‹ Réflexions sur l'éducationChapitre 40 sur 109 · III. — La cité · texte numérisé non relu

III. — La cité

Fils, filles d'ouvriers et d'ouvrières attendent une éducation qui leur fasse comprendre la constitution et participer au mouvement de la grande ville où ils vivent: mais quoi de plus difficile, étant vrai que les ouvrières, que les ouvriers eux-mêmes n'en acquièrent que très lentement la conception ferme et assurée.

La forme qu'a revêtue longtemps le socialisme urbain faisait de lui un rêve violent d'émigration. Il ne s'agissait pas du tout d'organiser la cité, mais de la dissoudre; pas du tout de composer l'industrie en groupes puissants et pathétiques, les villes se déployant autour de la matière, de la force et du feu comme les villages s'étaient accroupis autour du carrefour, de la source et du blé; mais de la défaire, de la disperser dans la campagne, ou au pis-aller de l'enfoncer comme un bagne entre des collines maudites, où chacun ne s'en irait que pour peiner. Cherchant au fatras de toutes les utopies qu'on nous a décrites, combien trouveronsnous de ces cités futures qui soient franchement urbaines, et dont l'architecte ait seulement vu le grandiose des cités présentes?

De même, on n'a offert aux enfants de L'industrie que des écoles de campagne, — des Roches ou des Ruches, — sans essayer le moins du monde à ménager le passage qui les conduirait de la ferme à l'atelier, du jardin

aux pots de fleurs sur le balcon, des soins de la bassecour au ménage poussiéreux et cruel d'un logement de faubourg.

Non donc. La Cité future (si elle arrive) sera une Cité avec des rues, des places et de vastes maisons vivantes. La Cité future n'aura honte ni du Capitalisme qui l'engendra, ni du Syndicalisme qu'elle enfanta: elle ne reléguera pas à la poubelle et du côté des champs d'épandage ses usines aux beaux feux qui flamboient dans le soir comme de grands phares à dix étages; elle ne retiendra pas par respect pour les étoiles son haleine fauve et mordorée; elle demeurera, dans les matins brumeux, l'image la plus grave qu'un homme d'aujourd'hui puisse rencontrer de la fin ou du commencement du monde... Mais le monde y continuera.

Demain, c'est aujourd'hui. L'école de l'avenir, vos enfants s'y rendent, et leurs petites mains et leur pensée agile travaillent à l'élargir. Il ne faut pas vous la représenter comme un asile de jeux, mais comme un atelier plus perfectionné même que le vôtre. Et surtout, les écoliers de l'avenir, songez que déjà ce sont les apprentis d'à présent : les voici debout à l'établi, à l'étau et au tour; souvent vous les rencontrerez en chemin de chantier à chantier, vérifiant la physique, la chimie ou la mathématique qu'ils auront étudiée la veille; et vous ne les verrez assis qu'un ou deux aprèsmidis, qu'un ou deux soirs par semaine, l'instituteur de 1913, 1915 au plus tard, sur leurs questions, s'occupant de leur montrer quel lien unit leur industrie et sa science.

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