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IV. — L'école, la ferme et le syndicat

Nous retomberions, nous syndicalistes, dans le péché que nous avons tant reproché aux opportunistes, aux politiciens, aux hommes de l'action indirecte, si nous prétendions établir en nous passant des ruraux un programme pour les écoles rurales.

Aux paysans donc, aux paysans d'abord, de faire connaître à l'instituteur l'exigence de leurs besoins. A eux d'établir en commun l'emploi d'une année ou d'un semestre, de la journée ou de la demi-journée scolaires. A eux de fixer ce qu'ils jugeront indispensable que les adolescents, leurs fils et leurs filles, apprennent de mécanique et de chimie, de botanique et de zoologie, avant de les appliquer ou en même temps qu'ils les verront appliquer aux champs et à la ferme.

L'instituteur ne se bornera pas à enregistrer cette unanimité, même après l'avoir obtenue. Habitué à réfléchir, à considérer plusieurs idées à la fois, parce que c'est un métier, et parce que c'est son métier, il mettra d'accord l'expérience campagnarde avec la sienne. Si les cultivateurs connaissent la culture et ont qualité pour en juger, le maître est qualifié, lui, pour apprécier les esprits et pour leur mesurer, sans fatigue et sans confusion, la pratique et la théorie. Vrai directeur (ou suscitateur) de conscience, sa fonction est d'adapter le savoir au besoin, la leçon à l'applica-

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tion, le rythme de l'éeole à celui de l'année, et tous les deux à la pathétique croissance de l'esprit.

On comprend bien pourquoi je me détends (et d'ailleurs j'ai peine à m'y résigner) de préciser cette organisation. Rien n'est plus nécessaire à un pédagogue que l'imagination: pourquoi donc l'imagination pédagogique manque-t-elle de grâce? Tout un jour du mois des semailles, comme j'aimerais me mêler à la triple ronde de la sensation, du travail et de l'intelligence! Le matin l'école accueillerait les entants, tandis que les adolescents, comme ils le t'ont, s'emploieraient aux champs de la commune. Le maître emprunterait à Zola une dictée émouvante, encore qu'un peu grosse; il ferait calculer la dépense et l'économie d'un semoir; il inventerait quelque jeu à la manière de Frcebel. L'après-midi ouvrirait le beau ciel gris, les larges routes. Aussitôt les écoliers de s'en aller rejoindre leurs frères; et le soir, dans quelque ferme ou quelque grange, leur ami exposerait aux jeunes gens ce qu'ils ont besoin de savoir du triage des semences et de la germination. Le lendemain ou la semaine suivante, il traiterait quelque autre problème de la nature et de l'économique, ou quelque problème nouveau de la mécanique, de l'histoire ou de la justice...

Mais sait-il donc toutes choses? Tout uniment c'est parce qu'il les ignore que je voudrais qu'il les apprit, ou qu'il consentît à les laisser enseigner par d'autres. Par ces travailleurs syndiqués, en première ligne, qui auront su, se répartissant la besogne, compléter la connaissance profonde, mais étroite et locale, qu'ils ont acquise de leur métier, dans l'étude de l'histoire ou dans les inventions coopératives. Il suffit d'un homme, mille faits nous le prouvent, pour instituer un syndicat agricole: en faudra-t-il beaucoup plus, en faudra-t-il trop pour donner aux membres de ce syndicat, particulièrement à sa jeunesse, aux soirs de son apprentissage, les conférences scientifiques et morales

qui lui permettront, suivant notre idéal, en même temps de faire son métier et de travailler à la révolution?

Dès lors les trois organes de notre éducation rurale engrènent. Le travail à la ferme, la science à l'école, l'invention sociale au syndicat: le programme définitif ne pourra se constituer, après réflexions et tâtonnements, que par l'entente de ces trois groupes. Et c'est elle aussi qui, librement, souplement, promènera de la classe aux champs, à la laiterie ou aux greniers, puis de ceux-ci à la salle de conférences ou au bureau de la coopérative, les équipes et les auditoires féminins, masculins ou mixtes.

Ainsi l'école peut devenir quelque chose de beaucoup plus divers et vivant qu'une école. L'étude ne s'y sépare point du métier, et tous deux collaborent et se fortifient dans la propagande. Le sérieux de l'apprentissage introduit un esprit courageux dans les idées; le savant instruit le paysan, le paysan pose au savant des problèmes; l'amitié à la fois concilie et moralise la discipline de la besogne et l'individualisme de la réflexion. Par trois éléments dispersés, l'école avec son cours d'adultes, la section syndicale, le labeur rural tel qu'il est encore, un ensemble enfin se trouve coordonné, qui pourra prétendre à rectifier, à émonder, à construire des programmes; à former par l'économique et par l'histoire des professionnels compétents et inventifs; à donner enfin aux jeunes gens, aux hommes mêmes, leur poste au milieu de l'atelier révolutionnaire.

Appellerez-vous encore cet Etablissement une Ecole? C'en est une, ce serait la bonne : elle ne comporterait point de mensonge, l'industrie et l'abstraction s'y entendraient pour nourrir l'enthousiasme de la jeunesse. Mais appelez-là aussi une coopérative d'éducation, ou un syndicat d'apprentissage et d'études. Et vous pourriez même ne pas lui donner de nom, — pourvu qu'elle existe.

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