‹ Réflexions, sentences et maximes morales de La RochefoucauldChapitre 5 sur 135 · Benjamin Constant- par exemple · texte numérisé non relu

Benjamin Constant- par exemple

2. Un descendant de l'auteur des Maximes, le duc de La Bochefoucauld, l'ami de Condorcet qui était son oracle, et nourri de toutes les idées et les illusions du XVIII« siècle (voir son Portrait au tome m des Œuvres de Rœderer, et au tome I des Mémoires de Dampmartàn), a écrit une lettre à Adam Smith (mai 1778) sur les Maximes de son aïeul; cette lettre où, tout en cherchant à l'excuser sur les circonstances où il a vécu, il lui doime tort sur l'ensemble, est d'un homme qui lui-même, à cette date n'avait encore vu les hommes que par le meilleur côté. Le duc de La Rochefoucauld fut depuis victime des journées de septembre 1792, et massacré à Gisors par le peuple, derrière la voiture de sa mère et de sa femme qui entendaient ses cris. Un philosophe de nos jours qui, s'il n'y prend garde, conçoit plus vivement qu'il ne raisonne juste, a cru trouver dans tout ceci une réfutation suffisante des Maximes, et il s'est écrié : « Admirables représailles exercées par le petit-fiLs contre les écrits et la conduite de son grandpère 1 » Je ne puis rien voir d'admirable en toute cette destinée du duc de La Rochefoucauld et, si elle prouvait quelque chose, c'est que son aïeul n'avait pas Bi tort en définitive de juger les hommes comme il l'a fait.

LA KOCHEFOUCAULD XXI

les restes brisés du diadème, qu'est-ce donc que cet insatiable orgueil qu'il dénonce, et qui, de ruse ou de force, se veut l'unique souverain? Mais il se borne à en sourire; et ce n'est pas tout d'être mortifiant, dit M. Vinet, il faut être utile. Le malheur de La Rochecoucauld est de croire que les hommes ne se corrigent pas : « On donne des conseils, pense-t-il, mais on n'inspire pas de conduite ». Lorsqu'il fut question d'un gouverneur pour M. le Dauphin, on songea un moment à lui : j'ai peine à croire que M. de Montausier, moins aimable et plus doctoral, ne convenait pas mieux.

Les réflexions morales de La Rochefoucauld semblent vraies, exagérées ou fausses, selon l'humeur et la situation de celui qui lit. Elles ont droit de plaire à quiconque a eu sa Fronde et son coup de feu dans les yeux. Le célibataire aigri les chérira. L'honnête homme heureux, le père de famille rattaché à la vie par des liens prudents et sacrés, pour ne pas les trouver odieuses, a besoin de ne les accepter qu'en les interprétant. Qu'importe si aujourd'hui j'ai paru y croire? demain, ce soir, la seule vue d'une famille excellente et unie les dissipera. Une mère qui allaite, une aïeule qu'on vénère, un noble père attendri, des cœurs dévoués et droits, non alambiqués par l'analyse, les fronts hauts des jeunes hommes, les fronts candides et rougissants des jeunes filles, ces rappels directs à une nature franche, généreuse et saine, recomposent une heure vivifiante, et toute subtilité de raisonnement a disparu.

Du temps de La Rochefoucauld et autour de lui, on se faisait les mêmes objections et les mêmes réponses. Segrais, Huet, lui trouvaient plus de sagacité que d'équité, et ce dernier même remarquait très finement que l'auteur n'avait intenté de certaines accusations à l'homme que pour ne pas perdre quelque expression ingénieuse et vive dont il les avait su revêtir^. Si peu

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