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suggère, persuade souvent et s’efforce de convaincre : il suffira de revoir dans son article les définitions qu’il donne de ces différents termes pour être assuré qu’il a/mis là le meilleur de lui-même et toutes les ressources d’un esprit singulièrement subtil.
Il se fait cependant qu’il ne nous est pas permis d’entrer de plain-pied dans la pathologie de la vie imaginative. C’est par un hymne à la suggestion que commence la démonstration. A ceux qui s’en étonneraient, on répondrait qu’il est bon de distinguer parmi les suggestions, et que cellè de l’hystérique ne ressemble en rien à celles dont les anxieux, les obsédés, les débiles ou les délirants nous donnent l’exemple. On l’admet volontiers. La suggestion hystérique est parfaitement inconsciente dans son origine éxogène ou endogène, l’accident n’étant révélé au patient que par des symptômes propres, évidents, pour lui comme pour les autres. Nous retrouvons ici la très vieille opinion classique et dont il ne reste qu’à administrer les preuves. Logre, il fallait s’y attendre, ne les fournit point.
Comment cette suggestion inconsciente, qui s’accompagne d’une « psychoplasticité » que l’on pourrait dire spécifique, se relie-t-elle à la pathologie de l’imagination ? Nous avons l’impression qu’il fallut tout le talent de Logre pour accorder de telles prémisses à ce qui va suivre. Sans doute « on ne simule bien que ce qu’on a », mais lorsqu'il s’agit d’hystérie, « ce terme de simulation ne peut recevoir son sens plein : il ne peut signifier production intentionnelle ». Même si «la suggestibilité hystérique a toujours quelque chose de suspect », même «s’il n'existe aucun signe permettant de distinguer l’hystérique du simulateur », même si « l'hystérie et la simulation sont deux sœurs Jumelles si ressemblantes qu’on ne peut jamais discerner avec certitude la première de la seconde », même si la sincérité de l’hystérique est toujours contestable, Logre qui connaît bien ces sortes de malades et paraît peu disposé à être leur dupe, persiste néanmoins à considérer leurs troubles comme authentiques dans leur essence. Mieux que quiconque, il sent l’instabilité du terrain sur lequel il se meut, mieux que
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tout autre, grâce à ses longues recherches sur la mythomanie — en Collaboration avec son maître Dupré — et sur la pathologie de l'imagination, il va pouvoir tenter d’expliquer ce qui reste confus dans notre esprit,-et de concilier au besoin les inconciliables. | |
Pour que l’accident hystérique se réalise, plusieurs conditions sont nécessaires. Il faut d’abord que les sujets appartiennent à la catégorie des mythomanes, non qu’ils aient l’esprit de mensonge, mais qu'ils soient atteints de ce déséquilibre imaginatif qui les conduit « à la manie du mythe avec ou sans . intention de tromperie ». On voit déjà combien se fait nuancée la pensée de l’auteur. La difficulté qu’il y a à reconnaître parmi les éléments d’une disposition constitutionnelle, morbide assurément, tenue pour nécessaire dans l’avant-préparation des troubles hystériques, ceux qui relèvent du mensonge pur et simple et ceux qui sont dus à quelque chose qui ressemble à du mensonge sans se confondre avec lui, cette difficulté est précisément celle que sous d’autres formes nous retrouvons tout au long du travail de Logre. Dans presque tous les chapitres se pose le même problème : est-ce vrai, est-ce faux; est-ce sincère, cela ne l’est-il pas? L’incertitude qui est la nôtre, quand il s’agit d’apprécier les caractères de la mythomanie demeure identique en face des syndromes constitués par les mythomanes. Et Logre le sait, et il le sait si bien qu’à certains moments on croit qu’il va se décider pour la simulation volontaire. Mais après nous avoir autorisés à penser qu'il allait enfin la reconnaître, ül revient à l'opinion classique en délaissant les arguments qui lui auraient permis d’y renoncer.
Le mythomane « candidat à l’hystérie » est doté, comme on le sait, d’une « psychoplasticité » toute particulière, « plus ou moins inconsciente » qui l’aide à réaliser les syndromes que lui suggère son imagination. Nouvelle diffieulté, pour nous tout au moins : car, si cette psychoplasticité n’est pas inconsciente, et entièrement, si peu qu'elle soit consciente, il serait imprudent de voir en elle autre chose qu’une réalisation volontaire. Malgré cette assurance qu’elle est, en effet, « plus ou moins
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inconsciente », il faut pour lui conserver son caractère vraiment morbide, qu’elle échappe au contrôle du Jugement et de la volonté. Il ne resterait qu’à le démontrer.
