‹ Réflexions sur l'éducationChapitre 47 sur 109 · I. — Ne pas confondre · texte numérisé non relu

I. — Ne pas confondre

De même qu'il y a un enseignement primaire « bourgeois », que nous voulons alléger pour le rendre ouvrier; de même qu'il y a çà et là une éducation professionnelle officielle, que nous voulons généraliser, concentrer, révolutionner; de même, l'enseignement supérieur existe, mais je ne vous surprendrai pas en disant qu'il ne convient en rien aux fils ni aux filles du prolétariat.

Les universités, avec leurs cinq ou six facultés, — lettres, langues et sciences, droit et médecine, beauxarts et théologie; — les grandes écoles techniques en toutes leurs activités, — armée et marine, commerce et agriculture, industrie et diplomatie, et si j'en oublie vous les ajouterez; — sont toutes la propriété de l'Etal pensant. Si quelque héros de l'Etat opérant, égaré par son labeur, heurte au marteau de leur porte, on lui demandera premièrement, par un serinent solennel, celui-là que Proudhon a refusé, d'abandonner ses frères et compagnons.

Tl cessera de travailler avec eux. 11 a cessé depuis longtemps déjà, ces études exigeant toute l'adolescence et quatre ou cinq ans de jeunesse. Mécaniquement, par le jeu du ressort le mieux monté qui soit, il arrive dans

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l'enseignement, dans l'industrie ou dans l'administration aux fonctions dirigeantes. Croyez-vous désormais que l'officier, que l'ingénieur, que le diplomate, que le professeur vont aspirer à descendre? Même s'ils défendent la cause du peuple, ce sera d'en haut.

Cet enseignement supérieur officiel est donc, tel qu'il marche, un aspirateur installé pour extraire de la classe populaire les forces spirituelles nouvelles et pour les porter au service de la classe bourgeoise. C'est la pompe à parvenir et l'ascenseur des parvenus.

Au prix que les bourgeois y mettent, c'est un devoir pour les prolétaires que d'éviter la haute culture. J'appelle cette vertu un refus de parvenir. J'y voyais jadis le principe d'une morale universelle; mais je me suis aperçu qu'il ne s'adressait aristocratiquement qu'à ceux-là qui, dans l'ombre ignorante du peuple, se jugeaient capables de parvenir. Cependant j'y vois toujours une volonté courageuse.

Et pourtant c'est un devoir aussi, multiple et profond, que d'accroître ses connaissances, que de fortifier sa raison, que d'agrandir son esprit, surtout si l'on veut que ce savoir serve les pauvres et les hommes.

— Nous acceptons vos bourses et vos pensions, diront alors à leurs protecteurs capitalistes les fils des ouvriers et des paysans; nous acceptons votre haut enseignement scientifique et philosophique, puisque vous êtes seuls encore à le détenir et à le distribuer. Mais sachez que nous nous en servirons pour nos pères, pour nos frères, et, s'il est nécessaire, contre vous.

— En attendant au moins, diront les éducateurs syndicalistes, qu'un enseignement supérieur ouvrier, paysan, soit institué par nous; non pas pour assumer, bourgeois, les charges dirigeantes qui nous déshonoreraient et que nous vous laisserons; mais pour vous déposséder des charges organisantes dont nous nous sentons dignes...

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