DE VL. DE BEARIEASS
rite d être préféré à Dieu. Si je n'étoîs pas inex" cusable , Dieu n'auroit pas exigé de son Fils des satisfactions si étranges ; et si je Q*avo\s pas abusé de ma liberté , il u auFoit pas failli la mort d'un Dieu pour me réconciliei* avec Dieu. C*csf dans cet abtisde ma liberté q»e consiste lamalice énorme dn péehé. Si cette malice n*est4>a8 infinie en elle-^Rïéraev elle Test par rapport à l'objet infini que j'ai oHensé , et c'est cet objet infini dont il a falln réparer k ^oife. Jésus-^ Christ seul ap» opérer cette merveille : et c'est ce qui Téiève à n^s yeux sur le Calvaire. Malice du péché, abîme impéuétrabtè , je ne Taurois pas connue sans le grand spectacle de la croix; et avec ce spectacle même , je suis encore bien aveugle sur mes iniquités.
VIIL Je trouve enJésus-Chrisi tout ce qui me manque; amour ^ contrition^ anéantissement, et satisfaciion pour mes péchés.
Quand je pense à me confesser , je dois considérer q^e c'est une action qui demande de moi de la contrition, de l'amour, de Tanéan-^ tissement , et un vrai désir de satisfaire pour mes péchés. Mais comment^ poun^ois- je remplir toutes ces considérations*? fai le cœur dur eomme un rocher ; j*ai lie c^Ëur froid comme de la glace; j'ai le cœur kant comme les montai gnes ; j'ai le cœur sensuel ^ et le corps ennemi de toute mortification. Voici cependant un autre moi-même , et un moi-même très en grand, très en beau, très en tout genre de perfection ,
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qui possède tout ce que je n'ai pas. C'est Jésus- Christ : il veut bien que je sois une même chose avec lui. Que ferai-je? J'offrirai à Dieu sa contrition, elle fut immense au Jardin ; son amour, il fut ii\fini depuis le premier instant de sa vie ; son anéantissement , il fut au point de le réduire à l'état d'un ver de terre ; ses satisfactions, elles furent capables de racheter mille mondes. Je crois que ma confession sera bonne, si je suis dans ces dispositions»
IX* Je cherche la source principale de mes désordres , et je trouve que c^est la mauvaise habitude de m engager , sans avoir fait oraison , à des choses que Dieu ne veut pas de moi.
Il est à croire que cette observation paroîtroit frivole à la plupart de- ceux mêmes gui font profession dé piété. Ils disent que leurs désordres viennent des tentations, de leurs passions, de leurs affaires , de leurs sociétés , etc. Mais ces causes ne sont qu accessoires,^ et comme indirectes : si ces hommes , qui se piquent de piété , étoient adonnés à l'oraison , rien ne les détoumeroit du service de Dieu , et tous les orages du monde se dissiperoient comme d'eux-mêmes. On entre dans des affaires sans oraisoa, et Dieu ne veut point ces affaires. On se lie à des amis vrais ou prétendus sans oraison , et Dieu n'approuve point ces amitiés. On se voue à de prétendues bonnes œuvres sans oraison , et Dieu ne veut de nous que la solitude , ou bien d'autres entreprises pl42s relatives
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à sa gloire. Ou étudie, on écrit, on prêche , on compose , on récite des prières vocales , on assiste au saint sacrifice sans oraison , et Von sort de tous ces exercices distrait , sec , froid , sans onction et sans force. On accumule mille péchés dans ces œuvres , d*ailleurs excellentes , parce que l'oraison n'en est point TamcDire au monde entier qu'il se perd par défaut d*oraison , ce seroit tout à la fois dire une vérité et se faire siffler. Mon Dieu ! que la voie d'oraison est bonne , nécessaire, facile, agréable ^ et qu'elle est peu connue !