Or, la psychoplasticité en question n’est qu’une sorte de mécanisme dont la mise en marche ne s'effectue que sous la portée de l'imagination. C’est, en effet, une notion courante que l’hystérique façonne ses propres troubles selon là. manière dont il les conçoit. Et c’est parce que Sa Conception des syndromes morbides ne correspond presque jamais à ce que produisent les lésions organiques, que l’on constate chez lui tant d’erreurs, d’insuffisances ou d’inutiles fioritures. « L'image, rien que l’image », nous dit à son tour Logre. Quelle image ? On a le droit de se poser la question. Que l’on se représente tant bien que mal une paralysie, une contracture, des mouvements anormaux, et que poussé par la vivacité des images que l’on s’en fait, on parvierne à produire, imparfaitement d’ailleurs, ce que l’on à vu chez d’autres ou ce que l’on croit devoir créer pour son propre usage, dans de pareils cas, le lien n’est pas miable entre les représentations mentales et leur réalisation plastique à la périphérie. Notre seul souci serait de savoir si le passage de l’idée à l’acte se fait en toute innocence, à l’insu du créateur, auteur et mime tout à la fois. |
En vérité que doit-on penser de cette jeune femme qui, soudainement se dit aveugle, et se comporte comme si elle ne l'était pas ? En quoi consiste le trouble de son imagination, de quelle nature est l’image que l’on nous affirme nécessaire à la. réalisation de sa cécité. A-t-elle dans l'esprit celle de l’attitude générale d’un aveugle, se fait-elle une idée des conditions internes qui précèdent, accompagnent ou suivent la perte de la vue ? L'image, rien que l’image !.. Quelle image, encore une fois, pour cette aveugle et cette sourde hystérique ? Mettons-nous à leur place, et, de bonne foi, essayons d'évoquer la forme, le contour de l’image-force qui, en principe, possède le pouvoir de se muer en symptômes sensoriels, négatifs cette fois, et cela sans secours étranger. Nous n’y parviendrons pas. Fermant nos yeux et bouchant nos oreilles, nous serons momentanément
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aveugles et sourds. Pour nous laisser croire que nous le sommes fééllement ou que nous pourrions l'être, il faudrait l’intervention d’une éniotion démesurée -— qui fait précisément défaut dans les accidents hystériques — ou d’un grave délire obnubilant notre jugement.
Constitution mythomaniaque, trouble imaginatif préludant secondairement à la création des symptômes hystériques, il semble bien que ces deux termes associés à la suggestibilité ne soient ni suffisants ni nécessaires. S'il est vrai qu’une hystérique en période d’aecidents se laisse aller volontiers à divers mensonges, en paroles, en actes ou mensonges par omission, il n’est pas certain qu’elle ait eu avant de tomber, des dispositions identiques ou qu’elle les conserve, quand elle est guérie. Comme un acteur qui a joué son rôle, revenue à la vie normale, elle s’y comporte souvent de la manière la plus saine, la plus probe. « Etant tout jeune médecin, nous dit quelqu'un qui nous touche de près, je fus présenté par l’un de ses fils à une vieille dame, très respectable. Sa vie familiale avait été exemplaire. Ni les soucis, ni le travail, ni les longues peines ne lui avaient été épargnés. Que n’eut-elle pas fait pour bien élever ses enfants ? Elle avait toujours pensé uniquement à eux. Aussi de quelle affection l’entouraient-ils, alors que parvenus à la maturité et pleins de raison, ils avaient tous les éléments pour la juger. Or, dans un passé lointain, plutôt enfant que jeune fille, cette personne avait eu une faiblesse qui avait entraîné de graves complications familiales. Malade, elle avait présenté des troubles si singuliers que leur simple description avait fait connaître dans le monde entier le nom d’un professeur, nom ignoré jusqu'alors et que l’oubli recouvre de nouveau. Ah! ce dédoublement de la personnalité! Médecins, psychologues, neurologistes et psychiatres, qui n’en dissertait abondamment ? Les moindres manuels de psychologie à l’usage des candidats au baccalauréat en faisaient mention. Partout et pendant des années, était cité le nom de cette malade à la suite de laquelle s'étaient précipités ceux qu'attirait le merveilleux scientifique. Pauvre Félida X...! Votre nom symbolisait une époque. J’ai su
que dans le cours de votre longue existence, digne, consacrée au dévouement et au travail vous n’aimiez pas vous rappeler l'épisode qui vous avait donné une sorte de gloire. Si vous aviez eu besoin d’excuses on les aurait trouvées dans votre jeunesse et les graves ennuis, qui, momentanément, vous an fait chercher un refuge dans la névrose ».
Ainsi d’autres malades que nous avons eu l’occasion de suivre. Il est — et Logre le dit fort à à propos — des mythomanes qui ne créent jamais de syndromes hystériques; il est des hystériques qui ne sont pas des mythomanes constitutionnelles, des mythomanes de profession. Il sera expédient de découvrir d’autres explications. En attendant, permettons-nous une dernière remarque. Ce qui crée pour Logre — comme pour ceux qui adoptent ses opinions, de près ou de loin — une difficulté insurmontable, c’est sa croyance en la nécessité d’une suggestion initiale inconsciente. Nous croyons que beaucoup d’hystériques jouent volontiers la comédie, mais si le spectacle qu’elles nous offrent est le résultat de cette suggestion « de sub gestio » action de porter sous, introduction par en-dessous, sous- -ingérence (Logre), si par conséquent les malades ignorent l’origine du mal dont elles constatent les symptômes, pourquoi Logre se refuse-t-il à prononcer le verdict d’acquittement qu’elles réclament de lui? Parmi tous les neuro-psyChiatres —— nous parlons de ceux qui ont étudié la question — il est un de ceux qui traitent le plus durement ces sortes de malades. Il a mille fois raison d’ exposer leurs défauts, en particulier leur aptitude au mensonge, parce qu'ils existent d’une façon durable ou temporaire. Malgré ses efforts, le lien qui les unirait à la suggestion première inconsciente est si frêle, si parfaitement invisible, qu'on n’est pas enclin à croire qu’il existe.
