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thésie cutanée ne supprime pas les réflexes dont nous parlons, car l’administration de douches froides détermine chez les hystériques atteints d’anesthésie générale, les mêmes symptômes d'angoisse cardiaque et respiratoire, que chez les personnes dont la peau est normalement sensible... Briquet a remarqué que les organes érectiles peuvent devenir turgescents par suite de l’excitation de la peau qui les recouvre, lors même que cette peau serait complètement insensible. Le fait est parfaitement exact... Un autre réflexe qui persiste chez les hystériques, malgré l’anesthésie de la peau, c’est le réflexe pupillaire sensitif.. J’ai eu l’idée, récemment de rechercher sur quelques malades comment se comportait la pupille, quand on excitait des régions de peau anesthésique et j’ai constaté, à mon grand étonnement, qu'elle se dilatait, lorsqu'on venait à piquer ou à pincer fortement des parties anesthésiées du tégument, bien que les malades ne ressentissent aucune impression douloureuse.….. »
Tels se présentent, en effet, les hysiériques ordinaires. On en trouve d’autres d’une classe supérieure, et qui parviennent à inhiber leurs réflexes cardiaques et pupillaires. Ce sont des cas de ce genre qui ont été opposés à Boisseau. Celui-ci, persuadé que tout ce qui est hystérique peut être intégralement reproduit par la volonté se soumit à de dures épreuves : celle de la faradisation vigoureuse qu'avait expérimentée Tinel sur son malade aux réactions profondes nulles, celle de l’eau bouillante réclamée par Marinesco et qui provoqua chez le courageux expérimentateur des brûlures graves. Et Boisseau ressentit chaque fois une douleur violente, sans que fut constatée l'apparition des réflexes profonds. Notons que si ces réflexes s'étaient produits chez lui, il eut été légitime d’invoquer le régime habituel des hystériques. Ne s’étant pas manifestés, leur absence démontra que, dans des cas exceptionnels, quelques sujets parviennent à s’accommoder de leur souffrance et que celle-ei est moins responsable que la crainte du déclanchement des réflexes dont il s’agit.
Restait une dernière expérience à faire. Titeca avait pro-
posé un nouveau test fondé sur lélectroencéphalographie de sujets anesthésiés. Une pince de Péan étant appliquée sur la zone soi-disant anesthésique, aucune modification des ondes alpha ne se produit, tandis que le simple effleurage de la zone sensible par un tampon de coton amène immédiatement une réaction d’arrêt. Cette constatation eût été troublante si Boisseau, dans les conditions scientifiques les plus strictes, n’avait démontré sur lui-même qu’un homme sain peut réaliser des manifestations identiques.
Ainsi, par des voies diverses, par l’étude des pathogénies, par l’observation impartiale de nos hystériques et des définitions où l’on s’efforce de résumer les caractères de leurs troubles, nous sommes constamment ramené à cette notion de simulation volontaire à laquelle on ne pensait autrefois que pour en éliminer l’hypothèse, à laquelle on s'attache de plus en plus maintenant. L’expérience s’est faite, peu à peu accrue par les exemples que fournirent les deux guerres, ainsi que les accidents du travail. Est-ce à dire que nous puissions nous contenter de l’équation : hystérie — simulation, ou même : hystérie — simulation volontaire ?
Les hystériques dont nous avons résumé les observations étaient toutes des malades. Elles l’étaient, non par leurs accidents simulés, mais par les circonstances qui les avaïent invitées à tromper dans un but utilitaire. Elles l’étaient par leur . asthénie générale qui tenait soit à la répétition de causes morales déprimantes, soit à des affections physiques, anémie, tuberculose ancienne, hémorragies, etc., soit à la somme de ces deux ordres de. causes. Il est bien entendu — nous ne voudrions pas nous répéter — que le syndrome dépressif léger qui en résultait se serait traduit chez d’autres par des manifestations différentes. Pour celles dont il a été déjà question et pour celles dont nous parlerons bientôt, il était indispensable qu’il y eût chez elles plus de duplicité que d’émotivité vraie, cette duplicité durable ou temporaire portant au choix de la simulation, plutôt qu’à d’autres procédés de défense,
En tenant compte de ces facteurs, dont les uns sont physiques, les autres d’ordre moral, nous proposons la définition suivante :
L’hystérie est une disposition plus ou moins morbide à simuler volontairement le pathologique.
De cette définition, la deuxième partie ne paraît pas contestable. Elle est contestée pourtant et le sera encore, tant il est difficile de renoncer aux vieux mythes. l'accident hystérique est une simulation, et volontaire, qui ne procède par conséquent ni d’un état d’inconscience, ni d’un état de subconscience. Il n’y a donc pas lieu de tenter de le distinguer de la simulation pure et simple dont il partage les caractères intrinsèques en mettant en jeu un « mécanisme identique ». Les seules différences que l’on découvre entre les simulateurs, hystériques ou autres, viennent de l’état préexistant à leur simulation. Nous voyons l’intérêt des recherches sur la nature des troubles antérieurs, leur intensité, les affections si variées qui leur donnent naissance, les chocs moraux, peu violents d'ordinaire, en temps de paix, dont la répétition crée un climat favorable au désir de se tirer d'affaire par des moyens que l’on juge illicites, mais que l’on emploie malgré tout, parce que d’autres sont inutilisables ou le paraissent.
L'étude du fonds mental, des aptitudes intellectuelles et morales anciennes, de l'intégrité du jugement ou de ses désordres — car des aliénés peuvent simuler un délire qui se Superpose à celui qu'ils ont déjà —- devra compléter notre examen.
De pareilles analyses permettent d'établir une sorte &* gamme des responsabilités chez les simulateurs, allant de la responsabilité entière à la plus atténuée. Elles ont un autre avantage : celui de nous faire pénétrer dans la vie intime de nos malades, de les mieux connaître et, partant, de diriger avec plus de sûreté notre thérapeutique.
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