‹ RéflexionsChapitre 97 sur 109 · MODESTIE · texte numérisé non relu

MODESTIE

La modestie est ^n quelque sorte , plus que les autres vertus , une vertu publique. L'Âpôtre dit : Que votre modestie soit connue de tous (i). On ne s'aperçoit pas de l'humilité , de la charité , de la patience , de la piété qui réside dans une ame chrétienne ; mais on est témoin de la modestie dans le maintien , dans l'habillement , dans les paroles , dans les actions , et l'on s'aperçoit aisément de ce qu'il peut y avoir de dér fectueux en ce genre.

La Providence , admirable en tout ce qu'elle

(x) Philip. 4* ^«

prëfirrence absolue , et^ue très-souvent onn*est qu'an rang des médiocres. La religion^ offre bien d'autres considérations. N'est- il pas honteux que des personnes qui adorent un chef icouronne d'^pincfs , passent une partie de leur temps à couvrir leur tête de tous les omemens du luxe; qu'au milieu des pauvres, membres de Jéstus- Christ cotnme elles , et qui manquent. du nécessaire , elles soient revêtues dVtofTes dont le prix égale celui d'une province entière , comme s'exprime Tertullien? Mais ce qu'il y a d'eitrêmement scandaleux , c'est qu*à Téclat et à la magnificence des pL^i^ares , on ajoute tous les artifices capables de séduire ; c'est que des femmes et des filles , qui se disent chrétiennes , empruntent du démon tous les secrets dont il se sert pour perdre les âmes.; x*est que des personnes .qui ont une réputation à conserver paroissent dans les sociétés du monde, comme les actrices sur le théâtre , avec tout l'étalage de l'immodestie la plus recherchée. « Âh ! plutôt , disoit encore » Tertullien (i), paroissez, femmes chrétiennes, » avec la parère que vous ont prescrite les apô^ » très : que la candeur de votre maintien an* » nonce la simplicité de votre ame; que la put » deiir répandue sur votre visage , soit Tinter- » prête de la vérité de vos sentimens ; que la » réserve soit daïis vos yeux , le silence dans » votre bouche, les paroles de Jésus - Christ ?> dans vos oreilles , et le joug du Seigneur sur »^ votre tête. Soyez revêtues da tissu de la sain-

(i) De cuUu femin. Ub. a.

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» teté , et de la pourpre d'une pudeur vraiment » évangélique. Ainsi parées vous plairez à Dieu , » et vous aurez Jésus-Christ pour époux. »

Cette Instruction comprend la modestie dans les paroles , dans les actions , dans tout Textérieur. Il y a des pays où les femmes sortent rarement , ne paroissent point dans les assemblées des hommes , ne se mêlent point des affaires publiques ; bornées aux soins domestiques comme la femme forte de l'Ecrilure (i) , elles ne connoissent que les détails dé leur maison , et il est rare qu* elles intriguent pour être quelque chose dans le monde. Nos mœurs sont toutes contraires ; et si la modestie pouvoit se conserver avec la liberté qu'on accorde aux femmes, l'honnêteté. pourrait y trouver des avantages. Les femmes corrigeroient les hommes de bien des défauts , et les hommes inspireroient aux femmes quelques vertus ; mais le danger est trop grand 9 et il résulte de cette liberté plus de mal que de bien. Sans entrer dans .une critique plus étendue, il faut recommander avec soin aux jeunes personnes la modestie dans leurs paroles; ce qui ne sera jamais , si elles lisent des livres licencieux , si elles fréquentent lés spectacles , si elles 3e trouvent dans toutes sortes de compagnies. On a banni des sociétés les discours tout-à-fait indécens;' pais le cœur n'en est pas plus chaste , et la langue se permet encore bien des équivoques ou des allusions que tout le monde entend. Le discours paroît mo-

(i) Prov. 3i. 10 et seq.

deste , et il est corrompu ; il ne fait pas rougir , mais il réveille les sentimens ; il n'ëtonae pas , mais il séduit.

