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IV. — Une éducation syndicale

Réunis à la fin de mars 1911 dans la Bourse du Travail d'Angers, les instituteurs syndiqués terminèrent leurs délibérations par le procès-verbal que voici :

« Le Congrès de la fédération nationale des syndicats d'instituteurs et d'institutrices, tout en reconnaissant que c'est au syndicat, au métier, à la vie en un mot, de préparer des ouvriers conscients, des syndiqués dignes et actifs,... déclare possible l'adaptation de l'éducation morale et civique aux besoins de la classe ouvrière, en regardant l'école comme une préparation à la vie.

« Il préconise à cet effet les moyens suivants :

(1) Je ne inVn souvenais plus, mon cher Thierry. Il est vrai que voici deux ans que nous n'avons bavardé ensemble. Biais vous L'ai- je dit sous cette forme, avec cotte précision) .T'aurais peine à le croire. Ne von- - dit plutôt : b Avant trente ans, vingl ans,

dix ans, nous verrons de grandes choses! La Révolution 1 Peutêtre!» El je dus vous rappeler une conversation que j 'avais eue, peu avant, avec Duré, l'ancien secrétaire de rédaction do Mouvement Socialiste, <|ui venait do plonger dans les eaux gouvernementales.

Duré m'avait dit : fl M<mi vieux — tout le monde B été le I vieux ».

Le copain «le Duré, — vous ne le voyez pas, vous syndicalistes, mais «•'est bût, avant dix ans. m»us îontore. générale expro

priât lice qui sera noyée dans le Bang. a Ces paroles me frappèrent fort, P. Monatte.

— 1° développer aussi intégralement que possible les facultés physiques et intellectuelles de l'enfant; — 2° respecter sa personnalité en l'amenant à réfléchir sur ses sentiments, ses inclinations, son caractère; — 3° ne lui imposer aucun dogme, aucune formule; fortifier en lui, au contraire, le sens critique, l'esprit scientifique, en lui donnant le goût du savoir et le besoin de contrôle; l'habituer à se conduire seul, à agir par lui-même, à rester maître de soi.

« Afin de réaliser cet idéal, les instituteurs syndiqués entendent : — 1° travailler continuellement à acquérir eux-mêmes une plus forte culture générale et professionnelle, par l'observation, par le livre, par la discussion; — 2° combattre en les dévoilant dans leurs bulletins et revues certaines survivances d'une certaine méthode d'éducation oppressive et irrationnelle;

— 3° composer et éditer des ouvrages scolaires en harmonie avec leurs conceptions rationalistes.

« Les instituteurs syndiqués ont en outre la ferme intention de mener, d'accord avec la classe ouvrière organisée, d'activés campagnes pour éclairer l'opinion publique en vue d'obtenir comme mesures transitoires : — 1 ° que la fréquentation scolaire soit d'abord assurée et que l'âge de la sortie de l'école primaire puisse être le plus tôt possible porté de 13 à 15 ans;

— 2° que le nombre maximum des élèves soit diminué dans chaque classe; — 3° que l'éducation mixte se généralise et qu'elle soit instituée dès maintenant dans toutes les communes pourvues d'un couple d'éducateurs; — 4° que les instituteurs puissent jouir, comme tous les autres citoyens, de la liberté complète de parole et d'action. »

J'ai tenu à citer tout ce texte : non qu'il importe en entier à mon sujet, mais il a un intérêt général; non que je l'approuve, son vague et sa redondance me font de la peine, mais enfin j'y veux souligner

L'Ecole et la Révolution 13

une remarque très riche, — celle-là qui attribue au métier, au syndicat, le pouvoir de préparer des ouvriers conscients.

Ainsi le chemin de la révolution, c'est le syndicat;

— le chemin du syndicat, c'est le métier; — il faut donc, avant d'élever les écoliers pour la révolution, les élever pour le travail.

Je rencontre ici ma solidité, je salue enfin, dans ce syndicalisme, mon syndicalisme : une industrie, une morale, une philosophie révolutionnaires.

Vivre aujourd'hui comme des socialistes (et voilà dix ans que je le pense), c'est établir dès aujourd'hui le socialisme. Et en lui, ne considérez plus l'extermination des Riches, mais l'organisation des Producteurs. Admis que la a société future » se compose de groupements autonomes et fédérés de travailleurs, dès à présent les syndicats ouvriers fondent la société future. Le moyen de la révolution, c'est sa fin : tout comme le moyen de la perfection morale, c'est la vertu positive plus que la guerre au vice; tout comme le moyen de la foi, c'est la foi même.

Inscrire cet avenir que nous rêvons, pour qu'il soit plus ferme qu'un rêve, dans la réalité actuelle. Unir dans leur profondeur la plus vivante nos métiers, notre conduite sociale et une morale héroïque, le labeur et la révolte, le pain de chaque jour et la justice d'un dernier jour... Prenant ainsi conscience de soi, la classe ouvrière dégage les institutions qui lui sont propres; et pour illustrer d'un vigoureux exemple un mot de Proudhon, qui se disait « révolutionnaire, mais pas bousculeur », je déclarerai que la Révolution sociale a commencé du jour où, sur les indications de Fernand Pelloutier, fut établie la Confédération Générale du Travail.

Et dans cette révolution qui continue et qui durera,

— dans cette Glorieuse qui occupera plus de trois

jours, et dont moi, Monatte, je ne distingue pas la fin, — les enfants, les écoliers auront leur place : celle des apprentis dans l'atelier.

Ce qui met le syndicalisme bien au-dessus, bien au delà, bien autour et au centre de la politique, c'est l'effort en même temps rationnel et passionné qu'il fait pour organiser la production.

Si le Travail est vraiment ce qu'il y a de plus grand dans le monde (et vous n'en savez rien du tout, pas plus que moi; mais comme moi vous le croyez, et votre action n'importe que dans cette foi); — si cela est, l'Education ne révolutionnera pas le Travail, c'est le Travail qui révolutionnera l'Education.

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