SUE LES MAXIMES
LU. Différence entre peine intérieure et souf^ franee intérieure,
Yorci encore un sujet qui m*a beaucoup occupé. Je lisois que les soufïrances sont la voie de Jésus^ Christ , et qu'il falleit les embrasser de tout son cœur , de quelque nature qu'elles fussent. Je lisois , d'un autre côté , qu'il falloit conserver à quelque prix que ce fut la paix inté> rieure ; sur quoi voilà un combat qui se fait dans moi ; je souSre beaucoup , soit du souvenir de mes péchés , soit de rexpérience que j'ai de mes miisères , de mon ignorance 9 de mon - imprudence , de ma légèreté et de tout le reste \ mais cette souffrance est accompagnée de peine et de trouble..Gomment concilier la paix avec cet état? J'aime passablement la souffrance parce qu'elle me mortifie et m*humilie ; mais je n'aime point du tout la peine et le trouble; Cependant Tune dans moi ne va pas sans l'autre , parce que je ne sais point la différence qui est entre elles ; et ce n'est que d'aujourd'hui qu'il m'est donné d'entrevoir qu'il est possible de les séparer. La souffrance pure intérieure vient de la conviction qu'on a du peu qu'on est, du peu qu'on vaut y des fautes qu'on a faites , de l'injustice qu'on a commise en abandonnant Dieu , des châtimens qu'on a mérités en se révoltant contre sa loi. La peine intérieure vient de l'amour* propre. On sent qu'on est misérable, et l'on ne voudroit pas Tétre , non parce qu'on seroit plus à Dieu , mais parce qu on^ )ouireit du spectacle
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de sa propre excellence. Ce sentiment , mauvais fruit de Tamour-propre , doit être exclus de Tame 9 et alors là paix pourra s*allier avec la souffrance intérieure* Je crois que c'est à peu près Vëtat des^ âmes du purgatoire. Elles souffrent , tant parce qu elles sont privées de la vue de Dieu, que parce qu'elles éprouvent les effets de sa justice. Elles souffrent du souvenir de leurs péchés , et du^ peu de soin qu'elles ont pris de les éviter ou de les expier ; mais cette souf&ance n'est point accompagnée de trouble ; elles acquiescent au bon plaisir de Dieu , et à l'humi- Ûation inséparable de leur état. Au contraire les damnés ont la souffrance et la peine ; leurs douleurs sont accompagnées du plus grand trouble. Leur amour-propre est tout vif et tout entier ; ils sont encore pleins d'orgueil , et ils n'ont nila force ni la grâce de le réprimer. Il leur est également impossible d'acquiescer aux châtimens dont Dieu les afflige ; et la vue de Téternité achève de les désespérer. Ce sujet, que je traite »^ mal , est d'une grande importance , et je ne Vavois point connu jusqu'ici. Dans le monde on ne le connoît en aucune manière. Tous ceux qui y souffrent , sont dans le trouble , parce quils> désirent ne point souffrir , et parce qu'ils sont humiliés de souffrir; Or ce trouble est pire que la souffrance , parce qu'il combat contre la souffrance et qu'il combat en vain. Si le criminel qu'on mène au supplice , et qui l'éprouve dans toute la rigueur de son arrêt , peut être déterminé par ceux qui l'exhortant , ou plutôt par
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1 Wluence de 1» grâce, à se cocifdFmer à la vo^lontë diyiiie, son mtérieur pourra être tranquille au nllieu des tourmens. 11 aura le sentimeikt de ses douleurs , il aura Its romords de son erime , il détestera i action qu'il a commise ; mais la yuedu bon plaisir de Dieq , qui ordonne ee Iraitemefit rigoureux , k coA9olera , et îlaura rayaatage Ae oonourir dan» k paix interteure.^ Ceux qui ont écrit de la pair «de Tame aurôient du teommen^er par la distinetion entre ^01^fnmce et peins : il £uit laisser aux tommes les soufi^vces , parce qu iiest ivpossible de les en délivrer dans ce monde, «A parce qu'elles servent plus iq^e lioute autre chose à leur salut ; ^naais il faiiit lèiir dter la peine , en leur apiprenant à s'hu^ milier sous la «lain de Dieu et à se complaire dans sa sainbe volonté. #
LIfl. JLa grandeur de Dieu une fois gêéUe fait p£ri^ le ^aùi des créoéuns»
On insiste beaucoup, daos les livres 'et dans les sermons , Srur la ipetitesse , la fragilité , la pauvreté des créatures-, et je vois que oela opère peu de «chose sur la plupart des lecteurs et des auditeurs. Pourquoi •cela? paroequ'iui ne parle qu'à ce qii'ily a de petit-, de bas et de rampant daps leur ame « c'est-à-dire ^ au penchant qui les entrane vers les objets sensibles , et on ne les persuade pas. Dîtes à^un'toluptueux que Tob- )et de sa passion est méprisable ; que ses agré^ mens passeront comdne la fleur des champs ; que &appé des tcails de lamort il sera hideux et in--
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f oliérable ; xpie d'aiUeucs il est , dans son être moral, plein de défauts, de bizamerâes , de vanités , d'inconstance ; loutes «es choses le Xm^ cheront peu , parce que sa passion lui dira dans lui-même , que tel qu'est cet objet, il luî plaît , et que pour le moment présent cela lui suffit. Si , au contraire ^ on peut venir à bout de parler à ce qu'il y a d'excellent et de supérieur dans l'ame , à la^ raison , aux désirs qu'elle a de connoître le vrai , et d'être éternellement heureuse ; si l'on réussit à lui donner une grande idée de Dieu , àlui ouvi'ir , en quelque sorte, cette source infinie de perfections , à la fixer dans la considération de cet Etre immuable ; si on l'accou^ tume àrla pratique de se représenter Dieu comme existant, présent^ régnant partout/; alors Tintérét que celte ame prenoit aux créatures s'af* foiblira d'abord , pui» s'éteindra tout-à-fait, et le goût seul de Dieu subsistera. Mais , pour parler et écrire ainsi de Dieu , il faut en être rempli ; et comme la pljipart des écrivaiifs spirituels et des prédicateurs ne le sont pas , il ne £aut pas s*étonner qu'ils fassent si peu de fruit. Je vois, en lisant les Livres saints, que leurs auteurs étoient pleins de Dieu ; je vois à proportion la même chose en lisant les traités ascétiques des saints Pères, le livre du pieux auteur de rimitation-, les écrits de sainte Thérèse , ceux de saint François de Sales, les Sermons de la Colombière, el quelques autres. Toutes-ces compositions insistent sur la grandeur de Dieu , sur le tout de Dieu ; ce ne sont point- des phrases^
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artistement placées et mesurées , ce sont des traits de feu qui échauffent le cœur, et qui rompent les nœuds de tout^ affection aux créatures.