III. — L'Adolescent et ses Notions
L'adolescent partage avec tristesse ses rêves entre le travail et l'amour, entre l'atelier ou le collège et le trottoir. (Observez que me voici encore obligé de ne parler que de l'homme). Il aurait donc besoin d'une éducation sexuelle, qu'on ne lui a jamais donnée; et d'une éducation professionnelle, qu'on lui donne très mal.
Vous me direz que la bombe (car enfin j'ai honte d'appeler ça l'amour) et l'apprentissage même le plus négligé lui enseigneront bien des vérités que nous ne savons pas, ou dont nous n'oserions pas parler. — Ce n'est pas faux : mais si l'expérience valait mieux que l'éducation tout irait pour le mieux dans le pire des mondes; et justement l'éducation est là pour faire économie d'expériences.
Ainsi le jeune homme, la jeune fille, au moment de prendre leur engagement le plus sévère, celui du métier, celui de la conduite; — j'aimerais sans jeu de mots qu'il fût permis de dire en langage religieux au moment de faire profession; — au moment de prononcer le vœu sérieux du travail, de la probité, de la chasteté, du mariage, de l'activité révolutionnaire; — les voilà qui, au dedans d'eux-mêmes, interrogent leur conscience. Or que prononce-t-elle?
Rien que la notion abstraite : des phrases non expri-
L'Ecole et l'Individu 33
mées par la vie, des considérations historiques et géographiques, des règles de grammaire et des tolérances d'orthographe, et un résumé du stoïcisme ou de la morale de Victor Cousin.
Pas une habitude ferme, pas une résolution devenue organique, nul sentiment qui se soit jamais fondé sur une vue intelligente et large du vrai; — de quoi, en un mot, tournoyer dans le délire et le vertige, errer de la vanité à la jouissance, de l'ascétisme au dégoût, sans jamais distinguer nulle part dans ce cercle un centre qui soit action, travail, justice.
J'ai dit déjà que, par une éducation secondaire professionnelle, on pourrait concrétiser ces notions dans les jeunes gens et en faire des forces vivantes. Je chercherai aussi comment.