I. Et quand vom dciei le relenir eu n
13. Cs[ il vous 'voulez avoir quelque chose a pu votre Irésor tout pur en Dieu.
posseuïoD du tout , vi le toul , Il
DB SAIKT JEAJX BB LA GB01X. t3
converser avec Dieu seul , puisqu'il 8*agît da iûutàe Dieu. O saints an^çes du Seigneur, qui connoissez mieux que tons les hommes ce ioui unique , dites-nous si ee n'est pas de votre main qu a été tracée cette admirable instruction ; et vous , grand saint ^ puisque vous êtes à la source de ce tout éternel , et que vous êtes inondé des délices quii verse dans votre ame bienheureuse, obtenez-moi la grâce de le connoître , et de ne rien dire qui ne soit conforme à vos sublimes pensées.
Il y a comme trois parties dans les douze vers de saint Jean de la Croix. Dans la première , il dit ce que naus devons être par rapport au tout de Dieu ; dans la seconde , ce que nous devons faire pour entrer dans le tout de Dieu y dsLUS la troisième « ce que nous devons éviter dans la recherche du tout de Dieu.
Quand on dit , madame, que Dieu est tout, on ne tombe pas dans l'extravagance de ceux qui imaginèrent autrefois que Dieu est tout cet univers , et que tous les êti*es visibles et invisibles sont des portions de la divinité. C'étoit faire de Dieu , non un être très-parfait , mais un monstre qui seroit Tauteur de tous les crimes , le centre de toutes les contradictions ^ et le sujet de toutes les misères. Dieu est un être singulier, très-distingué de tout ce qui existe, et existant indépendamment de toutes les autres substances corporelles ou spirituelles , de quelque nature et de quelque, rang qu elles soient. Dieu est/^jyf , parce qu'il possède essen-.
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tiellement toutes les perfections , et qu'il les possède dans un degré sublime , qui est l'infini. Dieu est tout^ parce qu'il a donné l'existence à tout ce qui existe , et que, quand tout ce qui existe hors de lut cesseroit d* exister, il n'en existeroit pas moins avec tous ses attributs. Dieu est tout , parce qu'il est présent partout , qu'il connoît tout , qu*il gouverne tout 9 et qu'il mérite seul toute gloire , tout honneur et tout amour.
Quand Pâme fidèle veut s'élever , avec le se*cours de la grâce, à l'union divine, elle tend au tout de Dieu , non pour partager les hommages qui ne sont dus qu'à Dieu , mais pour entrer dans un saint commerce avec Dieu ; et ce commerce est fondé sur le rien de la créature 9 c* est-à-dire , sur le soin que prend la créature , aidée de la grâce , de reconnoître qu'elle n'est rien , et de se maintenir devant Dieu dans l'aveu continuel de son rien. C'est ce que nous enseigne saint Jean dé la Croix. Il fait 9 dans ses vers, une sorte de gradation relative aux quatre principaux désirs de l'homme, désir du plaisir, désir du savoir, désir des richesses 9 désir des honneurs ou de la grandeur.
Il dit d'abord : « Pour goûter tout , n'ayez >> du goût pour aucune chose », et j'insiste sur ce premier vers , parce qu'il contient , ce me semble , tout ce qu'il y a d'essentiel dans les autres. Le goût est peut-être le plus fin , mais aussi le plus borné de nos cinq sens extérieurs. Il ne s'exerce que sur les alimens nécessaires à
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notre conservation, et sts fondions sont restreintes an temps où nous avons besoin de prendre de la nourriture pour réparer nos for* ces* Mais il j a dans nptre ame un goât d'inclination ou d'affection qui peut s'étendre à tout. Il ne ressemble au goût extérieur qu en ce qu'il JQge, comme lui, d'après l'expérience.
