XLIX. Vivre en Dieu , comme s'il n^y açait ijue Dieu seul
Je n'ai pas compris d'abord cette pensée; il me sëmbloit qu'il falloit dire : mre en ce imnde comme sUl ny avoii aue Dieu seul; mais y ayant ensuite réfléchi , j*ai vu que le sens de cette proposition est vrai , de quelque point de vue qu on le considère. Car, i.° le monde étant en Dieu , vivre en ce monde , c'est vivre en Dieu ; il est impossible à la créature de sortir du cercle immense qui la contient, et qui est Dieu ; mais en vivant ainsi eu Dieu , on n'en est pas souvent plus uni à Dieu. La proposition dit qu'il faut être en Dieu, et vivre en Dieu , qui contient tout ce monde , comme si Dieu seul étoit au monde. 2.^ Il y a des personnes qui savent qu elles sont et qu'elles vivent toujours en Dieu: elles y pensent , elles s'en occupent , mais elles n'agissent pas comme s'il n'y avoit que Dieu seul. Les objets sensibles ont encore de l'ascendant sur leur cœur ; elles ne vivent en Dieu ^
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selon les affections de leur ame , qne par inter- Talles. Ces personnes ne sont à Dien qn*en partie ; elles ne goûteront jamais la douceur du saint commerce avec Dieu^ 3.* Il y a un petit nombre de personnes qui vivent comme s'il n'y avoit que Dieu seul , qui voient en Dieu tout ce qui les environne y qui reçoivent de Dieu tout ce^qui * leur arrive y qui ne portent leurs désirs , leurs projets , leurs pensées qu'à Dieu. Voilà les véritables sages, j'ose dire même les véritables savans 9 les véritables génies , les véritables grands bommes. Ils vivent, comme les anges-, de la vie de Dieu ; ils suppriment tout le reste , et ne se réservent que Dieu en qui ils trouvent tout.
Cette vie suppose une grande foi , et une force supérieure de raison ; c*est la grâce qui donne Tune et l'autre , et c'est l'oraison qui fait entrer d'ans cette divine vie.
L. // fiy a que aux qui ont l'expérience aè Voraiscfn , qui puissent en donner de bons avis.
Ge mot est très vrai ; dans tous lès arts on ne consulte que ceux qui ont l'expérience. Des savans voulurent , en une certaine ville , écrire sur les arts même mécaniques ; ils les savoient déjà par tkéorie , ils^ savoient même mieux que les artistes^ ce qu'il y^ avoit de géométrique dans ces arts; mais les procédés et la pratique leur étoient incoimus : sans cela ils ne pouvoient que se tromper en écrivant sur les arts. Ils consultèrent donc les gens de divers métiers-, ils tachèrent de saisir leurs opérations, ils mirent
même quelqutfoUila main à Teeuvre pour se bîeii assurer des. détails où ils vouloient entrer dans leurs écrits. Seigneur^ cpnnneotosera-t'onparter et éerHTe de l Waison sans eu avoir l^experien^ ce ? comnneQt ^e livrera-ti-on ;aox Jt^isispiritueis (d'un directeur «qui n ai que/l'idée. de spiritualité, et qui nen a point la pratique?' conuneaït.choisirar^t-ou, pour les ouvrais de IVt le meîlteup ouVri^r.yetrpouf'Ii'oruive de ia» perfection celui quirn 'a :^ucun usasse iks^oiesdepiep P'â^Dleu^. donnez à votre Eglise des keninies d'oraison , et la beauté du christianisnie reparôU^ parmi vos enfausr et Ton verFa renaître la ferveur despremiers temps.
LL X^ fond de l'amt est la demture secrète où Dieu se communique.
J'ai cherché long-lemps ce que c'étoit que le fond de l'ame ; car je suis si aveugle et si idiot sur ce qui me.rofîcerne , que je^n'ai nulle conuoissance de jua maison., i'^eniendots dire à des hommes spirilueU que» leiravail sérieox nourrit « la S9i$es6e,huinai|ie(i), »>et|eGomprenoiâ assez cela ; que ee ce tiravai^ dissipe: te fond, <» et .^e n'entendois plus;. Ëh! Notre-Sefgneur dit dans l'Evangile •' Quand vous voulezprier, entrez dans voire ckainbre^ fermez la porte ^ et priez v^irePèr^ en Hêret (2). Cette chambre , ditsaint Ambroi* se (3), n est p^s un lieu entouré de murailles , c'est le lieu de votre ame , où: résident yos peu-
(x) FcuéloD , Lerire r6o. — (a) Matth. 6. 6. -r (3) De Caïn et Abel, L i. c. 9, n<»w 35.
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sées : cette chambre est partout, ette est toujours secrète , «t Bien vous y voit sans cesse : Toilà le fondée rame^ Quand j'ai été Tes^^lave de Tasnour-propre, ce fond n'^ok plein jqae de meubles inatiles , embarrassans , con&s et méprisables. Depuis que j^écoute Dieu» ce fond se r^iaplit peu à fem de ce qui appartient à Jésus- Cbrifit 9 de ses soul&^aiices , de sa pauvreté , de ses opprobres. La pr^eate de Dien éclaire 1 appartement , et l'oraison y eaArelient lie bon ordre et la proprefeérVérîublenieni'le « tirataîl sérieux dissijpe le fond, pf ^conme le dit M. de Cambrai; il le «dissipe , fèt-il^méme sur Ui tiiéologie , et j ai vu en effet «des théologiens dont le fond éioit bien mal en ordie. Ce n*est pas qu'on ne puisse et qu'ion ne doive mâoie étudier ; mais que ce soit louJ4i«rs en esprit d'oraison , et dans la présence de Dieu. Je suis tout joyeux d'avoir tiu>uvé le /oad de l ^Àune dans saint Ambroise. S'il y a quelque vanité en cela^ Seigneur, fe m'en huiiiilie<levant vous , et je vous en demande pardon ; mais vous m'appreneiL , ce me semble, par là une vérité que j'avoir entrevue autrefois, sans la «développer, parce qae je n'avois point le vrai foui de Vame : c'est, mon Dieu, que les Pères de votre sainte Eglise ont , été de grands mystiques , et qu'ils ont parfaitement connu tous les secrets de la vie spiritiftUe. Cela me jsemble appuyer fortement ce que les mystiques des derniers temps ont écrit de mieux ; je forme par là une chaîne -de doctrine spirituelle qui remonte jusqu'à J. C. , et je me plais dans cette pensée.