‹ RéflexionsChapitre 4 sur 109 · DB SAINT JEAN DB LA CROIX · texte numérisé non relu

DB SAINT JEAN DB LA CROIX

de Vame. Je poiiiToisa}outer que personne n'analyse mieux que lui les idées les plus subtile» /et nea tire avec plus de précision les conséquences. Il considère d'abord que , quand notre ame s'attache aux créatifres , elle devient non^ seulement semblable à elle», mais tout-à-fait dépendante d'elles, et ceci est un des effets de Tamour. Quand on aime un ob}et , on fait dépendre tout, son bonheur de la possession de cet objet. Cela se prouve aisément par ce qui se passe dans le cœur de tout homme passionné.

L*avare est Tesclave de son trésor; le voluptueux , de ses plaisirs , ou de ce qui les lui procure ; Tambitieux , des honneurs auxquels il aspire» Maïs comme tous ces objets en eux-mêmes ne sont rien , il s'ensuit que ceux qui les recherchent avec passion , sont moins que rien , puisque resclave est toujours moins que le maître dont il dépend

Les hommes passionnés conviennent asseK qu'ils sont dans les liens des objets qu'ils aiment. Us emploient même , dans leur plus beau langage, les termes de capimié et de chaînes ^ quand ils veulent plaire à leurs idoles. Mais ils ont une haute idée de ce qui les captive , et ils se révoltent quand on leur dit que ce n est rien» Or , pour les en convaincre, notre saint auteur présente le tout de Dieu. Il met en contraste Tétre et les qualités prétendues des créatures avec l'être de Dieu, avec ses perfections infinies, avec sa beauté , sa bonté , sa sagesse , sa puissance , sa majesté suprême. Â la présence de ces

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divines po^ections , la créature avec tout ce qu'on lui atlrifeue d agremens , cle force , d*©p«leilC€ , s'e'cHpse ti dreparoît. Oh ! qu'il y a de vérité et de iprandeur dans cette comparaison ! Celui qui veut profiter des œuvres de saint Jean de la Clroix, doit commencer par méditer le fmil de Dieu et le rien des créatures. Cette méditation doit l'occuper jusqu*k ce qu'il soit in* tiniement pénétré de ce tout unique , et de ce néant qui n'a aucune qualité parce qu'il est le néant. Cette méditation n'est point sur un objet de pure spiritualité ; c'est Tobligation de tout chrétien d'avoir une juste idée de Dieu et de soi-même , et cette idée résulte de ces deux vérités : Dieu est tout , et la créature nest rien.

Il faut bien concevoir que ce n'est pas le rien de la créature qui l'empêché de s'unir à Dieu. Le rien ne résiste point ; et quand Dieu se communique à Ja créature , il en fait quelque chose, il en fait même une belle chose, puisque la créature acquiert dès lors des traits de ressemblance avec le tout qui est Dieu. Mais ce qui empêche l'union , c'est que la créature aime quelquejchose qui n'est pas Dieu, qu'elle transporte au rien d'une autre créature Tliomraage qui n'est dû qu'au /ow/ de Dieu. Voilà , dès ce moment, un obstacle à l'union. Quand Dieu veut tirer une ame du néant , il ne trouve aucun obstacle^ parce que le néant n'a aucune force pour résister. Mais quand il veut s'unir à l'ame qui est déjà livrée à l'amour d'un objet créé, il trouve de la résistante , parce que cette ame est dans

