‹ Réflexions sur l'œuvre des prisonsChapitre 2 sur 7 · EXCELLENCE · texte numérisé non relu

EXCELLENCE

un L'OEUVRE DES PRISONS.

£d général toutes les œuvres de charité trouvent des personnes pieuses qui les pratiquent avec zèle; ainsi l'enfant abandonné ^ le vieillard délaissé reçoivent dans les bras de la charité les soins que les hommes leur refusent ; la faiblesse et le repentir trouvent un asile salutaire : l'ignorant est instruit y le malade visité , l'indigent est nourri , le mourant est soulagé; mais pour le pauvre prisonnier, qui le visite? qui l'instruit ? qui l'encourage et le console ?

On laisse cette grande œutire toute entière sur la tête de M. l'Aumônier des prisons ^ et on ne voit pas que , malgré toute l'étendue de son zèle , il ne saurait la remplir dans tous les détails y et qu'elle doit être en souffrance tant que ce Prêtre sera seul et sans auxiliaires ! l'aumônier peut-il bien , par exemple, avec les occupations diverses qui remplissent ses jours , se trouver assez souvent parmi les prison-

mers pour étudier leur caractère et leurs dis* positions 9 pour s'insinuer peu à peu dans leur àmeeiy faire couler à propos quelque sentiment de vertu, pour attendre le moment de la grâce et le saisir habilement quand il se présente ? Combien d'autres choses encore nécessaires pour le succès de cette œuvre» auxquelles l'Aumônier ne peut s'assujettir !

Ne sait-on pas d'ailleurs que les malheureux endurcis dan& le mal, que souvent on rencontre dans les prisons, ne craignent pas moins le regard d'un' Prêtre que le front de leur juge ? Il faudrait donc qu'une personne zélée déchargeât Mr. l'Aumônier de ces soins assidus auxquels il ne peut suffire, et que se tenant pour ainsi parler entre le prisonnier à convertir et le Confesseur qui doit le délier de son péché , elle le eonduisit dans les bras du Prêtre , qui à son tour le placerait dans les bras de Dieu.

Mais comment se fait-il que cette œuvre de charité soit plus négligée que les autres? serait* elle moins excellente ?

D'abord les grandes misères des prisonniers sont loin de notre vue, leur présence ne soUi*

cite pas notre zèle , nous n'entendbns pas leups plaintes , et dès-lors nous ignorons en quelque sorte si dans les cachots il y a des malheu* reux. à soulager.

D'ailleurs , il faut bien l'avouer , ^extérieur , l'aspect de cette œuvre présente je ne sais quoi de repoussant, bien propre à effrayer une cha^ rite faible et timide; si on n'est pas »nimé d'un zèle* courageux , on- se déconcerte à la seule idée- qu'il y a tant de peines et 4e difficultés, on se tourne vers des exercices de charité plus agréables et plus faciles , et le malheureux prisonnier reste dans un triste abandon.

Je dois avouer que des personnes se ren>contrent encore d'une charité assez généreuse pour oser affronter le spectacle de la grande misère des prisonniers; mais soit qu'elles se partagent entre différentes œuvres, soit que leur zèle manque d'ardeur et de conjstance, elles ne voient les prisonniers que rarement , elles n'apparaissent parmi eux que de loin en loin; au bout de l'année elles comptent sans peine leurs visites ; mais aussi elles eu cherchent en vain les fruits.

Dur reste si Fœuvre des prisons parait repoussante quand on l'envisage dans ses dehors et des yeux de la chair ^ qu'elle est belle, qu'elle est excellente^ qu'elle est digne d'un cœur noble et généreux j quand on ht considère avec le flam^beau de la foi et Fesprit de l'Evangile !

J'étais prisostnier , vous m'a.vez visité ; venez POSS]h)!ER LE ROYAUMIE QUI VOUS A ixt PRIÉ- PAR]é (l).

