ceux qui Taiment ; tous conviendrez 'bientôt qu'on jouripassé dans sa maison , Tau^t mieux que mille jom-s passés dams la maison des pé* eheurs : bientôt , honteax d*avoir livré votre cœur à des objets qui , sous le voile de la >oie ,. n'y ont porté qu'un vide affreux , et une foule de chagrins qui sont leur suite inséparable , vous vous récrierez avec moi : Mon am^ est transportée de joie.
DE LA SAnrrx yis&gb. i 29
3. îie ce quil a daigné regarder la bassesse de sa servante; car cette insigne faveur me fera nommer bienheureuse dans la succession de tous les siècles.
Oui, toutes les nations m*appelIeront bien* heureuse , la reine des anges et des hommes ; on bâtira des temples à mon honneur , Tencens fumera sur mes autels ; nulle créature n'a joui et ne jouira jamais^, dans le Gel et star la terre, d'une gloire aussi éclatante qae la mienne. Mais à Dieu ne plaise que j'ose m'attribuer le pris» cipe de ces faveurs : ce n'est ni au sang* d'Abraham y d'Isaac et de Jacob , ni à celui des pa-^ triarches , des prophètes et des rois qui coule dans mes veines , que je les dois ; c*est à la grâce, qui n'a jamais été stérile en moi, que je les rapporte ; c'est elle qui , en m'éclairant sur la vanité et le néant des choses humaines , m'en a inspiré du mépris , et qui , en me découvrant les immenses {grandeurs de mon Dieu , ne m'a plus laissé apercevoir en moi-même que le bonheur -de reconnoi^e ma bassesse. Nul titre , nul privilège, nulle prérof^ative ne m'ont jamais touchée ; la quaKte de sauvante du Seigaenr a seule pu me plaire , et c'est à Tintime persuasion de mon néant que je dois les regards favorables de mon Dieu , et tous les avantages qu'ils me procurent : parce quil a daigne re^ garder la bassesse de sa servante ; cette insigne faveur me fera nommer bienheureuse dans la succession de tous les siècles,
L II a fait en moi de grandes choses ,
l3o PARAPHRASE DU CANTIQUE
lui çni est tout puissant et dont le nom est saint. Aveugles hommes, instruisez- vous : le Seigneur a fait en moi de grandes choses , et son nom est saint. Son ange m'a annonce que j*ëtois pleine de grâce , qtie le Seigneur ëtoit avec moi y que j*ëtois bénie par-dessus .toutes les •femmes , que le fruit de mes entrailles étoit béni, que le fils que j'enfanterai seva, grand , qu'il sera appelé le Fils du Très-Haut , que le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; qu'il régnera éternellement suc la maison de Jacob , et que son règne n'aura point de fim C'est donc en moi que s'accomplissent les ora* clés ; e'est dans mon sein que le Ciel se récon* cilié à la terré, que Dien confirme san alliance avec les hommes; je suis donc destinée à donr ner au monde le Désiré de toutes les nations , celui qui du Juif et da gentil ne doit plus former qu'un seul peuple. Instruisez^vous , encore une fois , aveugles hommes, et que mon heureuse destinée vous apprenne le bonheur de la vôtre: participant à la nature divine par la sublimité du. mystère da Fils de Dieu fait homme ,. partagez avec moi les sentim^ns de ma reconnoissance, de' mes actions de grâces, et de mon amour ; puisque , si je suis élevée à l'auguste qualité de mère de mon Dieu , vous êtes appelés à la dignité d'être ses enfans : n'oubliez jamais la noblesse de votre adoption , et la magnificence de vos prérogatives^