X. Je n'ai jatnais conçu que la vigueur de Vante dépend de V oraison ^ et ne se maintient que par l ^oraison.
J'ai bien quelque idée de la vigueur de Tame , parce que j'aime ce qui est vrai , ce qui est beau , ce qui est fort, ce qui est généreux, ce qui exclut toute timidité et toute langueur. Mais je n'ai point su où cette vigueur pouvoit se puiser. J'ai cru qu'il suffisoit de m'enhardir, et de mépriser les dangers. Abus né de TorgueiL En faisant oraison , j'aurois acquis ce ressort intérieur q'ui donne à l'sune une activité continuelle V qui la rend propre à fouler le monde aux. pieds et à s'élever vers Dieu.. Dans l'oraison , lEsprit saint accumule une multitude de motifs , de sentimens, de vues , de lumières , qui sont comme autant de petits arcs dont est formé le ressort général de l'ame. Dans une montre ; ce qu'on appelle le ressort spiral est com-
a 3a SUE UKS maXimbs
posé de pIusieuTS volutes qa on bande en montant la machine , et qui en se développant font aller toutes les roues , d'où résulte taute la marcke de cette horloge. C*est aussi Toraiison qui monte notre ame , et qui la met en état de gou-^ vemer tous les mouvenvens de l'intérieur. Si l'on ne remonte souvent cette sorte de machine tout deviendra inutile et san^ effet. Il faut gouvemer le cœur humain oonme ces mauvaises montres qui ne vont çuère qu au doigt et à rœil. Si voi^s les alMOKLonnez deux heures de suite , elles s'éloignent'âé la marche du soleil. Si je tie veille par l'oraison sur mon intérieur , tout se détraquera. Oh l que l'oraison est puissante pour régler cette infinité de mouvemens qui sont en moi ! Oh ! que je suis un mauvais ménager, de mon temps et de mes affections , si je négKge l'oraison , ou si je la fais mal l
XI . Je n 'ai point de plus grand ouvrage a faire que celui de me détachur dfmoi^mime.
Si le plus grand ouvrage de Vhommé est son salùt, et siy pour parvenir au salut, il doit être détaché de sai-méme, il s*ensuit que ce détachement est une opération aussi importante que le salut même : on juge de l'importance d'un moyen par celle de la fin. lei la fin est ce iqu'il y a de plus nécessaire à* rhemme , par conséquent le moyen est d'ime'égalenécessité. Or, ce moyen ne peut être que le détachement de soi-même , le renoncement à soi-même. Jésus- Christ a dit que celui qui veut le suivre , doit
DB M. DB BJOUIIÊBXS. a3l
se renoQcer et porter sa croix. Piû»-)e dauter qHe pour parvenir au salut , je ne doire suivre Jésus-Christ ; mais le suivrai-je sans me renoncer et porter ma eroix ? cela est impossible : la parole de cet Homme- Dieu est claire et sans équivoque. Je n*^aî donc qu*à Toir ce qui m'attache à moi-même et travailler sur ce fonds , non un jour, non mt mois, non une année, Buiis durant le cour» de toute ma vie.
XII. Je dois me défier de la. raison purement humaine : rien n éloigne plus de la perfection.
La raison en elle-même çst bien un don de Bien ; mais la raison affoiblie et obscurcie par le péché , est une misire de notre nature : et feUe est la raison purement humaine. Jésus- (]hrisi est venu réparer et rétablir la vraie raison ; mais comment ? par la foKe de la croix , par la science des tribulations , de la pauvreté et du mépris, par Tanéantissement de tout ce qu^H ja de purement humain dans moi. Qqand on veut tendre à la perfection, ç est la croix qu'il faut consulter , et non la raison purement humaine. Je sens tfès-bien cela , j'^eo^ferois peuiêtre des leçons aux autres , et dans la pratique je Foublie , je laisse rentrer là raison ^ la fausse raison qui me séduit , et qui me guide pour me faire aboutir au précipice. Sainte folie de la croix , prenez la pîace de cette orgueilleuse raison. Faites que je me défie d'elle en tout , et que je me confie en vous sans exception , sans^
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délai , sans retour sur ce qu'il y a eu d'humaîu dans toute ma conduite*
XIII. Je tends toujours par moi - même a la corruption et au relâchement.
Cette vérité me paroît si sensible que je la mets au rang des choses qne je sais le mieux. Je tends à la con*uption par la facilité que j'ai à rappeler les vanités et les plaisirs du monde. Je tends au relâchement par la liberté que )e prends , sous le moindre prétexte , de diminuer, de suspendi^e , de supprimer , d'altérer mes exercices de piété , 1 oraison surtout , ce moyen de salut si nécessaire. Cette tendance au mal , et cet éloigneraent du bien , <lort m'humilier plus que tout autre défaut ,. toute autre misère , tout autre égarement que je remarque en moi ; c'esl la source de ma tiédeur,, de mes troubles , de mon inconstance , de mes discours inconsidérés , de mes pensées déréglées, de mes résolutions imprudentes. Je ne sais point d'autre remède à cette tendance , que l'oraison de foi ,^ que la vie de foi ^ que la considération fréquente de Jésus - Christ , que l'union avec le tout de Dieu. Seigneur , soyez dans mon cœur comme le contre-poids de ce malheureux penchant.
