IV. J ^ai offensé le Dieu vivant
La vie de Dieu est l'être de Dieu. Il est infini , parce qu'il est vie et source de la vie. S*il y avoit quelque chose qui ne fût pas en lui , cette chose auroit vie indépendamment de Dieu , et Dieu ne seroit pas toute vie : s'il est donc toute vie , et si tout a vie en lui » il doit être infini ; car qui dit tout, dit infini. Quand j'ai péché , j'ai attaqué la vie de Dieu ; je me suis révolté contre ses attributs qui sont sa vie; j'ai posé une œuvre de mort , une œuvre qui répugne à la vie de Dieu ; c'est pourquoi Dieu condamne et punit le péché. Il lui est aussi impossible de ne pas punir le péché , qu'il lui est impossible de ne pas avoir la vie en lui. C'est cette vie de Dieu qui établit le jugement de Dieu » et qfai détermine les peines des réprouvés. Il est impossible d'échapper à ce vengeur ; il faut apaiser sa colère ou subir les arrêts de sa justice»
V. Je suis peu touché de mes péchés^ et cela vient de mon peu de foi.
Il y a soixante-cinq ans que j'existe , et tout autant que Dieu est en moi; cependant il y a plus d'un demi-siècle que j'offense Dieu , et je l'offense chez lui-même , puisque Dieu n a pas cessé d'être en moi. Il y a donc plus d'un demi-
(x) Gai. 3. aow
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Siècle que je contredis ma foi , plus d'un demisiècle que je ne vis pas eu chrétien , pas même en homme raisonnable ; car la rajson m'enseigne que Dieu est en moi comme dans tous les autres êti^es : elle m'enseigne par conséquent que j'ai offensé Dieu chez Dieu même , que je n'ai ni respecté sa présence , ni craint ses jugemens , ni fait -cas de son amour. Que ferai- je pour réparer ce demi-siècle de révoltes ? Je n*en sais rien, Seigneur; car mes péchés surpassent le nombre des cheveux de ma tête : ils me courbent vers la terre : ils obscurcissent toutes mes facultés. Voici cependant ce que vous m'inspirez : vie de foi , vie d'oraison , vie d'amour , vie d'union avec voire sainte volonté.
VI. Je sens en moi quatre choses , qui sont V effet du péché originel : i.** pente continuelle à lit 'éloigrier de Dieu ; 2.*' difficulté de penser a lui ; plus grande difficulté encore a me voir en lui; 3.** penchant continuel çers les créatures.
Voilà les sources de toutes mes misères ; car mon bonheur seroit de demeurer très-uni à Dieu, de penser continuellement à lui , de me tenir dans une grande séparation des objets créés. Le péché originel a fait sortir l'homme de la plénitude de Dieu , non quantàTexistence et à la conservation , car c'est le droit de Dieu de remplir tout ; mais Thomme est sorti de cette plénitude quant à son occupation intérieure* Le penchant vers les créatures a pris la place du penchant vers le créateur, quoiqu'il soit
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l'auleur de tous les biens. Il n'y a donc que l'oraison fréquente qui puisse rétablir cette pléuilude dans l'hamme.
VIL Ji n *ai poini eu jusquici une vraie idée du péchés Cette idée se prend au Cahaire^ Les saints voient toutes choses dans Vesstnee de Dieu; et je dois voir toute la malice du péché dans Jésus mourant.
Voici deux infinités , Fessence de «Dieu, el la mort de Jésus-Christ ; dans Fune sont tous les biens , dahs l'autre toutes les> doul'eurs , toutes les humiliations. Je croîs^qu''Tl est plus aké d'avoir quelque idée du> bonheur de» saints?
abîmés dans Tessence de Dieu , q^'il ne Test de connoître la malice du péché en* le comparant avec les tourmens et les anésmtissemen de Jésus- Christ. Le péché est cause de la mort d'un Dieu ; et quelle mort ? la plus douloureuse et la plus ignominieuse. Qu'est-ce donc que le péché ? d'où vient-il ? que prétend-il? ou àboulit-il? Le péché vient de ce que Thomme ne s'applique pas à connoître les droits de Dieu sur lui , qu'il oublie les bienfaits dont Dieu le comble sans cesse, et qu'il prodigue aux créatures un amour qui n'est dû qu'à Dieu. J'ai beau vouloir m' excuser sur mes sens, sur ma foibtesse, sur mes penchans, siurles occasions, sur les tentations ; je suis coupable pour n^avoir pas considéré ce que je dois à Dieu , et comment je suis tout à Dieu , et qu'il n*y arien que \K ne tienne de Dieu , et que nul objet ne mé^