5. Sa miséricorde et sa. bonté s'étendront dans la suite de plusieurs âges sur ceux gui le craignent.
BS LA SAmTS VIS&Gfi. l3l
Jusqu'ici Dieu n'a presque été connu que dans la Judée , son nom n étoit véritablement grand que dans Israël ; désormais sa miséricorde ne sera bornée m par les temps, ni par les lieux ; depuis le Jourdain jusqu'aux extrémités de la terre , depuis le levant jusqu'au coucbant , *on en éprouvera les influences. Mais le Sauveur qui vient à^oïfviT sa médiation aux bommes, qui prend la forme d'esclave pour briser leurs fers, qui souffrira pour les af&ancbir des peines , qui obéira pour les rendre libres , et qui sera- pau>* vre pour les enrichir , n'agira à leur égard ni par violence , ni par contrainte : ce sera un roi pacifique , qui ne régnera que par la douceur sur des sujets déciles et soumis ; son règne sera celui de la paix. Mais comme l'abus de sa bonté armeroit un jour son bras contre les ingrats et les rebelles , il avertit par ma bouche les hommes de tous les climats et dé tous les temps ,à qui ce cantique , l effusion de mon cœur, parviendra, de profiter de ses miséricordes , en venant à lui avec une f^onfiance mêlée de crainte , et une crainte mêlée de confiance. Sa miséricorde ^/ sa bordé s^ étendront dans la suite de plusieurs âges sur ceux qui le craignent.
6. // flt déployé la force de son bras ; il a renversé r orgueil des superbes en dissipant leurs des-seins
Dieu dit, et tout (ut fait; il dit, Tunivers sort du néant , les cieux se remplissent d'étoiles , la terre est posée sur des fondemens inébranlable&y lesoleil connoît le point de son lever
1 3 1^ FABAPffl^SE DU C AN TIQfUB
et de son coucher, la mer respecte des bornes , les champs se oouTrent de verdure , un ordre et oue harmonie admirables régnent dans le vaste univers ^ et ce n*est là que le jea de la main du Seigneur. Quand it s'agit de former Thomme , e*est un ouvrage qui semble exiger de ia part de son créateur une attention et une application suivie , un conseil!^ des apprêts : Faisons , faisons {'homme , dit-il ^ à notre image et à notre ressemblance. L'homme existe ; mais à peine est-il formé qu'il mëconnoît son créateur , il routrage , et se dégrade kii-méme ; ce Bien , qui p'a pas pardonné aux anges prévaricateurs ^ regarde en pitié è'^omme .€ou{^aÛe ; après s'être repenti de 1 avoir créé , il Ini prépare- une res-* source , un nouvel Adam , p%ir « saint , sans ta* che, séparé des pécheurs, plws élevé que les cieux , abaissé jusqu'au centre de la terre , re* vêtu de la forme des pécheurs : Dîeu lui-même , le Verbe fait chair y peut seul venger le Ciel , apaiser sa colère , rétablir l'homme dans l'innocence et la dépendance* Ce n'est point ici la main de Dieu , le doigt de Dieu , c'est <la puissance de Dieu qui doit opérer , c'est la force de son bras qui se déploie ; // a déployé la force de son bras. C'est le mystère de l'Homme-Dieu qui renverse l'orgueil des superbes en dissipant leurs vains projets , qui relève l'espérance des vrais adorateurs en donnant nn prix réel à leurs hommages.
7. Il a fait descendre les fprands et les puis-sans de leur Irône , et a élevé les petits.
nu hk sAurn TiSRc». i ?3
Grands au monde^ poissans da«îèole , hom* mes et trop souvent moins que Aes hommes , votre élévation et votre grandeur qui en impo* soîènt au vulgaire , tandis que vous étiez peut* être les seuls à qui elles ne faisoient pas illu^on par la connoî^sance du vide affreux qu elles latssoient dans votre cœur , elles vont être mises de'sormais à leur juste valeur^ elles ne trompe* ront plus des yeux éelaires par la sagesse mcar* Bce. Tout change- de face : dans un état obscur, sans ambition , sans orgueil , le pauvre bumble et soumis va posséder le bonheur qu on vous supposott ; il sera heureux. Poiur être heureux comme lui , descendez du moins en es{»'it de vos places , ou faites-y asseoir avec vous^ la dou«eeur et Thumilité ; car tel est désormais le^ so** lide bonheur accessible à tous les rangs , à tous les âges, à toutes les ccmdkions .: les grands comme les petitis , les maîlpes comme les escla^ ves , les riches comme les mdigens , tous peuvent être doux , humbles., pauvre» d*esprit ^ et y atteindre. £n suivant le modèle qui sera ex-posé à leurs yeux, sans quitter leur état, les grands descendront , les petits s'élèveront ; tous gagneront à oette heureuse révolution , la seule qui , en assurant le repoS' et la tranquillité des sujets , peut faire le bonheur des empires et de leurs maîtres.