Ces paroles de J. C. font assez comprendre l'excellence et le mérite de l'œuvre des prisons. La personne qui Faccomplit est comblée des plus grandes bénédictions du Seigneur : elle amasse un riche trésor dans le ciel ; quelques actes de charité, pratiqués dans l'obscurité descadiotSy lui gagnent une couronne brillante qui sera sa gloire et son bonheur dans Féternité.

En effet que ne mérite-t*-elle pas la personne qui se dévoue avec un saint courage au service des prisonniers pour les gagner à i. C. ! Travailler au salut des âmes , c'est une espèce de sacerdoce, c'est une sorte d'apos-

(i) S. Matth. ch. x&V| V. 36.

total, c'est participer à l'œuvre que J. C. est venu faire $ur la terre ; c'est en quelque manière s'être associé à ce divin Sauveur pour la rédemption des homnues. Une kme d'ailleurs vaut mieux qu'un monde ; la sauver est donc une chose d'une excellence et d'un prix infini comme le sang de J. C.

Aussi saint Jean Chrysostôme ne craint pas d'avancer qu'il ne connaît rien de plus grand ni de plus précieux devant le Seigneur que de s'employer à lut gagner des âmes ^ et on sait que sainte Thérèse portail plus d'envie à ceux qui consacraient leurs jours à travailler au salut de leurs frères qu'aux Martyrs eux-mêmes qui donnaient leur sang pour l'amour de J. C.

Outre cette excellence générale qui lui vient de sa fin , l'œuvre des prisons a pour elle une

autre excellence particulière qui lui appartient exclusivement et qu'elle tire de son objet.

En effet plu$ un acte de charité est pénibl^^ plus il demande de courage et de générosité , plus il est méritoire : or que de peines ^ que de sacrifices demande cette œuvre! S'enfermer dans des prisons pour aller rendre toutes sor-

— fîtes de sains à des hommes inconnus^ et qui souvent ne s'en montrent guère dignes, se faire prisonnier volontaire pour aller vivre en queK* que manière avec des malheureux qui portent un nom en horreur à leurs concitoyens, et qui peut-être même ont été déjà ou seront bientôt flétris par la justice; contempler avec une dou.-» ceur patiente et inaltérable \e spectacle révoltant de toutes leurs misères en attendant le moment de les guérir; souffrir sans s'émouvoir leurs mépris et leur ingratitude : <{uoi de plus pénible ! quoi de plus dégoûtant !

Ailleurs la <^arité ne kitte pour ainsi dire que contre une misère particiali^e ; ici toutes les misères sont réunies^ toutes se présentent à la fois. . ,:

Ailleurs quand vos efforts n'ont pas été sans fruit, Un'y a plusqu'à$oate»if/rœuvr6, vou3 pouvez jouir du bie». que vous avez fiiit et vous réjoiûr dans le Seignetir. Ici c'est une misère sans c^se rabaissante , qui demande une charité toujours nouvelle, toujours active , toujours 'in&tigable. Ce prisonnier s'était laissé toucher par la grâce, il répondait heureuse-

ment à vos soins, il vous gagnait la confiance de ses compagnons , et approchait leurs coeurs de vous ; par ses paroles et ses exemples il vous secondait dans vos peines : il disparait bientôt 9 et à sa place vous voyez peut-être arriver un malheureux qui vous porte tout ce que la grossièreté , l'ignorance et le crime peuvent avoir de plus révoltant.

Telle est l'œuvre des prisons quand oo l'envisage humainement, triste , difficile , pénible... Qu'il faut de zèle pour l'aborder ! qu'il faut de générosité pour la poursuivre!

Or puisque le prix d'une œuvre doit se mesurer sur la peine qu'elle coûte et sur le zèle qu'elle demande , que ne mérite-t-elle pas la personne qui visite les prisons avec un courage constant ! quelle récompense ne doit-elle pas attendre du Seigneur, qui n'dublie pas même le mérite d'un verre 4'eau froide donné en son nom ! Elle remplit ses jours de bonnes œuvres , elle trouvera dans le ciel , selon la parole de de rEsprit «Saint, une mesure de mérites pleine^ comblée , pressée, entassée : elle obtiendra un poids immense de gloire.

IS

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