II. — Le symbolisme scolaire
Pour avoir autrefois déclaré que l'école, sanctuaire de la démocratie, antre de la révolution, et comme dit Elslander, œuf de la société future, réapparaissait à moi irrespectueux plus humblement sous l'aspect d'une ménagerie, d'un vestiaire et d'une prison pour dettes, j'ai encouru beaucoup de critiques et de railleries. Je m'y exposerai encore aujourd'hui, pour le plaisir de vous démontrer que l'école est un guignol, et que l'éducation y a toujours été symbolique.
En effet la discipline de l'école n'est pas vraie. — Elle manque de sérieux, depuis qu'elle a renoncé au cachot et à la schlague. Humanitaire, préventive, raisonneuse, elle endort les enfants dans un cocon de coton que la vie déchirera.
La sociabilité de l'école n'est pas vraie. — Tout simplement parce que la gratuité a fait sortir les écoliers des relations économiques, tandis que les enfants (j'entends, les mêmes) y restent plongés.
La science de l'école n'est pas vraie. — Elle aussi, comme la littérature aux recueils de morceaux choisis, vous savez bien que dans les manuels on la taille, on la peinturlure et on la bourre de son « à l'usage du dauphin. »
Et le travail de l'école non plus n'est pas vrai. — Tant d'heures à écrire, pour des enfants qui devenus hommes n'écriront jamais; tant d'heures à lire, pour des enfants qui devenus hommes ne liront jamais qu'un journal à faits-divers et des proclamations électorales; tant d'heures à compter, pour des enfants qui devenus hommes ne calculeront jamais que la paye et les dettes... Et si je voulais parler de l'histoire, de la géographie et de la morale!
Je conclus que cette éducation n'a pas cherché à
Principe d'une éducation syndicaliste 19
pourvoir de métiers les travailleurs, mais à fournir des symboles aux citoyens.
Symboles comiques : — car les enfants ne vivraient pas si nous ne leur permettions pas de temps en temps de jouer à l'homme.
Symboles moraux : — il est bon que vos fils sachent en effet que vous ne les élevez pas pour rien, mais pour qu'ils vous fassent honneur dans les classes et plus tard.
Symboles abstraits : — grâce auxquels ces petits garçons recevront une théorie éthique, une théorie civique, une théorie intellectuelle, enfin une « philosophie » toute prête pour les dispenser à jamais de réfléchir et d'inventer dans leur virilité.
(Par malheur, par bonheur, à l'âge de s'en servir ils l'auront oubliée: et il faudra que leurs propres entants grandissent pour la leur rapprendre.)
Introduire à temps la production dans cette éducation, afin de la rendre vraie comme la vie, c'est évidemment en démolir le symbolisme. Substituer le travail manuel au travail intellectuel, la sensation à l'abstraction, la promenade et la causerie à la lecture, l'atelier à la classe; bref rapprocher, réunir l'existence économique des hommes et l'existence scolaire des enfants, voilà tout ce que contient notre principe...
Avant de l'accepter, pour me dégriser de ces énumérations trop faciles, j'envisagerai de mon mieux cette confusion du technique et du pédagogique.