8. // a rempli de biens ceux qui étaient dans V indigence; et il a renvoyé vides et pauvres ceux qui étaient riches.
Désirer les biens de la terre , les rechercher
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et tes poursuivre, passer les mers et les monts pour les atteindre , se tourmenter la nuit et le jour , s'exposer à tous les hasards de la mer et de la terre pour les posséder; toutes ces démarches pénibles , à quoi se livre Tambltieux , ne lui assurent pas le suecès ; le succès* même ne dédommage jamais des travaux et des fatigues de la carrière* La sagesse incarnée appelle tous les hoiùmes à la possession de ses faveurs ; tons y sont appelés, nul n en est exclus ; il ne feut que les désirer avec une sincère ardeur pour les posséder. O enfans des hommes! cœurs appesantis (pourquoi cherchez-vous à si grands frais la vanité et le mensonge qui vous avilis^ sent ? pourquoi fuyez^vous la vérité' et la sa* gesse qui votts élèveraient au-dessus du monde et de vous-mêmes , si vous saviez les désirer?
9. // a pris en sa sauvegarde Israël son servie tèur , s^ souvenant de sa miséricorde.
Ce peuple que vous vous* étiez attaché , ô mon Dieu , a bien' mal répondu à votre ten»
dresse;^ Depuis lé premier moment que vous Favez choisi , vous n avez cessé- de l'honorer de ▼os bienfaits , et il na cessé dé vous oflènser par ses ingratitudes et ses mépris : vous aves& employé les chàtimens^ pour le faire rentrer e» Ini-même; mais, oubliant bientôt les assurances qu'il vous donnoit de son repentir, il retomboit dans de nouvelles prévarications qui allumoient encore votre colère. Au fort de cette colère cependant vous vous êtes toujours sou- ^enude votre miséricorde ; Israël vous étoit ton*-
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jours cher ; et le serment que vous aviez fait à nos pères de leur donner un sauveur , un rédempteur et un Messie, qui rachèteroit Israël de toutes ses iniquités , ee serment devolt être in^ violable» Mais Flsraëi de Dieu , le peuple- qui devoît être aussi multiplié que les étoiles du firmament et que les g^ains^ du sable qui couvre le rivagjg de TOcéan » ne devoit plus être renfermé dans la Judée ; il devoit embrasser toutes les nations et tous les peuples-,, que vos prophètes ont exhortés d'avance à célébrer une miséricorde , dont iJs dévoient partagier les bienfaits avec les dépositaires de vos promesses^ les entant d'Abraham et de Jacob.^
Les oracles vont s'accomplir : déjà l'idolâtrie tremble ; les idoles , leurs temples , leurs autels seront détruits ; une grande lumière va sortir de Jérusalem ; le véritable orient, le soleil de justice éclairera bientôt lesnations qui vivent dans les ténèlu*es et les ombres de la mort. Ce peu'^ pie , au milieu- duquel j'ai pris naissance , rentrera dans le seiiv de votre Eglise, après avoir porté peqdant plusieurs siècles^ , au milieu des nations étrangères ,. l'humiliation , le mépris et le châtiment du à ses crimes ; il sera réuni aux véritaUes^ adorateurs-, et il ne formera plus avec eux que cet Israël , qui est la portion de votre héritage , une nation sainte et un sacerdoce royal ; il n'y aura plus qu'un pasteur et une bergerie, votre serviteur Israël, l'objet de votre miséricorde,
xa SeJon la promesse çu'il a faite à nûsph-