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normale. On la confirme dans une opinion: si raisonnable. Quelques jours après, en effet, tout était rentré dans l’ordre. Dans le bourg où il allait se reposer, en descendant du train, sur le quai de la petite gare, le docteur X... eut le plaisir d’apercevoir M*° Oct... Elle était venue à sa rencontre les bras chargés de fleurs. Une pareille cure vaut bien quelque reconnaissance. Bornons-nous à ces observations que nous avons entendu
répéter fréquemment et dont nous avons connu certains prota=gonistes. Nul n’ignore que l’hystérique qui se plaint d’amaurose unilatérale se laisse régulièrement tromper par les images de la boîte dé Flees. Janetien convenait. Il admettait la simulation chez le conscrit qui, dans l’espérance d'échapper au service militaire, se fait prendre au jeu. Mais 1l se mettait l’esprit à la torture pour se convaincre qu’en tombant dans la même erreur, l’'hystérique ne simulait pas, puisqu'elle n’avait « aucun intérêt » à le faire. Un pareil parti-pris paraît déconcertant. On se demande quelle preuve meilleure, quel argument plus dé‘i- -sif auraient pu décider le grand psychologue à confesser la vérité. Paralysies sans altération des réflexes et des forces musculaires, anesthésies qui laissent persister les réflexes à la douleur (1) et disparaissent lorsqu'on pique par surprise les zones prétendues insensibles, comme l’a montré Babinski; anesthésies de la pulpe des doigts qui ne gênent en rien les travaux délicats de couture, de broderie ou de tricotage; surdité qui n'empêche pas d'entendre tomber une pièce sur le parquet et de se retourner aussitôt; choix d’une maladie commode et propre; tremblements qui cessent dans la solitude et reparaissent en public; crises de nerfs qui, pour se déclencher, exigent la présence de témoins, hommes de préférence, comme tout ceci . sent la supercherie, cette supercherie dont Babinski disait qu’on n’en tenait pas un compte suffisant! Un soir M: T.. ayant invité un parent à dîner sans prévenir sa femme, celle-ci se montra de fort méchante humeur. Elle n’avait rien à offrir. Cette déclaration faite, elle s’effondra sans se blesser et se livra
{1} Voir plus loin les expériences de BOISSEAU.
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en poussant des cris aux gesticulations ordinaires de la grande crise de nerfs. L'invité courut à la cuisine; il en revint avec une gamelle d’eau froide qu’il déversa sur le visage de la malheureuse. « Oh! men tapis, mon tapis !», s’écria M%° T... Elle se releva aussitôt, afin d’éponger l’eau en ménagère soigneuse. Le parent S’en fut diner au restaurant.
Il arrive, la chose est rare, que quelques malades — nous emplovons encore ce mot, et l’on verra que ce n’est pas injustifié —- laissent deviner la raison de leur attitude. Une fillette de quatorze ans, Jeanne D..., pâle et chétive, est conduite par sa mère auprès du médecin. Cette fillette est affligée depuis huit jours de mouvement de balancement du buste qui ne lui laissent de répit que pendant la nuit. Sa mère inquiète assure que cette « sorte de tic » s’est produit brusquement, un matin, à l’heure du départ pour l’atelier; elle ajoute que son enfant, très laborieuse, est désolée de ne pas travailler. M®° D... s’absente un instant. « Vite, pendant que votre mère n’est pas là, dites-moi pourquoi vous ne voulez pas aller à l’atelier ?» — « Parce que la grande Odette — la première — m’embête tout le temps ». La mère revient. Les confidences s’arrêtent. On en sait assez pour conseiller un traitement.
Les hystériques guéries n’aiment pas parler de leurs accidents passés. Il est permis au médecin qui les avait aidées à se tirer d’embarras de les interroger, quand tout est terminé depuis longtemps. Elles font paraître de la gêne, de la réticence, rougissent, n’avouent pas explicitement leur participation effective à la création de leurs troubles. Quelques-unes cependant, reconnaissent « qu'avec plus de volonté » elles auraient évité une maladie un peu humiliante. Ces demi-aveux suffisent à qui n’a pas besoin de torturer ses anciennes malades pour savoir ce qu’elles ont pensé et ce qu’elles pensent. On connaît le texte de Gide touchant les crises qu’il eut dans son enfance (1), leur genèse, les avantages qu’en tirait l’écolier de. douze ans qu'il était alors. Nous tenions ce texte en réserve
(1) A. GE : « Si le grain ne meurt ». Ed. N.R.F. (pp. 114 à 119, Ed. 1947.
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depuis 1947. Boisseau l’a reproduit dans son beau travail : « Hystérie et simulation ». Cela nous dispense de le donner ici. Nous le regrettons. Du moins, à titre de compensation, résumerons-nous un passage de Schnyder. « Une femme intelligente donne son autobiographie : « La malade nerveuse veut avant tout qu’on s’apitoie sur son sort... Alors, lasse d'attendre, à bout de patience, instinctivement elle essaye un coup d'éclat. La première fois elle se laisse faire, étonnée après coup de son propre jeu. Plus tard, la malade agit par souvenir de l’heureux effet produit. La forme de la crise dépend du goût et de l’imagination de la malade; mais la base morale, l’idée fondamentale est toujours la même : impressionner le publie, confondre l’entourage par le mystère, arriver par force à ce que l’on s’occupe d'elle. Seulement, une fois le système choisi, on y reste fidèle pour sauvegarder le caractère de vraisemblance et de réalité. ». Supercherie, simulation, à mesure que nous avancons dans notre étude, ces deux termes, de plus en plus, s'imposent à notre esprit. Ils cadrent avec les faits, rendent compte des formes les plus dissemblables que de mêmes liens unissent entre elles : le besoin de tromper et l’art facile d’y réussir.
Il s’en faut que la description clinique puisse s’arrêter là. Sans exception aucune toutes les hystériques dont nous avons rapporté les observations étaient des malades, de vraies malades, non évidemment par la nature de leurs accidents simulés, mais par les manifestations pathologiques qui avaient précédé ces accidents et continuaient à les accompagner. Chez Mme J... le colibacille proliférait avec une exceptionnelle abondance. Mme G..., tuberculeuse, on l’a vu, continuait à avoir quelques sueurs noctures et de petites poussées fébriles le soir. Mme R... était un peu obèse, mal réglée et très anémique, et la jeune Jeanne D..., pâle, frêle, porteuse de ganglions abondants. Mme T... avait révélé à plusieurs reprises des tendances maniacodépressives. On la trouva un jour pendue dans sa cuisine. Quant à Mme Oct..., dont l’aspect était florissant, elle avait de copieuses hémorragies dues à un gros fibrome que l’on dut opérer