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une opposition formelle à Fumon. Je sais qae Dieu a, dans les trésors de sa grâce , des moyens pour vaincre cette résistance ; mais il lui faut , en quelque sorte, employer plus d'effort que pour la création ; et c'est ce qn'obserre notre saint et ^udlcieuiL auteur. « Quand Dieu , dit- » il (i) , délivre une aûie des contrariétés (de ^ la passion ) , il fait , si je Tose dire , quelque » chose de plus grand que lorsqu'il tire Famé » du néant et lui donne l'être ; parce que les ^ passions de Tame s'opposent plus à l'opération » de Dieu que le néant , puisque le néant n'est » pas capable de résister à la majesté divine. » Ce n'est donc pas parce que la créature n'est rien , qu'elle ne peut aspirer à l'union intime avec Dieu. Il faut même qu'elle ne se croie rien, ou plutôt que , par ses réflexions, elle se réduise à rien pour s élever à cette union. C'est la doctrine que saint Jean de la Croix développe dans tout son livre. Mais ce qui empêche l'union , je ne puis trop le répéter , c'est que l'homme devienne moins que rien en se livrant à l'amour des objets créés ; c'est qu'il oppose Taffection déréglée qu'il a pour ces objets , aux sentimens d'amour que Dieu a pour lui , et à ceux qu'il devroit avoir pour Dieu. En cela consiste le désordre qui détruit en nous le règne du tout , et qui nous concentre dans l'extrême misère du péché. Il est vrai que , par la puissance de son bras, Dieu rompt quelquefois tout d'un coup le charme qui attache une ame passionnée ^ l'ob-

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jet de sa passion. Paul étoit animé d'un faux zèle pQur la loi , et sur-le-champ Jésus-Christ en fit le j)rédicateur de son Evangile , et le maître des gentils. Augustin étoit plongé dans' les désordres d'une jeunesse voluptueuse , et la simple lecture d'un saint livre remplit son cœur des plus pures ardeurs de la charité. Mais quelle seroit notre présomption de compter sur ces prodiges de grâce ! . £t n'est-il pas plus sûr pour nous d* entendre les leçons du saint homme dont j'analyse Touvrage ? Il nous dit d* envisager le tout de Dieu, de mortifier nos passions, de retirer notre cœur des objets créés qui le captivent , et qui lui ôtent les moyens de s'élever à l'union divine.

Mais qu est-ce que cette union ? Saint Jean de la Croit T ex pli que en ces termes (i) : « C'est » la ressemblance que la volonté de l'homme » contracte avec celle de Dieu , en sorte que » Tame de Fhomme veut tout ce que Dieu » veut , et qu'elle ne veut pas tout ce qui n'est » pas conforme à la volonté de Dieu. » On sent assez que c'est Tamour qui forme c^te union et qui Tentretient ; que cette union a des de* grés différens , selon les différens degrés d'amour ; que ces différens degrés d'amour dépendent des dons de la grâce plus ou moins abondans y et aussi des efforts que l'homme fait plus ou moins constamment pour se détacher de tout ce qui n'est pas Dieu. Notre saint auteur donne des leçons pour parvenir au plus haut

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degré d* union , parce que ces leçons tendent au détacbement , au dépouillement le plus parfait. Quand Tuniou est intime, ri dit que Tame est transformée en Dieu ; et cette expression , qui revient souvent dans son livre ^ ne doit point paroître extraordinaire ou trop subtile. L'apôtre saint Paul , opposant la nouvelle alliance à l'ancienne , ne dit-ii pas que nous sommes irons* formés dans l' image de Dieu , passant de clarté en clarté, comme étant conduits par V esprit de Dieu (i) ? D*ailleurs tous les cbrétiens ayant pour modèle Jésus-Gbrist qui est limage substantielle de son Père, n est- il pos nécessaire qu'ils ressemblent à Jésus-Christ , et par conséquent que leur volonté soit conforme à celle de Dieu ? C'est la transformation dont parle si souvent saint leau de la Croix. Mais qu*oiï interroge tout homme passionné pour quelque ob'^t créé que ce soit ; s'il est de bonne foi ^ n avouera-t-il pas que son ame %st transformée dans cet objet , que toutes ses inclinations se portent vers la créature qu'il idolâtre y qu'il se conforme en tout à ses volontés, quelque bizarre» qu'elles soient ? Faudra-t-il donc reprocher' aux saints l'usage très-légitime qu'ils font d'un terme dont on abuse si évidemment dans les liaisons criminelles que forme la passion ?

