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IV. — Education psychologique: l'Amour et les Lettres

Mais la puberté est venue: l'éducation générale continuera par une éducation sexuelle.

Non que j'y attache trop d'espérance. Au moment où elle serait utile, filles et garçons savent presque tous à quoi s'en tenir; et avec ou sans elle, les chastes resteront chastes, et les autres ne pourront pas y arriver. Si la servitude sexuelle est horrible en elle-même, n'ajoutons pas à l'horreur de la nature les horreurs de la société.

Toutes les jeunes filles étudient la puériculture. C'est une puérifaeture qui conviendrait aux jeunes gens, .l'ai entendu dire que jusqu'ici les deux soxos ont opéré sans pédagogues. Je n'insisterais pas si je ne savais quelle équivoque a perverti dans cette direction le sens des meilleurs révolutionnaires. — Car enfin, il faut s'entendre.

Si cette éducation sexuelle dont on nous parle an nom de la science et de L'amour, son but est de permettre au premier goujat venu de baiser sans risque, je n'y consens pas. S'il s'agit d'énumérer les inoyons qu'il y a de n'attraper aucun mal en n'importe quel

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contact, avec ceux de ne jamais engendrer ni concevoir, je méprise avec Proudhon ces malthusiens-masturbateurs; je me refuse absolument à mettre à l'école un gros numéro.

Répondez d'ailleurs, imprudents révolutionnaires de la « grève des ventres », à cette question toute simple: — Qui donc fera la Révolution? et pour qui?

J'irai au delà. Dans une assemblée de braves gens (je n'en étais pas) qui s'inquiétaient un jour des progrès de la prostitution et de la débauche, une dame se leva pour défendre les droits de la belle jeunesse.

— Nous ne pensons pas d'ailleurs, fit-elle observer, à interdire au jeune homme d'avoir une maîtresse.

Phrase aimable, contradiction énorme!

— Excusez-moi, madame, aurais-je dit; voilà justement ce qu'il vous faut obtenir de ce jeune homme, ou bien tout ce dont vous discutez avec ces messieurs n'est que bavardage.

Car, deux questions. Ce bon jeune homme, sa maîtresse, où la prendra-t-il ? et que deviendra-t-elle?

S'adressera-t-il à la femme de son ami? — Adultère. — A quelque cocotte de haut ou de bas étage? — Prostitution. — A quelque petite fille confiante? — Séduction, adultère ou prostitution ultérieures.

Oui? Trois fois oui? — Mais alors il faut le dire; et l'ayant dit, ne plus faire de sermons.

(Après tout, peu m'importe qu'on invente en moi un pharisien ou un cynique: — Je comprends qu'on fasse l'éloge de la prostitution, ou qu'on en reconnaisse la nécessité: mais ce que je n'admets pas, c'est qu'alors on appelle la prostitution amour.)

Et si c'est non, et trois fois non, il faut conclure comme je veux conclure; il faut approprier formellement l'éducation sexuelle à ceux-là qui, dédaignant d'accepter une maîtresse, se chercheront une femme: (mariage ou, quelque cas tragique se présentant, hors

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du mariage); — à ceux (à celles) qui vivront chastes et demeureront vierges en attendant l'amour.

Je sais combien cet idéal est dur. Je n'ai rien à dire à ceux qui ne l'ont jamais conçu: ce sont des bourgeois. Qu'il est amer, le sort de ceux qui, l'ayant conçu un jour, l'ont abandonné! Mais ceux qui, l'ayant conçu et conservé, n'en reçoivent pas leur récompense, je les plains davantage encore. 11 est cruel de vivre sans amour: se consoleront-ils, je les envie, en songeant qu'ils seraient honteux de vivre avec un simulacre acheté de l'amour.

A ceux qui ont cédé, j'accepte bien qu'un savant conseille une prudence qui les empêchera de subir, et surtout de répandre une inutile souffrance physique. Mais je voudrais encourager, comme de vrais révolutionnaires, comme les seuls qui aient en ce qui les concerne au moins arrêté l'infâme exploitation de la femme par l'homme, ceux qui résistent.