Nous ne décidons de la qualité des alimens , qu'après l'épreuve que nous avons faite de ceux qu'on nous a présentés, et notre inclination ou notre affection ne se détermine aussi qu'en faveur des objets dont nous avons quelque connoissance. Ce n'est cependant pas toujours l'esprit et la raison qui guident les jugemens de nos goûts intérieurs. Si nous sommes frappés d^un ob)et , et s'il nous paroît aimable , eût-il d^ailleurs mille défauts, nous l'aimons sanspe^ ser les motifs de ne le point aimer. 11 nous a plu , c'en est assez : le goût est formé ^ cet égard, et ce goût n'est rien autre cbose que Tarnoor , sentiment si nécessaire et si universel qu'il est dans tous les hommes , et qu'il se fait sentir dans tous les momens de la vie. Ainsi , le goût de notre ame est de tous nos sens in* téfieurs le plus actif et le plus impérieux. II commande à toutes nos sensations; il décide de tout ce qui se passe dans nos sens extérieurs. On aime -une belle musique, quoiqu'elle n'affecte que l'ouïe ; on aioie des parfums exquis, quoiqu'ils n'agissent que sur Todorat. Il en est de même de la vue et du toucher , dont les objets sont si variés , si multipliés , et si répandus
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partout. On aime ce qui flatte ces sens , quoique leurs fonctions soient très-dlffiérentes. Encore une fois^ le goût de Tame est comme un sens universel , parce que c*est la même cliose que Tamour. S'il arrive donc que dans la voie de l'union intime avec Dieu y on goûte uniquement le tout de Dieu», il ne restera plus rien à £ûre , et toutes les leçons de saint Jean de la Croix seront parfaitement observées. Mais )e dois éclaircir de plus en plus cette impor* tante doctrine»
Le Prophète a parlé avec la p\m grande précision quand il a dit (i) : Goûtez ei voyez com^ bien le Seigneur est doux : paroles que Tapôtre saint Pierre a répétées en instruisant les nouveaux fidèles (2). Cest par le goût ou l'amour qu'an eonnoît le Seigneur ; et ce, n'est même qu'à l'égard du Seigneur qu'il faut commencer par aimer avant que de bien eonnoîfcre. Dans tous les autres obfetS' , il faudroit bien connoître avant que d*aimer : mais les hommes pervertissent tous les jours cet ordre ; ils prodiguent leur amaur , sans examiner si ce qui les frappe mérite d'intéresser leur cœur; de là les égaremens et le repentir. A l'égard de Dieu seul , on ne court point de risque , on ne peut jamais être trompé. Si Ton goûte sa douceur » c*est que toute douceur est en lui : l'esprit confirme bientôt la décision du cœtir : on voit « selon Fexpression du Prophète t çue le Seigneur est doux
(0 Pt. 33. 9;
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et aimable* En un OK^t « Dieu sensible ao cœur , c est la foi de Dieu portée à la perfection.
Et voilà , madame , ee qui justifie la leçon de saint Jean de la G*oix : « Pour goûter tout , » H ayez du goût pour aucune ehose« » Tout homme qui goûte quelque cbose hors de Dieu , ne goûtera jamais Dieu , et sera loujoiurs hors du tout de Dieu , tandî» qu* il est dans le rien des créatures dont il fait néanmoins son tout, ît'admirez-vouft pas ces prétendus chrétiens du monde , qui veulent être dans le tout de IKeu , et dans le tout de leurs plaisirs, de leura soeié* té», de leurs projets ; qui prétendent concilier le goût de Dieu avec k goût de ee qui est contraire à Dieu ? Ce système est absurde : aussi Tapotre saint Pierre, exhortant les nouveaux fidèles à désirer le lait pur de TEvangile , ajoutoit , qu'il leur donnolt cette instruction eu supposant qu'ils eussent dé^ goûté combien le Seigneur est doux. Il ne croyoit pas que , sans ee goût du Seigneur , ils pussent être lés vrais ' enfans de TEvangile , ni qu'ils pussent goûter le Seigneur , et conserver en même temps le goût des choses qui avoient jusqu'alors servi d'alU ment à leurs passions^ Aussi l'apôtre saint Paul, écrivant aux Golossiens f leur dlsoit que , s'ih itoient ressuscites avec Jésus^hrist , ils dément goûter les choses du Ciel et non celles de la terre: car fous êtes morts ^ ajoutoit-il^ et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (i). Voilà des hommes capables de goûter k tout de Dieu , des
(x) Coloss. 3. X , a , 3f«
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hommes morts , et qui ne vivent que de la vie cachée en Dieu,
C'est là toute la pensée de saint Jean de la Croix dans cette sentence : « Pour goûter » tout n'ayez du goût pour aucune chose»; et de ce premier vers dépendent tous les autres : car si on ne goûte que Dieu , on voudra ne savoir que Dieu , ne posséder que Dieu , nitre qu'en Dieu ; et par conséquent on nt saura rien , on ne possédera rien ^ on ne sera rien hors du tout de Dieu. Je puis vous citer , madame , un très^grand homme qui fut dans cette voie ; c'est l'apôtre saint Paul, dont je vous parlois il n'y a qu'un moment. Il ne savoitçue Jésus, et Jésus crucifié (i)/ il regardoit tous les biens du monde comme de la boue, pour être plus en état de pos^ séder Jésus-Christ (2); Une vivoit plus lui-même , mais Jésus-Christ moit en lui (3). Je ne doute pas non plus que saint Jean de la Croix ne fut aussi dans la même route : et je pourrois lui associer tous les saints ; car ils ne sont dans le Ciel investis du grand tout de Dieu , qu'après s'en être approchés sur la terre autant qu'il leur ëtoit possible^
Je dois vous dire encore quelque chose de la pratique du /(72i/ , c'est - à - dire , des règles de conduite nécessaires pour y parvenir. Cette pra-> tique est contenue dans les vers 5', 6*, 7* et 8% de notre saint auteur ; et je finirai par les obstacles qui se rencontrent dans la voie du tout : le saint les indique, avec les moyens de les
Ci) t Cor. a. a. — (a) Philip. 3. 8. — (3) GaL a. ao.
DB sAnrr jeir de la choix. 19
éviter ou de les rompre , daos ses qaatre derniers vers.
