LXXXVIII
On méprise les grands desseins lorsqu'on ne se sent pas capable des grands succès.
Les hommes ont de grandes prétentions et de petits projets,
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Les grands hommes entreprennent les grandes choses, parce qu'elles sont grandes; et les fous, parce qu'ils les croient faciles.
1. Le mot d'habileté est un peu vague. E sigaifie sans doute ici adresse, autrement cette maxime contredirait la suivante. S.
Il est quelquefois plus facile de former un parti que de venir par degrés à la tête d'un parti déjà formé.
Il n'y a point de parti si aisé à détruire que celui que la prudence seule a formé. Les caprices de la nature ne sont pas si frêles que les chefs-d'œuvre de l'art.
XGIII
On peut dominer par la force, mais jamais par la seule adresse.
Ceux qui n'ont que de l'habileté ne tiennent en aucun lieu le premier rang.
La force peut tout entreprendre contre les habiles^
XGVI
Le terme de l'habileté est de gouverner sans la force.
C'est être médiocrement habile que de faire des dupes.
La probité, qui empêche les esprits médiocres de
■ 1. Oiii, mais l'habileté consiste à savoir diriger en sa faveur l'emploi de la force. S.
parvenir à leurs fins, est un moyen de plus de réussir pour les habiles,
Ceux qui ne savent pas tirer parti des autres hommes sont ordinairement peu accessibles.
Les habiles ne rebutent personne.
L'extrême défiance n'est pas moins nuisible que son contraire. La plupart des hommes deviennent inutiles à celui qui ne veut pas risquer d'être trompé.
Il faut tout attendre et tout craindre du temps et des hommes.
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Les méchants sont toujours surpris de trouver de l'habileté dans les bons.
Trop et trop peu de secret sur nos affaires témoignent également une âme faible.
GV
La familiarité est l'apprentissage des esprits K
1. Obscur ; c'est dans la familiarité de la conver^tion que l'esprit se forme ou bien qu'on connaît l'esprit de ceux avec qui on rit. M.
330 VAUVENAROUES
Nous découvrons en nous-mêmes ce que les autres nous cachent et nous reconnaissons dans les autres ce que nous nous cachons nous-mêmes^
GVII Les maximes des hommes décèlent leur cœuî*.
Les esprits faux changent souvent de maximes.
Les esprits légers sont disposés à la complaisance.
GX
Les menteurs sont bas et glorieux^.
Peu de maximes sont vraies à tous égards.
On dit peu des choses sohdes lorsqu'on cherche à en lire d'extraordinaires.
1. Var. L'auteur ajoute : Il faut donc allier ces deux études.
2. Le proverbe italien a dit : Parle, afin que je te connaisse. S.
3. On pourrait, ce semble, retourner la pensée et dire : Les gens bas et glorieux sont menteurs; car on est souvent menteur parce qu'on est glorieux et non pas glorievx parce qu'on est jnenttur. S.
Nous nous flattons sottement de persuader aux autres ce que nous ne pensons pas nous-mêmes.
GXIV On ne s'amuse pas longtemps de l'esprit d'autrui.
GXV
Les meilleurs auteurs parlent trop.
La ressource de ceux qui n'imaginent pas est de conter.
GXVII
La stérilité de sentiment nourrit la paresse.
GXVIII
Un homme qui ne soupe ni ne dîne chez lui se croit occupé. Et celui qui passe la matinée à se laver la bouche et à donner audience à son brodeur se moque de l'oisiveté d'un nouvelUste qui se promène tous les jours avant de dîner.
Il n'y aurait pas beaucoup d heureux s'il appartenait à autrui de décider de nos occupations et de nos plaisirs.
GXX
Lorsqu'une chose ne peut pas nous nuire, il faut nous moquer de ceux qui nous en détournent.
Il y a plus de mauvais conseils que de caprices.
Il ne faut pas croire aisément que ce que la nature a fait aimable soit vicieux. Il n'y a point de siècle et de peuple qui n'aient établi des vertus et des vices imaginaires.
GXXIII
La raison nous trompe plus souvent que la nature',
La raison ne connaît pas les intérêts du cœur.
Si la passion conseille quelquefois plus hardiment que la réflexion, c'est qu'elle donne plus de force pour exécuter.
Si les passions font plus de fautes que le jugement, c'est par la même raison que ceux qui gouvernent font plus de fautes que les hommes privés^.
Les grandes pensées viennent du cœur.
1. On ne peut entendre, par la nature de l'homme, que son organisation est l'impulsion qu'il reçoit de ses sens vers les objets. Or, c'est de là que viennent toutes nos fautes et toutes nos erreurs, et non pas de la raison, même quand elle s'égare. M.
2. Cette maxime dément la précédente; car les passions sont la nature et U
Le bon instinct n'a pas besoin de la raison, mais il la donne.
On paye chèrement les moindres biens, lorsqu'on ne les tient que de la raison.
GXXX
La magnanimité ne doit pas compte à la prudence de ses motifs.
Personne n'est sujet à plus de fautes que ceux qui n'agissent que par réflexion.
On ne fait pas beaucoup de grandes choses par conseil.
GXXXIII
La conscience est la plus changeante des règles.
La fausse conscience ne se connaît pas.
jugement c'est la raison. Or, l'auteur dit ici que les passions font plus Je fautes que le jugement. M. — Je crois qu'il faut entendre, par la première de ces deux maximes, que la raison nous trompe, proportion gardée, plus souvent que la nature; Vauvenargues croyant, comme il l'établit dans la seconde maxime, que la raison a moins souvent occasion de faire des fautes que la nature, parce que le nombre des actions qu'elle dirige est beaucoup moins considérable.
GXXXV
La conscience est présomptueuse dans les forts, timide dans les faibles et les malheureux, inquiète dans les indécis, etc. : organe du sentiment qui nous domine et des opinions qui nous gouvernent.
La conscience des mourants calomnie leur vie.
La fermeté ou la faiblesse de la mort dépend de la dernière maladie.