La modestie inspire de la retenue en tout :

elle porte plus au silence qu*aux longs entretiens ; elle se garde d'entrer dans toutes les intrigues, de censurer les actions des autres , de raisonner sur toutes sortes de matières, d'afficher la réputation d'esprit , d'ambitionner les co'nnoissances inutiles , de juger du mérite , des talens, des événemens. La modestie doit avoir son principe dans l'humilité ; et tout ce qui fomente l'orgueil, la présomption, la bonne opiliion desoi-mêmpt ^s£ le contrepied de l'humi- Uté chrétienne.

Faut-il donc se réduire à ne rien voir , à ne lien entendre , à ne rien savoir? Faut-if, dès la jeunesse , se faire ui^e solitude dans le monde même t se livr^er uniquement aux exercices de la pi^té , ne fréquenter que les personnes qui font profession d'une haute spiritualité, renoncer à tous les rapports de bienséance F Q y a dans ces questions quelque chos^ qui touche au vrai ; et quelque chose qui tend aux extrémités où le vrai ne se trouve point* Le monde étant ce qu'il est , si l'on veut être chrétien , il faut renoncer à quantité de sociétés , de maximes , d'usages , que le monde présente ou qu'il adopte. Mais il s y trouve encore ^ jusque dans les conditions les plus distinguées , des personnes fort sages , fort éclairées , fort chrétiennes : c'est dans cette cljasse qu'il f^ut chercher des

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lumières , des connoissances , des conseils , des agrémens mêmes. Ces personnes n'allient point le monde avec Jésus - Christ ; mais par Jésus- Christ elles corrigent ce qu'il y a de vicieux dans le monde, et sur l'article de la modestie en particulier, elles sont des modèles parfaits; c'est à elles qu'il faut donner sa confiance , ce sont elles qu'il faut imiter, suivre et croire en tout. La foule des mondains doit être abandonnée comme ennemie de Jésus-Christ et de l'Evangile* Il n'appartient ni à moi qui écris ces choses , ni à celles pour qui je les écris , d'expliquer comment les dames vraiment chrétiennes se conduisent dans le monde, et par quelles méthodes elles trouvent le moyen de haïr le monde , et d'être révérées néanmoins du monde même le plus corrompu ; ce secret est un effet de la grâce , et il suffit d'avertir de jeunes personnes que ce secret existe, qu'on a vu jusqu'à la cour des dames encore jeunes édifier tous les courtisans, et répandre dans toutes les sociétés de ce grand monde la bonne odeur de Jésus-Christ. On les fréquentoit pour apprendre à bien penser, et l'on sortoit de leurs conversations toujours meilleur qu'on n'y étoit entré ; elles avoient des emplois à la cour , qu'elles remplissoient assidûment , et il leur restoit du temps pour prier , pour méditer, pour travailler , pour assister les pauvres. La modestie , la réserve , l'honnêteté étoient peintes -sur leurs visages ; leurs ap partemens étoient sans faste , leurs parures de même ; 6t sans respect humain , elles n'étaloient chez

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elles que des images de piété , que des livres de spiritualité f que les instrumens de leur travail ordinaire ; point de jeux, point de spectacles, point de toilettes étudiées , point de perte de temps. En conversant avec les plus honnêtes personnes de leur connoissance , elles travaiU îoient ; en donnant à manger à leurs amis , elles savoient les égayer et les instruire. Encore une fois, il n'est point donné à tout le monde d'expliquer cette sorte de mystère de la grâce , mais il est fort à propos d*en conseiller l'épreuve.

Quoiqu'il soit nécessaire de fonder les instructions de modestie sur l'Evangile , il doit être permis cependant d'insinuer aux jeunes personnes qu'elles ne seront jamais plus aimables que quand elles seront modestes. La modestie est une vertu qui force le libertinage même à lui Caire hommage ; mais cette vertu est délicate j c'est une fleur que le moindre souffle flétrit. Il est rare qu'on recouvre la réputation de modestie quand on l'a trop exposée une seule fois ; le monde soupçonne plus de taches qu^il n'y en a ; il conjecture d'après hes- moindres apparences , et il ne fait point de grâce à quiconque n*a pas su se respecter soi-même , quand l'occasion Tavertissoit de ne pas s'oublier.

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