‹ RéflexionsChapitre 86 sur 109 · I4ES TROIS AUDIENCES · texte numérisé non relu

I4ES TROIS AUDIENCES

J'etois tout occupé du désir de connoître DieUf lorsqu'il m'est venu trois ambassades consécu* tives pour me parler de lui et pour m'instmire de ce qu'il est. Je leur ai donné audience , et d'abord j'ai vu la nature parée de tous ses omemens qui m'a dit : Vois ce que je suis; depuis le firmament jusqu'au centre de la terre , Dieu opère en moi. Il meut ces globes immenses qui roulent sur ta tête , et il anime l'insecte que ta foules aux pieds. Rien ne subsiste qu'en lui et par lui. Tu ne vois que l'écorcc de ces êtres innombrables ; ils contiennent dans leurs ressorts et dans leurs détails des merveilles sans nombre. Tu ne conçois pas ce qu'ils sont , ni à quoi ils sont destinés. Pourroi&-tu donc pénétrer et mesurer les grandeurs de celui qui les a faits et qui les conserve ? C'est l'infini ; abîme - toi de respect, mais reconnois-le partout , et qu'il soit toujours présent à ton esprit.

Cette audience finie, j'ai laissé entrer mon ame avec toute ses facultés, tous ses désirs, toutes ses pensées, toutes ses passions mêmes.. Cela formoit un cortège fort nombreux , et j'ai entepdu cette harangue : Tu cherches Pieu dans

LES TROIS AUDIBIÏGBSr agS

uiel et sur la terre. Il y habite , et tout est lui ; maïs rentre en toi-même , tu Vj trouve- , et il te parlera. Tu penses , et ta pensée est elque chose de bien supérieur à tous les êtres tériels qui t'environneuL Le mécanisme des s imite quelquefois les mouvemens des corps estes , mais nul art ne fera jamais une pen- • Considère donc qu'elle est la puissance et raigesse de celui qui te fait penser; il est dans y et sans lui tu ne formerois pas une seule isée : reconnois de plus les diversités qu il t dans ta pensée; tantôt ce sont de simples tculations , tantôt des raisonnemens , tantôt \ désirs , et parmi ces désirs , remarque bienui qui t'attache à la vie et au bonheur : c*est toi le cri de l'immortalité , pour t'apprent que , si tu cesses d'habiter parmi les citoyens la terre , tu ne cesseras pas pour cela d'exisy et que tu dois attendre une meilleure pae. Tu me vois environnée de compagnes qui troublent souvent : ces passions, que tu rerques autour de moi , ne sont pas , dans l'é-^ où elles se présentent aujourd'hui » l'ouvrage Dieu : elles devroient m'obéir toujours, c*ét leur destination ; elles sont devenues rebeU dès le commencement, et elles me sont lais- !S , non pour me perdre, mais pour me don- ? lieu de pratiquer des vertus* Ne t'étonnes 3 ; Dieu qui est en toi saura les soumettre y tu écoutes sa voix et si tu implores son sears. Sois seulement attentif à ne le point pert de vue, il te dira tout : je ne suis chargée

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aujourâ^huî que de te l'annoncer , et ma commission est remplie.

Après cette audience , j'ai vu arriver une compagnie de personnes respectables , toutes chargées d'une pesante croix* J'étois efTi^ayé ; mais celui qui devoit porter la parole m'a dit : Ne crains rien , tu cherches Dieu , et nous venons l'apprendre où il se trouve» La nature et le fond de ton ame t'ont bien parlé , mais leurs bons avis te seroient peu utiles sans ce qui nous reste à te dire* Tu as vu ton ame environnée de passions; elle t'a bien averti de recourir à Dieu, et d'implorer son secours; mais il ne t'écoutera qu'à condition de te charger aussi de la croix» Ce grand Dieu Ta portée lui-même , il l'a sanctifiée en Tarrosant de son sang ; il Ta rendue par là invincible à tous les ennemis de ton salut. Tu nous vois sous Ce fardeau « mais tu ne pénètres pas la joie dont nous sommes inonda dans le fond de notre ame ; tu ne remarques en nous que la pauvreté, les souffrances, les humiliations 9 mais tu ne sais pas encore que c'est ce qui Tait notre consolation. Si tu cherches Diea sans embrasser la croix , tu ne seras tout au plus qu'un philosophe , et tes passions se joueront de ta philosophie : Dieu s'éclipsera vis-à-vis d'elles ; tu ne connoitras point ta misère , tu passeras ta vie dans le trouble , et tu te trouveras à la mort sans vertus , sans mérites , sans espérance. Réfléchis sur ces vérités , et ne difi^re plus à nous suivre.

Ces trois ambassades y 6 mon Dieu ^ viennent

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de vous , je n'en puis douter. Les deux premières remplissent mon esprit d'admiration , mais la troisième touche mon cœur. Je sens Texlrême besoin d'embrasser la croix , et de m*attacber aux très-saintes compagnes de Jésus-Christ. Je dois TOUS voir sans cesse en moi , mais crucifié et immolé , afin que je m'établisse aussi dans un état de victime. O Seigneur! je ne vous ai point connu jusqu'ici ; vous étiez près de moi , et je détoumois tes yeux ; vous étiez dans moi « et je me répandols au dehors pour ne pas jouir de votre sainte présence. C en est fait, désormais je demeure auprès de vous et dans vous : remplIssez*moi île votre amour, afin que je vous connoisse de plus en plus ; car je le sens plus que jamab , c*est le cœur qui développe , qui dirige , qui enflamme la foi. Donnez-moi Tesprit d'oraison qui est le véritable esprit du chrétien , afin que je croisse de jour en jour dans le désir de vivre eu vous , de vous , pour vous , ô le Dieu unique de mon ame ! Ainsi soit-il.

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