Ainsi dirigée, cette éducation sexuelle est une éducation à l'amour, non pas à la jouissance; non pas à la commodité des postures, mais au sentiment et à l'énergie du cœur.

Or les psychologues ont commencé de prétendre à former nos sentiments, mais leur psychologie est clans l'enfance encore.

Ribot, malgré le labeur le plus attentif, ne nous 8 pas donné une connaissance générale de l'homme. Charles Richet, le docteur Janet, le docteur Dumas ne s'occupent que de physiologie, de pathologie ou d'un détail infime. Et tous, dès qu'ils veulent entrer un peu plus avant dans les passions, suivent L'exemple américain de William James: ils se réfèrent aux romanciers, aux dramaturges et aux poètes. A Shakespeare,

pour étudier, comme l'a observé Paul Bourget, la psychose dégénérée et progressive d'Othello; à Molière, pour analyser la neurasthénie mélancolique du malade imaginaire; à Balzac, afin de donner aux hallucinations d'Ursule Mirouet le nom de délire onirique systématique.

Plus simplement nous dirons, avec Taine, que la littérature est une psychologie vivante. Admirez ici, pour une fois, l'excellence de l'éducation secondaire bourgeoise, toute intention professionnelle écartée, et sa noblesse: consistant tout entière ou à peu près en critique littéraire, française, latine ou grecque, elle a fondé dans chaque Français des anciennes époques une connaissance de l'âme et de l'esprit, elle leur a donné à tous un tact humain, unique pour la clairvoyance et la sincérité.

Nous nous garderons donc bien d'enseigner la psychologie en elle-même, et avec le joli vocabulaire de tout à l'heure. C'est dans la littérature française, dans les littératures antiques et étrangères, que les prolétaires trouveront, non pas de quoi satisfaire une curiosité singeresse; mais la vérité et la mobilité, l'essence et l'accidence de l'amour, de l'héroïsme, de la révolte et de la raison.

Dans le roman de Tristan et dans Racine, dans Musset même et dans Vigny, dans la courageuse histoire de la princesse de Clèves et dans Corneille, souffre et s'ennoblit l'amour.

Roland, Jeanne d'Arc (celle de Michelet), le Cid, les Discours de Danton, une Vie de Blanqui, et dans Victor Hugo la légende du xixe siècle: le peuple refusera-t-il son respect à tant de héros?

S'il veut obtenir l'héroïsme uniquement du travail et de la raison, qu'il étudie alors Descartes et Pascal, Bufïon et Lamarck, Comte et Pasteur, Proudhon et Pelloutier, — chefs-d'œuvre passés et chefs-d'œuvre

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à venir; — et déjà eette littérature rejoint la science et l'histoire, les métiers et la révolution.

Je ne trace point de programme: la littérature française est ce qu'il y a de plus beau au monde. Il faudrait que j'ajoute nos grandes œuvres religieuses: le Saint- Louis de Joinville, la Jeanne d'Arc des Procès et celle de Péguy, Polyeucte et Pascal, la Bible de l'Humanité et la Fin de Satan; — nos grandes œuvres critiques: les Essais et le Dictionnaire philosophique, et Stendhal et Sainte-Beuve... Il faudrait que, voyageant à travers l'espace et le temps, j'établisse une suite entre le tragique de Shakespeare, le comique de Don Quichotte ou de Tartuffe, et la richesse pacifiée d'Homère, de Gœthe et de Tolstoï; entre la sévérité de Balzac et la suprême pitié de Dostoïevsky ou d'Hugo.

Conférences, bibliothèques fixes et circulantes, transformation de notre presse, fondation d'un journal ouvrier qui ne mente pas, lecture ordonnée et réfléchie — vous devinez quel travail de plus d'un jour ce sera que d'orienter honnêtement le prolétariat sur soi-même et sur la société, dans le présent et dans l'histoire...

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