GG
Le fruit du travail est le plus doux des plaisirs.
CGI.
Où tout est dépendant, il y a un maître 1 : l'air appartient à l'homme, et l'homme à l'air; et rien n'est à soi, ni à part.
1. Où tout est dépendant, etc. Cette maxime paraît obscure. Il semble que Vauvenargues a voulu prouver l'existence de Dieu par la dépendance mutuelle des différentes parties de l'univers, dont aucune ne peut s'isoler det autres ni subsister par elle-même. On n'entend pas ce que veut dire l'air appartient à Uhomme, et l'homme à l'air. L'homme ne peut se passer d'air; mais l'air existerait fort bien sans l'homme. Appartient veut-il dire participé de la nature, etc.? Alors l'idée d'appartenir n'a plus de liaison sensible avec l'idée de dépendance exprimée dans la première phrase. Il y a, je crois, abus de mots. S.
GGII.
0 soleil! ô cieux! Qu'êtes-vous?Nous avons surpris le secret et l'ordre de vos mouvements. Dans la main de l'Être des êtres, instruments aveugles et ressorts peutêtre insensibles, le monde sur qui vous régnez mériterait-il nos hommages? Les révolutions des empires, la diverse face des temps, les nations qui ont dominé, et les hommes qui ont fait la destinée de ces nations mêmes, les principales opinions et les coutumes qui ont partagé la créance des peuples dans la religion, les arts, la morale et les sciences, tout cela, que peut-il paraître? Un atome presque invisible, qu'on appelle l'homme, qui rampe sur la face de la terre, et qui ne dure qu'un jour, embrasse en quelque sorte d'un coup d'œil le spectacle de l'univers dans tous les âges.
GGIII.
Quand on a beaucoup de lumières ', on admire peu; lorsque l'on en manque, de même. L'admiration marque le degré de nos connaissances, et prouve moins, souvent, la perfection des choses que l'imperfection de notre esprit.
CGIV.
Ce n'est point un grand avantage d'avoir l'esprit vif,
I. Quand on a beaucoup de lumières, etc. La liaison n'est pas assez marquée entre la première partie de cette maxime et la seconde; ce qui fait qu'au premier aspect elles paraissent se contredire, quoiqu'elles ne se contredisent pas en effet ; parce que la première partie offre une maxime absolue et gél érale, la seconde une réflexion applicable seulement à quelques occa« •ions. S.
si on ne l'a juste. La perfection d'une pendule n'est pas ^'aller vite, mais d'être réglée. ,
Parler imprudemment et parler hardiment, est presque toujours la même chose; mais on peut parler sans prudence, et parler juste; et il ne faut pas croire qu'un homme a l'esprit faux, parce que la hardiesse de son caractère ou la vivacité de ses passions lui auront arraché, malgré lui-même, quelque vérité périlleuse.
GCVI.
11 y a plus de sérieux que de folie dans l'esprit des hommes. Peu sont nés plaisants; la plupart le deviennent par imitation, froids copistes de la vivacité et de la gaieté.
CGVII.
Ceux qui se moquent des penchants sérieux aiment sérieusement les bagatelles.
GGVIIL
Différent génie, différent goût. Ce n'est pas toujours par jalousie que réciproquement on se rabaisse.
GGIX.
On juge des productions de l'esprit comme des ouvrages mécaniques. Lorsque l'on achète une bague, on dit : Celle-là est trop grande, l'autre est trop petite; jusqu'à ce qu'on en rencontre une pour son doigt. Mais
il n'en reste pas chez le joaillier, car celle qui m'est trop petite va bien à un autre.
CGX.
Lorsque deux auteurs ont également excellé en divers genres, on n'a pas ordinairement assez d'égards à la subordination de leurs talents, et Despréaux va de pair avec Racine : cela est injuste.
CGXI.
J'aime un écrivain qui embrasse tous les temps et tous les pays, et rapporte beaucoup d'effets à peu de causes; qui compare les préjugés et les mœurs des différents siècles; qui, par des exemples tirés de la peinture ou de la musique me fait connaître les beautés de l'éloquence et l'étroite liaison des arts. Je dis d'un homme qui rapproche ainsi les choses humaines, qu'il a un grand génie, si ses conséquences sont justes. Mais s'il conclut mal, je présume qu'il distingue mal les objets, ou qu'il n'aperçoit pas d'un seul coup d'œil tout leur ensemble, et qu'enfin quelque chose manque à l'étendue ou à la profondeur de son esprit.