‹ Réflexions, sentences, et maximes morales de la Rochefoucauld (volume 2)Chapitre 2 sur 205 · Depuis maréchal d'Albret · texte numérisé non relu

Depuis maréchal d'Albret

S N'admirez-vous pas la franchise? Durant la Fronde, le sobriquet de La Rcchcfoucauk était le camarade la Franchise; il l'a mieux justifié depuis.

vi LA ROCHEFOUCAULD.

examens secrets de conscience : les raffinements de scrupules y passent toute idée. En amour, en galanterie, c'était de même, sauf les scrupules '.Sa vie et son portrait oe sauraient être ici brusqués en passant : elle mérite une place à part et elle l'aura. Sa destinée a de tels contrastes et de telles harmonies dans son ensemble, que ce serait une profanation d'y rien dégrader. Elle est de celle» d'ailleurs dont on a beau médire; la raison y perd ses droits; il en est de son cœur comme de sa beauté, qui, avec bien des défauts, avait un éclat, une façon de langueur, et un charme enfin, qui attachaient.

Ses vingt-cinq ans étaient déjà passés quand sa liaison avec M. de La Rochefoucauld commença. Jusqu'alors elle s'était assez peu mêlée de politique : Miossens avait pourtant tâché de l'initier. La Rochefoucauld s'y appliqua et lui donna le mouvement plus que l'habileté, qu'en ce genre il n'atteignit lui-même qu'à peu près.

Le goût naturel de madame de Longueville était celui qu'on a appelé de l'hôtel de Rambouillet; elle n'aimait rien tant que les conversations galantes et enjouées, lea dislinctions sur les sentiments, les délicatesses qui témoignaient de la qualité de l'esprit. Elle tenait sur toutes choses à faire paraître ce qu'elle en avait de plus fin, à se détacher du commun, à briller dans l'élite. Quand elle se crut une personne politique, elle n'était pas fâchée qu'on l'estimât moins sincère , s'imaginant passer pour plus habile. Les petites considérations la décidaient dans les grands moments. Il y avait chimère en elle, fausse gloire, ce que nous baptiserions aussi poésie : elle fut toujours hors

1. • Les femmes croient souvent aimer, encore qu'elles n'aiment pas: l'occupation d'une intrigue, l'émotion d'esprit que donne la galanterie, la pente naturelle au plaisir d'être aimées, et la peine de refuser, leur persuadent qu'elles ont de la passion, lorsqu'elles n'ont que de la coquetterie. »

du positif. Sa belle-fille1, la duchesse de Nemours, qui, elle, n'en sortait pas, Argus peu bienveillant mais trèsclairvoyant, nous la montre telle dans les Mémoires si justes, qu'on voudrait toutefois moins rigoureux. La Rochefoucauld, à sa manière, ne dit pas autre chose, et lui, si bien posé pour le savoir, il se plaint encore de cette facilité qu'elle avait à être gouvernée, dont il usa trop et

dont il ne resta pas maître : « Ses belles qualités

étoient moins brillantes, dit-il, à cause d'une tache qui ne s'est jamais vue en une princesse de ce mérite, qui est que, bien loin de donner la loi à ceux qui avoient une particulière adoration pour elle, elle se transformoit si fort dans leurs sentiments qu'elle ne reconnoissoit plus les siens propres. » En tout temps, que ce fût M. de La Rochefoucauld, ou M. de Nemours, ou à Port-Royal M. Singlin, qui la gouvernât, madame de Longueville se servit moins de son esprit que de celui des autres.

M. de La Rochefoucauld, pour la guider dans la politique, n'y était pas assez ferme lui-même : « Il y eut toujours du je ne sais quoi, dit Retz, en tout M. de La Rochefoucauld. » Et dans une page merveilleuse où l'ancien ennemi s'efface et ne semble plus qu'un malin ami2, il développe ce je ne sais quoi par l'idée de quelque chose d'irrésolu , d'insuffisant, d'incomplet dans l'action au milieu de tant de grandes qualités : « Il n'a jamais été guerrier, quoiqu'il fût très-soldat. Il n'a jamais été par lui-même bon courtisan, quoiqu'il eût toujours bonne intention de l'être. Il n'a jamais été homme de parti, quoique toute sa vie il y ait été engagé. » Et il le renvoie à être le plus honnête homme dans la vie privée. Sur un seul

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