c) La psychanalyse :
On connaît l'opinion de Freud. Même si le mécanisme qu'il invoque correspondait à une réalité démontrée, reconnaissons que la terminologie du génial auteur viennois n’est point faite
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pour éclaircir une question déjà très embrouillée. Pour lui, l’hystérie revêt deux formes :
a) « L’hystérie de conversion » qui répond à celle dont nous avons entrepris l’étude et qui se traduit à l’occasion par des accidents somatiques ;
b) « L’hystérie d’angoisse » qui est synonyme de phobie.
Or, dans les deux cas, la genèse des manifestations pathologiques serait identique. Dans l’hystérie d'angoisse, la faim sexuelle, la libido inassouvie subit sans cesse une transformation en une angoisse réelle et de ce fait le moindre danger extérieur — supposé — devient une substitution pour les exigences de la libido. Le refoulement crée l'angoisse, et celle-ci est rapportée à tort à la peur de choses extérieures, microbes, dangers de la rue ou de la solitude, catastrophes de toutes sortes... Dans l’hystérie de conversion, un même refoulement sexuel avant créé l’angoisse, celle-ci est rapportée à la crainte de phénomènes À intérieurs, paraplégie, impuissance, etc. Puis, grâce à une «e ‘complaisante somatique », Ie phénomène redouté devient « symptôme », paraplégie anxieuse, impuissance, ete. ».
Il serait intéressant de s'étendre longuement sur un pareil sujet, de démontrer combien une conception pathogénique de l’énsemble des névroses a conduit à ce résultat décevant de réunir sous la même dénomination d’hystérie, des affections qui n’ont aucun rapport entre elles, comme la paraplégie de la jeune hystérique\classique et l'impuissance du psychasthénique obsédé! Il existe certes, entre ces deux catégories de malades, plus de différences qu’on ne parvient à en découvrir entre «e l'hystérie d’angoisse » et ce que Freud appelle la « névrose obsessionnelle », laquelle correspond à notre « obsession impulsive ». Dans les deux cas, l’origine sexuelle est invoquée. Mais tandis que les obsessions impulsives se prêtent facilement à Fe analyse, permettent une rapide évocation du traumatisme initial, et que souvent la guérison suit de près l’analyse bien con-
duite, on sait combien sont pénibles, longs et fastidieux, les
examens des phobiques chez lesquels on n'est jamais assuré d’avoir découvert la cause profonde. Nous ne croyons pas que Freud ait insisté sur ce point.
Geci dit, et malgré des aspects dissemblables, rien n’empéêche un phobique de devenir un obsédé impulsif ou telle obsédée impulsive guérie depuis plusieurs années — nous venons d’en voir un bel exemple — de se complaire un jour douloureusement dans diverses phobies où elle engage à fond sa responsabilité.
Phobies et obsessions impulsives ont été évoquées ici, à propos d’un point de terminologie. L’hystérie de conversion, l'hysiérie tout court doit seule nous retenir. Quel que soit l’imense apport de Freud dans le domaine de la psychologie morbide, 1 apparaît qu'avant de procéder à l’analyse des hystériques, il prit le parti d'adopter en bloc la notion d’hystérie, telle qu’elle lui avait été enseignée par l’école de la Salpétrière. C’est dire que l’on ne trouve nulle part dans son œuvre, la trace d’un doute, la moindre tentative de critique portant sur la sincérité des malades, sur la légitimité préalable de leurs symptômes. Le fait brutal, évident pour tous est accepté d’emblée, comme une vérité première. Il n’est plus dès lors qu’à déterminer les conditions qui ont conduit la libido refoulée à se transformer en symptômes. L'erreur est grave. Elle porte sur l'essentiel du problème que l’on suppose résolu dans sa donnée principale, à laquelle, il faut bien le reconnaître, Freud ne songe pas un instant. Aussi, n’est-on pas surpris que toutes les psychanalyses amènent les mêmes conclusions. Cette jeune fille présente les signes d’une paralysie hystérique de la main et de l’avant-bras droits. Il nous est démontré qu'elle s’est punie, sans le vouloir expressément, de ses mauvaises habitudes, en renonçant aux services que lui avait rendus jusqu'ici la main coupable. Un mécanisme analogue, avec des résultats différents et des causes plus graves se découvre dans l’anorexie mentale et dans Certaines névroses anxieuses. Est-ce à dire que l’interprétation donnée à ce cas d’hystérie se suffise à elle- -même ?
Après avoir longuement disserté sur le refoulement et sa transformation en symptômes, quelle sera l’attitude du méde-