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LES ENSEIGNEMENTS TIRES DE LA CLINIQUE

Puisque la médecine est encore — en partie — une science d'observation, essayons de voir quelles indications fournissent les hystériques eux-mêmes au cours de leurs accidents. Ceci n’est pas un chapitre de sémiologie. Il ne s’agit pas de décrire les troubles que nous fournit le caprice de nos malades, et qui restent encore innombrables, lorsqu'on à extrait des descriptions anciennes tout ce que Babinski nous a invité à éliminer. Les crises et leurs diverses modalités, les paralysies, les contractures, les manifestations kinétiques, tout ceci sera laissé de côté; à plus forte raison les anesthésies paradoxales où l’on voyait autant de symptômes caractéristiques de la névrose, qu'ils fussent permanents ou temporaires et qui, en réalité, n'existent que dans la mesure où l’attention des patients s’intéresse aux recherches du médecin.

© On voudrait uniquement insister sur certaines dispositions ‘générales, relevées d’ailleurs par beaucoup d’observateurs qui n’en ont pas tiré, peut-être, les conclusions qui s’imposaient. © La première est l’indifférence de l’hystérique vis-à-vis de ‘ses accidents. On la comprendrait déjà mal, s’ils étaient bénins. On ne la comprend plus quand ils sont graves. Cet homme vient de perdre la vue par double décollement de la rétine. Sa douleur morale est immense, son chagrin dramatique, rien ne le console,

M"° J... est une jeune femme d’une trentaine d'années, soignée dans une Maison de santé de notre ville. Elle vient de perdre la vue. D’urgence son médecin est appelé auprès d’elle. [1 la trouve souriante et coquette assise dans son lit, toute prête à : causer librement de choses sérieuses — il est question de son volage mari — ou frivoles. Elle est stoïque. Si, par les infirmières qui le tiennent d’elle, on ne savait qu’elle est aveugle, rien ne l’aurait fait soupçonner. Aussi, dans leur conversation aucun des deux interlocuteurs ne risque-t-il une allusion à la cruauté du sort. Le médecin -— lui aussi — a gardé son sangfroid. Il se rappelle que l’actuelle cécité succède à une longue série d'événements dont les crises nerveuses, des accès de léthargie, une monoplégie, une hémiplégie, un syndrome méningé, ont été les épisodes les plus marquants. Il a raison d’être optimiste, car cette cécité qui obligeait la malade à rester au lit en lui interdisant toute occupation, guérira, comme le firent les crises, la monoplégie, l’hémiplégie et la méningite sans altération du liquide céphalo-rachidien.

M%° G... vient des environs de Saint-Jean-de-Luz. C’est une jeune femme d’esprit alerte. Elle à fui le médecin de sa famille qui voulait l’immobiliser dans un appareil plâtré. En réalité, elle avait d’autres raisons. De perpétuels conflits avec sa bellemère l’avaient excédée. Elle était venue chercher un peu de calme dans notre ville. Il est possible que son médecin ait parlé d'appareil plâtré. Etant donné qu’elle ne pouvait se tenir debout, qu’elle portait sur les deux côtés du cou des cicatrices d'anciennes adénites suppurées, et qu’elle avait été opérée quelques années auparavant pour une salpingite tuberculeuse, on conçoit que notre confrère ait pensé à un mal de Pott. Il n’eut certainement pas imposé l’immobilisation de sa cliente sans se donner les garanties indispensables à un diagnostic exact. En fait, M" G... n’avait pas de mal de Pott. Ses réflexes et ses muscles étaient intacts, ses forces conservées. Elle était atteinte d’astasie-abasie hystérique qui faisait d’elle, en apparence, une grande infirme. Son mari qui la voyait par intermittence, sa mère qui l’avait suivie à, Bordeaux et s’empressait auprès

d'elle, étaient dans la désolation. Seule, la jeune femme restait indifférente à son mal, même lorsque, tirée du lit et malgré le soutien qu’on lui offrait, elle s’effondrait sur le parquet. Et c'était merveille d'écouter ses propos : calme, raisonnable, elle disait comment elle organiserait sa vie — sans sa belle-mère — si elle avait le bonheur de guérir un jour... Il serait aisé de rappeler nombre d'exemples analogues.

