‹ RéflexionsChapitre 88 sur 109 · DE LA TIGUEUR DE LA FOI · texte numérisé non relu

DE LA TIGUEUR DE LA FOI

Un saint homme (i) a dit que V avancement spiriiuel de nos âmes consiste dans la vigueur de la foi. Il explique assez les bons effets de cette vigueur , mais il n'explique pas ce qu elle est en elle-même ; et j'ai eu , dans l'oraison , la pensée de rechercher ce que c'est que la vigueur de la foi.

Il me semble que ce qu'on appelle vigueur y dans l'homme , dépend du bon tempérament , de la bonne santé ^ de la force de l'âge , et de l'exercice. Pour être censé vigoureux , il faut être bien constitué, se bien porter, n'être point affoibli par Tâge , et maintenir le corps dans Tusage prompt, actif, alerte , et fréquent de ses facultés. Je transporte ces notions à la foi , et je crois qu un homme qui a la vigueur de la foi , doit être ,' i.^ bien établi dans la vraie foi : ce qui comprend l'avantage d'être né et d'avoir été élevé dans les vrais principes d^ la foi : 2.*" qu'il doit être constant et imperturbable dans tous les orages qui s'élèvent contre la foi : ce qui s'étend à la victoire de toutes les tentations , soit étrangères , soit intérieures , qui attaquent la foi ; 3.^ qu'il ne doit point laisser

(i) M. de Bernières.

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vieillir en soi le goût de la foi : ce qui signi&e que les choses de la foi doivent toujours lui paroitre comme nouvelles , sans que la tiédeur altère cet agrément et cette fleur de noutreauté ; 4** qu'il doit faire usage de sa foi en tout : ce qui se rapporte à ce que l'Apôtre appelle la vie de la foi; vie toujours active, toujours gouvernant, animant^ réglant Tintérieur, et disposant de toutes les démarches de Thomme qui aspire à Tunion ayet Dieu.

De ces quatres choses , les deux premières sont le fondement de la foi , et les deux dernières en sont la pratique ou Texercice. On doit bénir Dieu d'être né et d'avoir été élevé dans les vrais principes de la foi ; on doit lui demander d*étre toujours inébranlable dans la foi , on doit travailler , 'avec sa grâce, à conserver le goût de la foi ; enfin on doit , sous la direction de cette même grâce, agir en tout par esprit de foi. Je dis en tout^ et je n'excepte rien : la vigueur de la foi exige et donne cela. Seigneur, je m'imagine en ce moment être placé sur le sommet d'une haute montagne et comtempler de là des pays immenses. Les ci eux m'y paroissent d'un espace prodigieux et d'une beauté ravissante ; les objets de la ten^ ne se présentent que comme des points presque imperceptibles ; la foi vive et agissante vous découvre, ô mon Dieu , autant qu'il est possible à une intelligence bornée de vous découvrir. J'aperçois votre immensité , votre plénitude , votre tout éternel et infini. Je vois à votre droite Jésus- Christ mon

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Sauveur tout brillant âe gloire, et daignant tous montrer , pour moi , se& sacrées plaies afin de fléchir votre justice. Je m'unis à votre Saint- Elsprit source de toute lumière et de tout amoar. O Seigneur, que )e reconnois bien en ce moment l'importance de la prière qne je répète tous les jours en montant h votre saint autel; Répandez sur moi cotre vérité et votre lumière , Vune et Vautre me conduiront sur votre sainte montagne , et jusque dans voire sanctuaire (i)/ Oui, c'est cette montagne de la foi , d*où je découvre vos splen-> deurs éternelles , ou j*apprends ce que vous êtes, ce que je sais, ce que je dois être , ee que je ne pourrois être sans vous ^ ô Dieu de vérité et d'amotir !

(^pendatit du sommet de cette montagne de la foi , j^abaisse mes yeux sur la terre , et je n y vois plus que des at ornées qui se choquent , se brisent, se détruisent les uns les antres. Les empires, les monarques, les générations des hommes dispàroissfent , tandis , Seigneur , que vous êtes toujotfrs plein de force , de gloire , de vie. Oh ! je ne remarque dans ce séjour d'un moment qne des tombeaux. Je perce jusque dans les entrailles de ce globe , et je le vois plus peuplé dans ses antres ténébreux que sur sa surface. Tous les pères du genre humain y habitent , leurs dépouilles réduites en cendi'e y reposent, et la place de tous leurs descendans y est déjà marquée. Vous seul , ô Etre éternel, vivez et ré-

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gnez. Oh 1 quel contraste! qu'il m* est doux au-> îaurd'hui de le reconnoître ! qu'il m'étoit nécessaire de m'élever jusqu'au sommet de la* montagne de la foi , pour jouir du grand spectacle de votre vie éternelle devant qui s'absorbent tous les êtres ^ afin que vous seul possédiez la gloire et r honneur dans tous les siècles des siècles.

Je tourne cependant mes yeux vers un canton de cette terre , et j'y remarque une autre montagne teinte de sang. Du sommet s'élève une croix 9 et à ses pieds sont assises trois personnes respectable^ qui semblent mlnviter à me joindre à elles. Leur extérieur n'est pas attrayant; l'une paroît dans la douleur, l'autre est dans une disette absolue de toutes choses , la troisième est comme anéantie et n'ose lever les yeux. Je consulte ma foi pour savoir le nom de ces personnes si attachées à la croix qu'elles ne l'abandonnent jamais , et j*apprends que ce sont les trois compagnes inséparables de Jésus-Christ, la souffrance, la pauvreté , Thumiliation. Cette montagne est le Calvaire , et c'est de là qu'elles appellent tous ceux qui ont une foi assez vigoureuse pour grimper sur ce sommet. Le nombre n'en est pas grand aujourd'hui ; il le fut dans les siècles de la foi , de la vigueur de la foi , de l'excellence de la foi. Mais , Seigneur, après avoir contemplé ce que vous êtes , ce qu'est Jésus- Christ votre Fils, ce quest la terre, ce qu'est la mort , ce qu'est l'éternité , enfin ce que je suis ; je ne délibère plus*, je me joins aux trois saintes compagnes de mon Sauveur. J'embrasse la

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douleur, la pauvreté, rhumiliation , îem'attaelle avec elles à la croix» Je verrai encore auprès d'elles des tombeaux , mais ce sont ceux de vos amis , de vos prophètes , ^ de vos apôtres , de vos martyrs, de vos saints habitans du désert, de vos généreuses vierges ; f honorerai leurs vénérables dépouilles , et j'attendrai en paix le moment de me réunir à eux.

Je n'ai qu'une chose à vous demander , Seigneur , c'est de me conserver la vigueur de la foi. Qu elle soit perpétuellement avec moi ^ qu elle travaille sans cesse dans moi y. comme Salomon le disoit de la sagesse , qui , au fond , n'est rien autre chose que la vigueur de la foi. Vos trois saintes compagnes sont trois conquérantes ; elles n'admettent à leur suite ni les làches , ni les tièdes , ni les pusillanimes , ni les înconstans ; elles ne s'attachent que des braves prêts à embraser tout, à détruire tout , à sacrifier tout. Donnez-moi l'armure de votre Apôtre,^ surtout le bouclier de la foi , et je commencerai , sous votre protection , à remporter toutes les victoires que vous désirez de moi. Ainsi soit-iL

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