Xiy • Je suis occupé des créatures et désoccupé de Dieui
Le rien des créatures remplit mon imagina^, tion, absorbe mes pensées, et le tout de Dieu ne m'effleure seulement pas. Voilà un renverse*-
DE M. DB B£BNIÉESS. 233
ment étrange. Dieu ne s'allie point avec tes créatures ; il veut être seul dans mon ame , et que mon ame soit seule avec lui ; seul à seul , un à un , deux mots qui renferment un grand sens , et que je devrois méditer sans cesse. Une des cboses les plus surprenantes , c'est que je m'ennuie avec Dieu , qui de toute éternité s'occupe de lui-même , et qui occupe et occupera éternellement les anges et les saints : c'est que ma foi est sans ressort et sans activité. J'ouvre au hasard les Livres saints , et je trouve ce beau passage de l'Apôtre : Voici le testament^ dit le Seigneur , que f établirai avec Israël : je graverai mes lois dans son cœur et dans son esprit ; je serai son Dieu , et il sera mon peuple ; tous depuis le plus petit justjuau plus grand me connoîtroni. ( i ) Si ce testament est pour moi , pourquoi suis-je désoccupé de Dieu? pourquoi Dieu seul ne me gouverne-t-il pas ? pourquoi n'est-il pas à moi , et ne suis-je pas à lui ?
XV. Je n'ai jamais compris le sens de ces belles paroles : Le monde m^est crucifié , et je sais crucifié au monde (2).
L' Apôtre veut dire qu'à ses yeux le monde est comme un malfaiteur mis en croix , qu'il a horreur du monde comme on a horreur du gibet et de tous les scélérats qui y sont condamnés. Il veut dire y dans le même sens , qu'il est aux yeux du monde comme un coupable condamné au dernier supplice ; objet d'horreur à
(ï) Hebr. 8. lo, 11. — (a) Galat. 4. x4^
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son tour à l'égard du monde et de ceux qui sont livrés aux plaisirs , aux vanités , au luxe et à la cupidité du monde. Voilà un mur de diviU sioa biea haut entre Paul et le monde. Il étoit impo&sible que Paul ne fît pas la guerre au monde , et que le monde ne la iit pas à Paul. Ce qui me touche, c'est » i.^ que cette expiicarr lion de son texte est littérale et directe , pri^e selon toute la force des termes; 2.'' que saint Paul n'a pas pu se tromper axas le jugement qu^R porte du monde ; X'* qtxe , malgré ce jagement , qui est l'oracle de la vérité , tant d^ chrétiens soient attachés au monde , que k n)ôn^ de soit leur idole , et qu'ils soient les idoles du monde. Si }e veux être chrétien , comme le fut TApQtre , je dois prendre ses sentimens par rapport au monde ; je dois m'éloigner de lui ^ comme on s'éloigne de ces lieux funestes où sont esposés les cadavres des suppliciés. Il s'ér loignera de moi dans la même proportion ^ et alors le monde et moi nous serons dans le vrai peint de vue du christianisme»
XVI. Je suis ètùnné que les lumières de la grâce entrent si difficilement dans mon ame : c'est que je suis trop rempli des créatures.
Quand on remplit une chambre de tant d'effets que tes croisées mêmes en soient ofïusquéfes, le soleil n'y pénètre point ouy pénètre peu'; ôtez ces meubles , dégagez ces fenêtres ^ et la lumière se répandra partout. Une ame pkine des affaires du monde est entièrement fermée à la grâce. î^o-
BB m. DS BEfiUl&EBS» l35
fce-Seigneur frappe bien de temps en temps à la porte , il sellicite l*entrée j il demande à être ^d^ais dans cet intériear ; maïs toutes k& £aM:iiLtés de l*hai9me sont occupées ailleurs , ellea ne font pas même attenlionà TËpeux qui frappew Yient le dernier moment , quand k monde disparoit et que toutes ses illusions cessent , alors du moins il faudroit outtîv ; mais commepi débarrasser l'entrée de toutes les passions qui l'assiègent : on n a nilè temps , ni Pnsage de cette sorte d'af&irev» ta plus importaHtooependanl de tou* tes ceUes qu'oa peut avoir en ce monè&. La grâice B*entre point , et Toa meuft dans les ténèbres qui prépareob edies' où le serviteur inutile est )eté par Tordre dé son maître : ténèbres désormais éternelles ^ et dont il est impossible de se délivrer. Obi que l'occupation des créatures est iuneste! qu'il est nécessaire d'entrer dans la solitude, Sei^eur , pour recevoir les impressions de votre grâce !
