I. — Position du sujet
Si je vous demandais simplement quel rôle joueraient les écoliers (notre cher Gavroche excepté, mais il ne faisait que l'école buissonnière) sur les barricades ou dans la grève générale, j'espère que vous ririez : et notre bavardage s'en trouverait éclairci.
Evidemment ce sera aux hommes, et non pas aux enfants, à faire la révolution si elle arrive. Et s'ils la font, ils n'y emploieront pas, je suppose, la sagesse de l'ardoise ni l'énergie du bout de craie, mais bien cette force, cette pensée viriles qu'ils auront acquises, après Vécole, dans l'exercice du travail, dans la rumination de l'expérience.
La puissance de l'éducateur est limitée : aussi bien parce que l'intelligence de ses élèves est trop ouverte que parce que leur mémoire et leur volonté sont trop courtes. Aussi s'abuserait-il fort s'il pensait, du haut de sa chaire, déterminer la politique que feront dix ans plus tard ses petits garçons. Mais n'a-t-il pas, avec une distribution, une organisation anticipées du travail et de l'expérience à venir, les moyens de préparer les voies où cette intelligence, cette mémoire. cette volonté s'engageront pour rencontrer plus tard la vérité, la passion, la vertu révolutionnaires?
Du moins, tout le monde l'affirme. (D'ailleurs les réactionnaires aussi attribuent à leurs éducateurs un pouvoir réactionnaire.) Je me réserve, excusez-m'en, d'analyser plus tard cette croyance et de discerner où elle est fondée. Provisoirement, je l'accepte.
Encore faut-il rechercher tout de suite comment elle nous mène (nous éducateurs et vous agitateurs) : — par quel savoir, et à quelle action.