‹ Réflexions sur l'éducationChapitre 28 sur 109 · II. — Education physique · texte numérisé non relu

II. — Education physique

H a été entendu précédemment que cet enseignement primaire pouvait être mixte. Je me refuse d'ailleurs à consentir que ce détail ait une très grande importance. Souvent (à ce qu'on me dit), les instituteurs et les institutrices, lorsqu'ils défendent la coéducation, envisagent surtout leur commodité person nelle: dans le ménage qui enseigne, la femme agit plus facilement sur les enfants les plus jeunes, garçons ou filles; l'homme se fait mieux écouter par les enfants plus âgés. Jean-Pierre et Félix jouant et vagabondant de compagnie avec Juliette et Lise, je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'ils étudient ensemble. Mais cette réforme ne révolutionnera pas l'enseignement élémentaire, ni les relations de l'homme et de la femme.

Garçons et filles, j'estime qu'ils ont premièrement besoin d'une éducation physique. C'est un sujet que je n'ai jamais étudié : mais il n'est pas indispensable, à en croire Figaro, de savoir les choses pour en raisonner. Je prie seulement qu'on corrige mes fautes.

J'appellerais éducation physique active la gymnastique et le jeu, éducation physique passive l'hy giène. Et sans doute en pourrait-on juxtaposer les commandements sous les vieux titres de nos vieilles grammaires : — Dites, ne dites pas ; — et de nos vieilles morales : — Faites, ne faites pas...

Tabous de la nourriture et tabous de l'exercice, commandements de la propreté, prescriptions de l'activité: ils permettent aux instituteurs, par l'influence des enfants, d'éduquer aussi leurs parents.

Une remarque pourtant.

Quand je me livrais, moi aussi, à ces bavardages pleins de sagesse, toujours il me semblait entrer

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dans le pardessus de cet intelligent docteur qui, debout au pied du grabat dans la mansarde nue, ordonne à l'homme qui tousse, les viandes rouges et un séjour dans le midi.

Oui, — il est difficile aux prolétaires, après leurs métiers longs et sales, de se laver bien dans nos maisons inconfortables, sans eau chaude et où l'eau froide est distribuée avec parcimonie; il leur est difficile de composer des repas sains, manque de temps et manque d'argent; et quand auraient-ils le goût ou l'occasion de prendre assez d'exercice?

Observations justes, sans doute. Encore pourraiton ici et là les rectifier, indiquer comment utiliser le repos hebdomadaire, faire connaître et critiquer les manuels de nourriture rationnelle qui existent. Le Docteur Wintsch avait autrefois entrepris ici-même un travail de ce genre: pourquoi ne l'a-t-il pas continué? J'ai suscité parmi le petit peuple de Vosves une émeute en lui lisant une page sur les fraudes alimentaires et les illusions gustatives... — Tout de même, remettrons-nous toute amélioration jusqu'à la révolution sociale?

Bien manger donc et bien digérer, bien respirer, bien assurer la circulation du sang, bien se mouvoir: voilà l'hygiène; une méthode d'entretien, une statique organique.

Et toute la gymnastique, on n'en fera qu'un seul commandement: bien grandir; une méthode de croissance, une dynamique organique.

L'école est une ménagerie. Elle reçoit des petits garçons, des petites filles sauvages que sa mission immédiate est de dresser. Comme ils feraient la « pyramide humaine » ou bondiraient à travers des cerceaux tendus de papier, ils apprennent à s'asseoir, à se lever, à se mettre en rang, à se moucher, à se retenir: discipline physiologique, discipline du mouve-

ment individuel et du mouvement d'ensemble qui, bien loin de les asservir, les rendent maîtres de leurs corps, muscles, organes des sens et nerfs.

Ainsi les exercices propres de la classe ne me paraissent pas nuisibles au développement animal. A condition, cependant, qu'on en raccourcisse la durée, qu'on en rythme la période avec des chants, ils procureront aux enfants cette confiance en leur propre solidité qui fait un des éléments premiers du bonheur.

La gymnastique intelligemment graduée opérerait de même. Ici, Dubois, je me fierais plus volontiers à votre expérience qu'à ma logique. Je suppose qu'il existe de bons manuels, et que tant d'athlètes, tant de moniteurs, tant d'officiers n'ont pas travaillé en vain. Qu'ils s'engagent à ne pas atrophier l'esprit en assouplissant le corps; qu'ils renoncent à fabriquer, par une spécialisation qui serait un estropiement, des hommes de sport alors qu'on leur demande des ouvriers; et nous leur laisserons le soin de surveiller et de stimuler la croissance des enfants.

Enfin les sujets eux-mêmes réclameront qu'on les consulte, et qu'on utilise aussi les méthodes d'entraînement qu'ils préfèrent: savoir leurs jeux. A-ton songé à en établir la classification gymnastique? J'ose dire qu'elle nous instruirait davantage que tant de syllabaires et d'anthologies.

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