Pour parvenir à Vunion intime avec Dieu , il faut passer par la nuit àts sens » de l'esprit ^ de la mémoire , de la volonté ; c'est tout le plan de saint Jean de la Croix, dans sa Montée du

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Carmel, et dans sa Nuit obscure de l'ame. Ces quatre nuits seront développées , madame , dans quatre de mes lettres ; maïs je crois qu'il ira- » porte d'expliquer d'abord ici, avec le plus de clarté qu'il me sera possible , ce qu'il faut entendre parle terme de nuit y et quelle idée s'en étoît faâe notre saint auteur.

Ltiomme , sur la terre, est guidé par quatre puissances ou facultés , dont chacune a sa lumière. Les sens la reçoivent des ob).ets extérieurs ; l'esprit , des idées sur lesquelles il opère; la mémoire , des notions anciennes qui ont été dans l'ame y et qu'elle reconuoît ; la volonté , des cannoissances que lui présente Tesprit. Il n& s'agit pas , dans les instructions spirituelles de saint Jean de la Croix , d'éteindre ces lumières par rapport aux fonctions ordinaires de la vie. L'ame parvenue à l'union divine , selon les principes de ce saint homme , opérera toujours tandis qu'elle anime le corps , et ses opé* rations seront même plus parfaites et mieux réglées que celles de quiconque ne sera pas dans le même état d*union. Mais par rapport à cette union , ou plutôt pour y parvenir, saint Jean delà Croix enseigne qu'il faut réduire nos facultés aux ténèbres ; et c'est ce qu'il appelle la nuit des sens , de l'esprit , de la mémoire , de la volonté.

Comme il est question d'introduire l'ame dans une région tout autre que celle de la nature , il est visible que les lumières qui guident nos facultés naturelles , peuvent être plus préjudiciables qu'avantageuses pour entrer dans

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cette route toute spirituelle 9 et que d'autres écrivains ont appelée avec raison surhumaine. Si Dieu seul doit nous éclairer tandis que nous parcourons cette route , il est visible encore que nous devons abaiidonner toute autre lumière , et qu une des dispositions que Dieu exige de nous, est qu il nous trouve dans la nuit des sens , de l'esprit , de la mémoire , de la volonté. Si nous voulions concilier la lumière naturelle de ces facultés avec la lumière divine , nous nous abuserions étrangement nous-mêmes y nous prendrions le change sur le terme auquel nous aspirons, qui est Tunion intime avec Dieu. Bien loin d'avancer dans la voie qui y conduit , nous nous priverions de la lumière unique dont nous avons besoin , et nous serions dans un danger évident de nous égarer.

Concevons donc que la nuit obscure , dont nous parle saint Jean de la Croix , n'est que Vexclusion de nos lumières naturelles par rapport au chemin de la perfection. Il n y a pas un fort grand mystère dans ce principe ^ quoique , dans les conséquences et dans l'exécution , il soit très-sublime et très-difficile.

Il seroit temps , madame, d'entrer dans les instructions qui concernent la nuit des sens ; mais saint Jean delà Croix place à la fin de son premier livre de la Montée du Cannel , un morceau sur le tout de Dieu , dont l'importance vous a frappée, et que je n'ai point traité dans cette lettre. Vous agréerez donc que j'en fasse le sujet de la lettre suivante» Je suis , etc.

LBTTBES SDB LES (BtrVBES

Madame ,

Saint Jean de la Croix a sanctifie l'usage où ëtoient les anciens, de meltre en vers leurs lois et leur morale, Nul législateur , nul philosophe n'a rassemblé , dans un ouvrage de poésie, des ve'rilés comparables à celles que notre saint auteur présente dans l'étendue de ilouze vers (i)- Je devroîs, avant que d'en l'aire l'analyse , entrer dans une solitude profonde, et

(i) Toici ce!

i.PourgoiK

ut,d.

3. Pour pQisèJer tout, aoubailet d i- Four être tout , ijei la lolouté

S. Pour psrtenîr à ce que *oiiï d jiuwr p»r M qui ne trappe point >oli

l'ayez du goùl pour aueiiae chose, rien potséder.

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