<c Pour parvenir à ce que vous ne goûtez pas, » vous devez passer par ce qui ne firappe pas » votre goût» ; c'est-à-dire , si vous voulez pai^ venir au tout de Dieu ^ vous devez passer par une voie tout autre que celle où Ton- cherche à flatter sou goût ; et ceci comprend deux choses : d'abord le renoncement à tout ce qu'on goûte , ensuite la recherche de ce qu'on ne goûte pas » o.u j ce qui est la même chose , la recherche de ce qui contredit les goûts de la nature toujours opposée aux goûts de Dieu. Quand un voyageur a perdu le chemin qui conduit à son terme , on lui dit : Pour parvenir où vous voulez aller, vous devez passer par le chemin que vous ne tenez pas ; c'est-à-dire , qu'il doit abandonner la fausse route où il marche, et entrer dans une voie tout autre que celle qui Va égaré. Ces deux conditions sont nécessaires ; ce voyageur n'arriverait jamais s'il se contentoit d abandonner le chemin où il s'est engagé , sans vouloir en prendre un autre tout contraire. Il en est de même dans la route de l'union divine. Celui qui désire goûter le tout de Dieu en s' unissant à lui , doit croire que tous les goûts qu'il a eu» )usqu alors sont pernicieux y et qu'il doit s'attacher à d'autres tout opposés. Ceux-ci lui paroîtroat d'abord insipides ou amers ; mais qu'il ne perde pas courage ; qu'il jette ses regards sur Jésus-Christ qui a été abreuvé de fiel et de vinaigre ; qu il ouvre son ame au tout de Dieu
ao LETTRES SCB LES (BUTEES
qui est le centre de toutes les délices , et bien-^ tôt l[ franchira ce passage qui paroît si difEcilc aux hommes lâches el sensuels.
Il en sera de même de ce que cette ame fidèle ne sait pas , de ce qu'elle ne possède pas , de ce qu'elle n'a pas. Qu'elle « passe par ce qu'elle » ignore , par ce qu'elle n'a pas , par ce qu'elle " n'est pas ", prenant toujours le conlrepied de ce qu'elle a su , de ce qu'elle a posse'de , de ce qu'elle a e'ie ; et toute la roule qai mène au tout sera bientôt parcourue. Qu'elle s'arme surtout de résolution contre les obstacles ; qu'elle ne s'arrête à rien de crée , car elle cesseroît de se jeter dans le tout ; qu'elle ne réserve rien de son tout charnel et terrestre; qu'elle demeure ferme dans la possession du tout de Dien quand elle y sera arrivée ; qu'elle se garde de vouloir conserver la propriélé de quelque chose que ce soit, dans le tout de Dieu qui est le trésor unique qu'elle doit rechercher. Voilà , selon le langage de saint Jean de la Croix, Us moyens de ne pas empêcher le tout, ou, ce qui revient au même, de surmonter les obstacles qui y conduisent.
Je rassemble ainsi, madame, les qnatre derniers Ters du saint maître qui nous instruit ; mats je me reprocherois de ne pas reprendre celui-ci, qui est sublime ; " Four venir du tout au loul, vous devez vous renoncer du tout au tout. >■ Je vois ici un tout de la créature opposé au tout de Dieu. Ce sont comme les deux extrémités d'une carrière immense. L'homme part de s
DB SASTr JEAN DB LA CHOIX. 31
tout» qui eosoi est bd véritable rien, mais aa-
Suel le monde et les passions donnent une «orte 'existence ; il s avance vers l'antre extrémité o« est le tout de Dieu , seul et unique tout , seul dîgne de ce nom , seul faisant le bonheur des anges et des saints. Pour aller du premier tout, si funeste, dans la voie du salut, au vâitable tout qui est Dieu , il faut se renoncer du tout au tout , c'est-à-dire , détruire le tout charnel , et y substituer le tout de Dieu. On ne sert point deux maîtres ; on n'est point le serviteur de Jésus-Christ et l'esclave du monde; on n'allie pas les ténèbres avec la lumière ; on n'immole point au Dieu d'Israël et à Bélial. Qui dit $e renoncer du tout au tout , exclut toute réserve , toute restriction , toute composition. Ah! Seigneur, ceci m'explique la parole de Jésus-Christ , notre maître : Celui çui ne renonce pas à tout ce quil possède, ne peut être mon disciple (i). Ceci me fait voir que les apôtres , qui abandonnèrent leur père et leurs filets ; que les martyrs qui montèrent sur les échafauds et sur les bûchers ; que les soHtaires , qui préCerèrent l'obscurité des déserts à l'éclat des dignités de la terre ; que les vierges qui s'enfermèrent dans des agiles impénétrables au monde; que tous vos saints , qui combattirent tous les penchans de la nature , avoîent une véritable idée de votre tout immense et infini. Donnez-moi , è mon Dieu , un rayon de la lumière qui les éclaira , afin que je me concentre aussi , dès cette vie , dans ce
II) Luc. x4* 33.
tout dont faperçois la beauté , mais dont jô crains de ne pas saisir encore toute Timporr tance.
Je voua ai fait, madame, une trop longue lettre : vous en excuserez la prolixité , en considération du tout de Dieu dont elle traite , et dans lequel je suis y etc.