III. — La coéducation
Première surprise: — Et les femmes?
Oui, que fera-t-on dans les écoles de filles? — Je sortirais de mon sujet si je voulais prouver ici que les femmes, corrigeant un dilemme bien connu de Proudhon, doivent toutes devenir « ouvrières ou nié-
nagères ». Le mal, c'est seulement trop souvent qu'on les fasse ménagères et ouvrières. Autrement je déteste cet instinct pleurard et cafard qui les honnit travailleuses, sans doute pour les approuver grues. Quelle raison fournir en effet, qui soit avouable, pour conserver à celles qui ne se marient pas ce privilège d'oisiveté qu'on enlèverait aux riches? A la syndiquée, je l'espère, (et si Nora voulait nous en donner son avis?) d'accomplir le rachat de la poupée.
Toutefois consultés, vous tous et nos instituteurs fédérés et moi, nous aurions déclaré d'emblée que la coéducation nous paraissait excellente. Or elle est manifestement contradictoire avec une éducation par la production. Celle-ci ne se fera jamais mixte pour entrer dans une école mixte. La théorie, le symbolisme, la connaissance, l'abstrait, peuvent rapprocher les sexes (et encore); assurément le travail les distingue, le travail du ménage toujours et le travail de l'atelier presque toujours. Ou demanderez-vous qu'on enseigne la couture aux garçons et la charpente aux filles.
Je m'attarde. Non que j'espère me tirer d'affaire par de si spirituelles plaisanteries. (Pourtant j'ai vu les femmes servir les maçons en Autriche). Ces remarques ne veulent qu'inviter à songer; et si je propose des idées, c'est vous qui en disposerez. Déjà je me suis dit qu'un ouvrier, qu'un instituteur, s'ils en avaient eu le loisir, auraient pu concevoir plus clairement que moi le rapport de l'école et du travail. Qui m'aidera ici? Il faudrait qu'un cœur très tendre et très pur battit à côté du mien... — Tout cela, je finis, pour que même si nous apercevions le vrai, vous n'oubliiez pas que j'ai réussi seulement à vous en montrer le profil viril.
La difficulté n'est pas insoluble, et vous n'aurez à sacrifier ni la production ni la co-éducation.
Principe d'une éducation syndicaliste 21