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IV. — Education morale

J'aime la morale et je l'ai enseignée avec complaisance: au siècle de Bonnot et de ceux qui nous présentent Bonnot comme un révolutionnaire, il faut sans doute et d'abord légitimer une passion aussi insolite.

La morale existe: — de même, j'ose le dire, que l'écriture, que la langue française, que l'addition; de la même façon encore que notre médecine.

Vous ne consultez pas les enfants pour leur apprendre à marcher, et ils trottent déjà que vous n'avez pas décidé s'ils doivent se mouvoir dans un espace à trois ou à n dimensions. La nourrice qui les fait jaser ne les invite pas non plus à choisir entre le français et l'espéranto. Et leur liberté vous paraît

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également nulle à l'endroit des théories de la soustraction et de la racine carrée.

Réalités certaines que celles-là, objecterez-vous, qu'il est illogique de comparer ainsi aux réalités arbitraires et mouvantes de la morale. (Il faudrait encore discuter si le fond de la mathématique et de la linguistique ne change jamais). S'il est bon qu'ui jour grandis ces enfants perfectionnent la justice et le devoir, comment s'y prendront-ils, s'ils n'en ont pas reçu la première notion? Neutralité morale, c'est immoralité; de même que neutralité religieuse, c'est irréligion. Et la morale est l'espace même de la révolte.

Un maître qui m'écouterait cependant enseigneraitil une éthique à grands principes, avec les distinctions et les abstractions classiques? Je n'en suis pas partisan, mais je n'en voudrais pas dire trop de mal. J'avais douze ans quand j'écoutai, quand je compris, dans quelques vers prononcés par la douce Antigone de Sophocle, combien la loi de la conscience est plus impérieuse que la loi écrite: et c'est la plus grave leçon révolutionnaire.

L'enfant acquerrait un outillage moral comme nous l'avons vu acquérir un outillage intellectuel et un outillage physique. La foi, la lecture, un appel direct à l'indignation ou à l'amour, ont suffi pour que le petit Dupont ou le jeune Lambert, avant un peu de feu au cœur, sentît vivre en lui l'orgueil et la charité, se proposât obscurément, sans pouvoir et sans vouloir le dire, d'imiter Rodrigue et Hoche et le jeune Enjolras... Héroïsme sans emploi désormais (seinblet-il), dont beaucoup souffrent, et que nous essayerons de dévier vers le métier au cours de L'apprentissage.

Toute l'enfance, toute l'adolescence est aspiration: jusqu'ici nous n'avons su diriger ce grand désir que vers l'ambition, la richesse, la luxure et la gloire.

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« Du travail et de la conduite; et vous arriverez aux premiers postes, et vous ferez un beau mariage, et vous serez heureux!... Dès qu'ils se sont aperçus qu'ils pouvaient faire la bombe et devenir fonctionnaires à meilleur marché, pourquoi vouliez-vous qu'ils choisissent la voie la plus difficile? — Au contraire, invoquant en eux le courage et l'orgueil, il fallait la leur proposer: « Travaillez, et vous souffrirez, et vous resterez pauvres, et personne ne peut vous garantir l'amour; mais fidèles à vous-mêmes et avec l'aide de vos frères, vous deviendrez dignes de délivrer le monde. »

Alors et sur cette parole, ils se compteront.

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