Cette indifférence des hystériques en face de leur maladie n’a d’égale que leur indifférence en face de leur guérison. Il arrive, sans doute, que celle-ci s’opère d’une facon tumultueuse. On quitte brusquement son brancard, on fend la foule surprise et l’on s’élance avec des cris de joie et de reconnaissance vers une apparition de la Vierge que des fillettes ont cru distinguer . plusieurs fois dans la région, depuis quelques semaines, Ce cas — nous serons diseret — nous a été signalé par un médecin qui savait que la « miraculée » marchait avant le miracle. Les choses vont ordinairement d’un train plus modeste. Quand M° G.. eut été dûment tonifiée — elle en avait grand besoin —, quand tout fut préparé pour son retour chez elle, dans l’appartement que le jeune ménage occuperait seul, le moment parut propice à un changement d’orientation. Quatre personnes dans la chambre : la malade, son mari, sa mère, le médecin. A grand peine, on arrache M°° G... de son lit, on la porte vers une fenêtre; elle parvient à se redresser en s’accrochant à notre confrère. Celuici passe deux fois sa main droite sur le front de sa cliente et prononce ces paroles : « C’est fini, vous marcherez désormais ». L’étreinte se dénoue et la jeune femme marche, en effet, aussi allègrement que si jamais elle n’avait été arrêtée. Le mari ne peut dissimuler son émotion, la mère sanglote, le médecin reste - naturellement calme ; quand à M*° G... elle est sans joie comme sans étonnement. Des exemples de cette nature montrent que tout se passe comme si nos malades ne croyaient pas à leur maladie et ne doutaient pas d’une guérison préfabriquée dans leur esprit.

Lorsqu'on a la triste fortune d’être assez âgé pour avoir

connu la belle époque de l’hystérie, alors que les services de neurologie et de médecine générale regorgeaient de malades dont l’écriteau portait h ou H ; lorsque, surtout, on eut la faculté de suivre et de faire surveiller strictement certaines d’entre elles, la conviction s'impose que la supereherie règne en maitresse parmi elles. On comprend dès lors l’attitude des malades devant leurs accidents et devant leur guérison. Pourquoi la température de celle-ci monte-t-elle à 40°, quand l'infirmière n’a pas pris la peine de la prendre elle-même et redescend-elle à 37° à la première vérification ? Pourquoi M° R... astasiqueabasique qui ne peut ni se tenir debout, ni marcher à quatre pattes devant ses parents, ses infirmières, le médecin, se lèvet-elle la nuit, si elle est seule, pour aller vomir dans son lavabo ? Elle affirme le lendemain qu’elle n’a pas quitté son lit, et se fâche si on la contredit; mas on trouve dans le fond de sa cuvette quelques particules alimentaires, quelques menus débris de son repas de la veille qui n’ont pas été drainés, malgré la précaution qu’elle avait prise de faire couler un filet d’eau ? Voiei une autre astasique-abasique. Son accident s’est produit dès que lui fut annoncée la nouvelle qu’on ne la garderait plus dans la maison qui l’employait. Elle tombe, ne peut se relever; à plusieurs on la transporte sur un lit. Elle ne quitte, dès lors, ni la chambre ni la maison. Un examen rapide ne révèle aucune lésion organique, le diagnostic ne prête à aucune discussion. L’électrisation faradique, en vérité poussée assez loin, amène rapidement une amélioration dont tout le monde se réjouit. M°° Oct... marche maintenant à quatre pattes... et s’exerce à circuler de plus en plus vite. Or, un après-midi le médecin devance, l’heure de sa visite habituelle. La porte du vestibule est entrebaillée et par l’espace qu’elle laisse libre on apercoit quelques mètres de la salle à manger, au fond et à droite. Personne ne répond au premier coup de sonnette. Un second coup : à ce moment, rapide et légère, droite sur ses deux jambes, M”° Oct... traverse la zone visible de la salle à manger. Un instant encore : « Entrez ».. M°° Oct... est au lit. Elle va beaucoup mieux... et dit son espérance. de marcher bientôt d’une manière

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