‹ Réflexions sur l'HystérieChapitre 31 sur 33 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Une jeune femme venait d'avoir son deuxième enfant. Déjà fatiguée par sa grossesse, elle l'avait été davantage après son accouchement, et elle était tombée dans l'anxiété. Nous sûmes plus tard, en la suivant, que c'était une cyclothymique dont les accès de dépression et d’excitation étaient séparés par de longues périodés normales, au cours desquelles elle fit face avec un beau courage à des situations atroces. Revenons aux manifestations anxieuses qui avaient succédé à l'accouchement et qui, en pleine nuit, avaient invité sa famille à appeler un médecin de Bordeaux.

La malade, ceci soit dit en passant, habitait à 180 kilomètres de notre ville. Elle présentait tous les signes classiques de l'anxiété. Une crainte la dominait : celle de devenir folle: elle la confia tout de suite à son médecin qui s’efforça de l’apaiser. Elle insista cependant avec un effroi grandissant, répétant toutes les deux minutes : « Mais regardez-moi, j'ai des veux de folle, des gestes de folle, des paroles de folle... Pourquoi soutenez-vous que je ne le suis pas! » On

lui donna toutes les assurances possibles qu'elle ne pouvait pas l'être. Alors, elle fit sauter ses couvertures et sa chemise. Nue sur son lit, elle fit mine de s’étranglér avec la chaînette de son collier, égratigna la main du médecin et lui tordit un doigt, après quoi le regardant bien en face: « Et maintenant direz-vous encore que je ne suis pas folle ! » — « Oui ». Nous ne pouvons rapporter les arguments qui lui furent donnés. Qu'on s’obstinât à ne pas la croire folle, quand elle avait tant fait pour le paraître, la calma tout à coup. On la pria de remettre sa chemise et de refaire son lit. Quand elle eut repris une attitude plus décente et qu’elle put parler, elle s’écria : « Mon Dieu, mon Dieu, que j'avais peur ! ». Les scènes de ce genre cessèrent de se produire. La dépression s’atténua peu à peu et la guérison survint. Par les moyens en son pouvoir, notre jeune femme avait cru devoir imiter la folie pour deux raisons contraire : faire reconnaître le bien-fondé de sa crainte et en même temps se prémunir contre elle, en obligeant le médecin à la rassurer.

Quand, à l’anxiété se surajoutent des éléments d’une cerise de nerfs à type convulsif, le diagnostic est des plus délicats. PRappelons-nous que beaucoup d’anxieuses ressentent cette impression « de boule » qui, remontant de l’estomac vers le cou les étouffe en arrivant dans la région supérieure des voies respiratoires. L’hystérie n’en a pas le monopole. Faire la part de ce qui revient à l’anxiété et à la dramatisation secondaire est une besogne ardue. Il semble cependant qu’en s’attachant à observer les symptômes qui ne peuvent pas être imités et ceux qui sont susceptibles de l’être par une sorte de complaisance des malades désireuses d’apitoyer leur entourage, on parviendra à une vérité approchée. Maïs encore une fois, il s’agit là d’une dissociation de symptômes qui ne va pas sans cause d'erreurs.

Qu'elle est complexe cette question des émotions et de leurs réactions physiques ! Que dire de ce jeune fox si intelligent, mais toujours agité et trémulant qui se roule à terre en agitant ses pattes, quand on lui fait la grosse voix ! A-t-il une crise d’hystérie ou une crise d'angoisse ? Que dire des chiens soumis -« au problème-box » et qui montrent des signes analogues, quand ils ne peuvent retrouver leur chemin dans le labyrinthe ? Il est certain que les émotions, quand elles sont vives, pénibles ou gaies — voir le Lachschlag d’Oppenheim — ont parfois des conséquences inattendues. Signalons sans entrer dans les détails l’article d’Ajuriaguerra : émotions et troubles toniques paroxyatiques. On y trouvera la description de syndromes (cataplexies, automatoses, hypertonies affectives) qui, par certains côtés, ressemblent à des manifestations hystériques, mais ne doivent pas être confondues avec elles.

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