La mémoire est la première. Pourquoi ? V
'J. L.'imagiuatloD est ici coiuidérée relativement à la Uttéiature. M.
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idées, de les examiner, de les inodilier ou de les euiubiner de diverses manières. Elle est le grand principe du raisonnement, du jugement, etc.
La mémoire conserve le précieux dépôt de l'imagination et de la réflexion. Il serait superflu de s'arrêter à peindre son utilité non contestée. Nous n'employons, dans la plupart de nos raisonnements, que des réminiscences : c'est sur elles que nous bâtissons; elles sont le fondement et la matière de tous nos discours. L'esprit que la mémoire cesse de nourrir s'éteint dans les efforts laborieux de ses recherches. S'il y a un ancien préjugé contre les gens d'une heureuse mémoire, c'est parce ({u'on suppose qu'ils ne peuvent embrasser et mettre en ordre tous leurs souvenirs, parce qu'on présume que leur esprit, ouvert à toute sorte d'impressions, est vide et ne se charge de tant d'idées empruntées, qu'autant qu'il en a peu de propres; mais l'expérience a contredit ces conjectures par de grands exemples. Et tout ce qu'on peut en conclure avec raison est qu'il faut avoir de la mémoire dans la proportion de son esprit, sans quoi on se trouve nécessairement dans un de ces deux vices, le défaut ou l'excès.
Fécondité.
Imaginer, réfléchir, se souvenir, voilà les trois principales facultés de notre esprit. C'est là tout le don de penser^ qui précède et fonde les autres. Après vient la fécondité puis la justesse, etc.
1. On ne pense que par mémoire. V. — Ne serait-il pas plus psact de dire : On m pense qu'au moyen de la mémoire ? S.
Les esprits stériles laissent échapper beaucoup de choses^ et n'en voient pas tous les côtés; mais l'esprit fécond, sans justesse, se confond dans son abondance, et la chaleur du sentiment qui l'accompagne est un principe d'illusion très à craindre ; de sorte qu'il n'est pas étrange de penser beaucoup et peu juste.
Personne ne pense, je crois, que tous les esprits soient féconds, ou pénétrants, ou éloquents, ou justes dans les mêmes choses. Les uns abondent en images, les autres en réflexions, les autres en citations, etc., chacun selon son caractère, ses inclinations, ses habitudes, sa force ou sa faiblesse.
Vivacité.
La vivacité consiste dans la promptitude des opérations de l'esprit. Elle n'est pas toujours unie à la fécondité. Il y a des esprits lents, fertiles; il y en a de vifs, stériles. La lenteur des premiers vient quelquefois de la faiblesse de leur mémoire ou de la confusion de leurs idées, ou enfin de quelque défaut dans leurs organes, qui empêche leurs esprits de se répandre avec vitesse. La stérilité des esprits vifs, dont les organes sont bien disposés, vient de ce qu'ils manquent de force pour suivre une idée ou de ce qu'ils sont sans passions; car les passions fertilisent l'esprit
1. L'esprit stérile est celui en qui l'idée qu'on lui présente ne fait pas naître d'idées accessoires; au lieu que l'esprit fécond produit sur le sujet qui l'occupe toutes les idées qui appartiennent à ce sujet. De même que dans une oreille exercée et teiisible, un son produit le sentiment des sons harmoniques et qu'elle entend un accord où les autres n'entendent qu'un son. S.
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sur les choses qui leur sont propres, et cela pourrait expliquer de certaines bizarreries : un esprit vif dans la conversation, qui s'éteint dans le cabinet; un génie perçant dans l'intrigue, qui s'appesantit dans les sciences, etc.
C'est aussi par cette raison que les personnes enjouées, que les objets frivoles intéressent, paraissent les plus vives dans le monde. Les bagatelles qui soutiennent la conversation étant leur passion dominante, elles excitent toute leur vivacité, leur fournissent une occasion continuelle de paraître. Ceux qui ont des passions plus sérieuses étant froids sur ces puérilités, toute la vivacité de leur esprit demeure concentrée.
Pénétration.
La pénétration est une facilité à concevoir^, à remonter au principe des choses ou à prévenir^ leurs effets par une suite d'inductions.
C'est une qualité qui est attachée comme les autres à notre organisation, mais que nos habitudes et nos connaissances perfectionnent : nos connaissances, parce qu'elles forment un amas d'idées qu'il n'y a plus qu'à réveiller; nos habitudes, parce qu'elles ouvrent nos organes et donnent aux esprits un cours facile et prompt.
Un esprit extrêmement vif peut être faux et laisser
1. Concevoir veut dire ici se former, d'après ce qu'on voit, des idées de ce qu'on ne voit pas, et par là pénétrer plus loin que la simple apparence. S.
2. Au lieu de prévenir, il faut, ce me semble, prévoir les eflets par induction après quoi on les prévient. S.
échapper beaucoup de choses par vivacité ou par impuissance de réfléchir et n'être pas pénétrant. Mais l'esprit pénétrant ne peut être lent ; son vrai caractère est la vivacité et la justesse unies à la réflexion.
Lorsqu'on est trop préoccupé de certains principes sur une science, on a plus de peine à recevoir d'autres idées dans la même science et une nouvelle méthode ; mais c'est là encore une preuve que la pénétration est dépendante, comme je l'ai dit, de nos habitudes. Ceux qui font une étude puérile des énigmes en pénètrent plus tôt le sens que les plus subtils philosophes.
De la justesse, de la netteté, du jugement.
La netteté est l'ornement de la justesse^ mais elle n'en est pas inséparable. Tous ceux qui ont l'esprit net ne l'ont pas juste. Il y a des hommes qui conçoivent très distinctement et qui ne raisonnent pas conséquemment. Leur esprit, trop faible ou trop prompt, ne peut suivre la liaison des choses et laisse échapper leurs rapports. Ceux-ci, ne pouvant assembler beaucoup de vues, attribuent quelquefois à tout un objet ce qui convient au peu qu'ils en connaissent. La netteté de leurs idées empêche qu'ils ne s'en défient. Eux-mêmes se laissent éblouir par l'éclat des images qui les préoccupent et la lumière de leurs expressions les attache à l'erreur de leurs pensées-.
La justesse vient du sentiment du vrai formé dans