XYIL J'apprends aujourd'hui une grande vévite , c'est que les satisfactions des mondains et dâS sensuels ne vont /ornais /us^u * au fond de Vame, et ^uaa contraire la foie des âmes crucifiées est dans. ¥ intérieur.
U y a^ des satisfactions criminelles ; comment iroient-elies au fo^d de Vame , qui réclame eon^ tre le crime ?^ Tandis que les sens sont enivrés de plaisirs , la conscience est troublée , par conséqaent point de satisfaction vraiment kitérieure. 11 y a des satiskottons comme indifférentes , tel-
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les que la conversation d'un ami , la promenade , le spectacle d'un beau palais , d'un beau pays ; et ces petits plaisirs sont passagers ; on les goûte un moment, mais l'impression qu ils font s'envole , ils n'occupent même Tame que médiocrement : si Ton a quelque chagrin , ils ne le calment pas ; si Ton désire quelque chose , ils ne sont pas analogues à ce désir , et ils ne le ras- ' sasient pas. Il y a des satisfactions qu'on se procure par une sorte de goût dominant , telles que la passion d'étudier et de savoir » celle de voyager 9 celle de briller dans certaines sociétés , et je défie qu-àucun de ceux qui se livrent à ces sortes de penchant , soit satisfait , lorsqu*il jouit de ce qu'il désire. Le savant est toujours inquiet de ce qu il ne sait pas , ou du succès que doi* vent avoir ses counoissances ; le voyageur éprou** ve mille soins et des contre-temps sans nombre dans ses courses ; Thomme de société s'ennuie dans les cercles où il est le plus; fêté , et il ne l'est jamais autant qu'il le désire , et il rencontre partout des choses ou des personnes qui blessent sa vanité. Le fond de l'ame est vide au milieu de la jouissance la plus complète , et ce prétendu riche en satisfaction est en effet un pauvre qui mendie toujours et n'est jamais content. Enfin , il y a eu des philosophes qui prétendoient se satisfaire par la pratique des vertus purement humaines. Ils disaient que la pure beauté de la vertu les rendoit heureux. Ces prétendus sages étoient peut-être les plus sots et les plus malheureux de tous^ car ils s'abster
DB M. BB BBBRIÈBBS. iS?
Boîent de beaucoup de plaisirs pour se repaître de la chimère d'une vertu qui ne leur rendoit rien. C'étoient des pauvres orgueilleux , la plupart bilieux et misanthropes , preuve que leur ame ne jouissoit d'aucune satisfaction véritable. La vertu seule , sans rapport à TEtre suprême qui l'agrée et qui la récompense , est un mets sans assaisonnement , un diamant brut , une beauté sans éclat /et un trésor sans utilité. Au contraire , ô mon Dieu , votre amour , même au milieu des croix , remplit l'ame jusque dans son fond le plus intime ; point d'ennui , point de trouble , point de reproches de Tintérièur. Oh! il n*y a que la vue de votre essence infinie dans le Ciel , qui soit au-dessus de ce bien , vrai paradis des âmes saintes , délices pures dont vous êtes l'auteur , l'objet , le terme et le rémunérateur. Quand connoîtrai-je le fond de l'ame rempli du saint amour P quand éprouverai-je la vérité de cet oracle du Prophète : Ce n'est que dans la demeure des justes qùon entend les cris d'une véritable joie , parce que c'est la joie du salui{i).
XYJII. Je ne puis douter de cette vérité , qui est que plus je serai élevé en oraison -, plus /Vquipage de ma grâce doit croître , et son train doit grossir , c 'est-h^dire , h mépris et la pauvreté.
Gela n'est pas exprimé dans un st]4e bien no* ble 9 mais le sens qui y est renfermé me paroit admirable , et digne de m'occuper long-temps. Quand on s'élève à Jésus^Christ , par Torai-
(i) Es. 117. i5.
a3S SUR LES MAXIMES
son , on prend les iticimatîions de Jéstis-Chnst , on se confoi^me à la vie de Jésus-Christ, et vôîlà cefte g^âce ^i découle de 4 oraison. Mais cette grâce ressemble à la dignité qui •environne les rois et les grands , elle traîne après eUe un «qui^ page digne d* elle , un train analogue à ce qu'«Ue est. Et -quel est cet équipage , ce train ? Je n'ai qu'-à considérer Jésus-C^ist, qw estlereiauqilel je dois me conformer : ah I depuis ûbl crê*che jusqu'au dalvkire, il na paru ^ue «dans la pau^eté, dans les 'hun^iations/, dans -la con« tifadiclion , diuas les seuËfrances. Ce fut là tool l'appareil dfe^a dignité , et tel doit être le inien ^ puisque ^ digmté ra'^st commune , et qu'il a daigtié m'en'&k^ 'part.^i je m'appli>que eobstamment a l'oraison, )e connoîtrai l'impoptaiice et là beauté At^fM équipage , Tédlat de ee irainn Les grands se procurent des équipages chez lee marchands et chez les artistes ; avec de Targent ils se trouvcEnt bientôt potirvus de tout ce qui relève l'éolat de leur maison et de tout cex[ui les environne. Je troiiveraitout l'équipage de Jésus- Christ dans l'oraison ; c'est là le magasin d'où je tirerai tout ce qui ^m'est uécessàire. D^abord j'y t)rendrai'la connoissan ce deiua'ntisère : cette éx^e est fort preneuse , et c'est elle qui doit erttrer dans tous mes^meubleiuens. Ensuite ]t choisirai quelque ohose de jllus riche, savoir l'amour de Fabj'ection et du tdépfis : peu de gens emploient -celte magnificence dons lem* train ; nKiis un disciple de Jésus-*Chri^ doit s'tiu partir , et tous les jours il doit ajouter quelque chose
DE M. BS BBEniÉHBS. 13$
k cette parure. îe trouverai après cela , âatafs Toraison , le ^oât de la pauvreté ipn s'assortit cd bien avec Tamovr du mépris : Tachât de ce meur kle Sft fait par voie de Tetfanchement si Fon esl rich^, et par voie djè palience si l*on est pauvre. De làje^passèraiàracqtiisitiond'aiie trè&-èsccjilente fourniture de isoufirances , soit corporelles dans les mala^iies , soit spirituelles datis la d^e&daùce 'des autres , dans la privation dé h patrie 4 des amÎB , des conseils , dans les ëpreuvés ^u coté de Fintérieur : ce train est magnifique , et n'est recherché que de très-peu d'aines généreuses qui' ont bien étudié Jésus-Christ. Voilà ce que Foraison me fournira ; et plus je m'y appliquerai, plus elle sera libérale à mon égard: je dois y regarder sans cesse Jésus-Christ ; c'est lui qui dispense les trésors de l'oraison , et c'est lui qui eiripéohe qiie ces trésors ne s'épuisent. Ooraisdn,ô Jésus -Christ, ô richesses de Fun et de Fautre!
XIX. Je déshonore la vérité de Dieu. Comitkëiit cela ? J^ai toujours aimé la vérité , j'ai tdtf}6di^s eu titi gràndrespect pour la vérité de Dieu, lllusioti pui^e. Je suis ^tix à Fégard de moi et à Fé'gai^d ^e Dieu. Mais , encore une fdis , ccWiméïtt'cefe? 'C'est que je drois^ de moi le bien qui ti'eët pas , ètî^ûe je ^etix être estimé des aritres^tèlliue je- tie suis' pas. Voilà des mensongies qui déplaisent à Dieu, qui contredisent sa souveraine térité , cjùi , par conséquent , la déshonorent. Si j'avois aimé la vérité , j'aurois
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tâché de prendre de moi-même l'idée que Dieu en a , et je me serois méprisé beaucoup , parce que Dieu ne voit en moi que des misères , des foiblesses, des iniquités, et la plus grande de toutes qui est ma vanité. L*Apôtre m*avoit dit de -me revitir de l'homme nouveau tel quil a été crié de Dieu dons la justice , et dans la sainteté de la çénii (i). J*ai perverti cet ordre , j'ai vécu dans la fausseté du vieil homme; et <;ette faus* seté est un crime, puisque la vérité est sainte et compagne de la justice. Pour rentrer dans le . chemin de la vérité , je dois donc embrasser la sainte humilité ; je dois me voir tel que je suis aux yeux de Dieu , rien pur et moins que rien^ puisque j'ai péché et que je pèche encore tous les jours. Qn m'a dit de me jeter dans Pabîme ; je n*en vois point d'autre que celui d'une trèsrprofonde humilité : je serai là dans la vérité , et si le monde contribue à me creuser cet abîme, je le regarderai en cela comme vrai , tout Caax qu'il est d'ailleurs.
XX. Je cherche quelquefois dans les livres de piété des maximes qui me touchent : en voici une qui me confond, c'est que la leçon du mépris est la plus belle leçon du christianisme.
Cette leçon n'a été donnée ni par les philosophes , ni par les législateurs , ni par les politiques , ni par les pères à leurs* enf ans, ni par les consolateurs à leurs amis ; elle est de Jésus- Christ seul qui dit : Heureux les pauvres d'es-
(x) Ephes. 4. 34.
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