CHAPITRE XI
Objections : 1° objections ibcolog-ques.
Nous avons vu, dans les chapitres précédents, comment M. de La Mcnnais, pour avoir rompu avec Rome, est forcé de marcher d'égarements en égarements, soit dans l'ordre religieux, soit dans l'ordre politique. Il nous reste à examiner les raisons par lesquelles il essaie de justifier cette rupture même.
Les raisons qu'il allègue forment deux séries d'objections contre les jugements du Saint- Siège. Les unes, qui semblent s'appuyer sur certains principes catholiques, ont pour but de mettre en contradiction avec ces principes les actes émanés de Rome. Les autres prennent leur point d'appui hors de la doctrine de l'Eglise,
dans des idées purement politiques. Les objections de la première espèce sont comme le dernier retentissement d'une foi fuyante : dans les secondes , on n'entend plus aucun accent de foi; le tribun a entièrement remplacé le prêtre. 11 importe de distinguer ces deux genres d'attaques , pour mettre quelque ordre dans celte discussion.
Commençons par les objections théologiques. Après avoir rapporté textuellement sa lettre au Pape, du 5 novembre i835, par laquelle il déclarait :
« i° Qu'entant que l'Encyclique proclame, » suivant l'expression d'Innocent Ier, la tradi- » tion apostolique, qui, n'étant que la révélation » dhine elle-même, perpétuellement et infailli- » blement promulguée par l'Eglise, exige de ses «enfants une foi parfaite et absolue, il y adhère «uniquement et absolument;
« 2° Qu'en tant qu'elle décide et règle diffé- »rents points d'administration et de discipline
• ecclésiastique , il y est également soumis sans » réserve ;
5° Enfin , qu'à raison de fausses interprétations que l'on pourrait donner à sa déclaration, « sa conscience lui fait un devoir d'ajouter qu'il
• demeure, à l'égard de la puissance spirituelle,
• entièrement libre de ses opinions, de ses paro-
• les et de ses actes, dans l'ordre purement tem- > porel. »
Après avoir, dis- je, cité cette déclaration, M. de La Mennais ajoute : « Quelles qvie pussent
• être les vues politiques de Rome, je croyais ,
• je l'avoue , ma déclaration tellement confor- » me aux maximes catholiques universellement «reçues, qu'il me semblait presque impossible » qu'on refusât de s'en contenter \ »
En réfléchissant toutefois avec un esprit plus calme aux maximes catholiques universellement reçues, il se fût aperçu aisément, nous le croyons, que, d'après ces maximes mêmes, il était impossible que le Saint-Siège voulût bien se contenter de cette déclaration.
Rappelons d'abord quel était l'état des choses. Le Saint-Siège demandait la garantie d'une soumission sincère et réelle à l'Encyclique, et M. de La Mennais avait terminé sa lettre au Pape , du 4 août 1 835, par ces paroles si formelles : « Si l'expression de mes sentiments ne » paraissait pas assez nette à Votre Sainteté , » qu'elle daigne elle-même me faire savoir de
• quels termes je dois me servir pour la satis-
• faire pleinement : ceux-là seront toujours \<a
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»plus conformes à ma pensée , qui la convain- »cronl le mieux de mon obéissance filiale. » Sa Sainteté lui avait indiqué, en conséquence , la formule dont il devait se servir pour la satisfaire pleinement ; mais au lieu de souscrire purement et simplement celle formule, il se jette dans les distinctions et les restrictions. En rapprochant cette manière de procéder de l'engagement qu'il avait pris dans sa précédente lettre, Rome n'avait pas même besoin de peser tous les termes de celte nouvelle déclaration pour voir clairement que cette garantie ne garantissait rien, et qu'elle était à la fois évasiveet menaçante.
Mais indépendamment de cette observation générale, cette déclaration était affectée de certains vices incompatibles avec une soumission réelle à l'Encyclique.
M. de La Mennais réduisait sa soumission à deux points : i° adhésion aux articles de foi, aux vérités révélées qui se trouvent contenues dans l'Encyclique ; 2° obéissance à ce qu'elle décide et règle en matière de discipline et d'administration ecclésiastique. Que pouvait-on exiger de plus, demande l-il : est-ce que cela ne renfermerait pas tous les objets possibles de l'obéissance catholique ?
n7 Puisque M. de La Mennais argumentait ici en prétendant s'appuyer sur les maximes catholiques universellement Reçues, il pouvait se rappeler, que, d'après ces maximes, une doctrine peut être contraire à ce qui est établi par la tradition des A pâtres et des Pires, non pas seulement entant qu'elle contient des assertions précisément contradictoires, dans leurs termes mêmes, aux points révélés i ce qui constitue des propositions formellement hérétiques, mais encore en tant qu'elle présente aussi des propositions voisines de l'hérésie, erronées, scandaleuses et le reste, lesquelles blessent à divers degrés la pureté de la tradition. De pareilles qualifications sont employées dans les jugements doctrinaux les plus solennels; M. de La Mennais ne l'ignore pas, et il a eu lui-même, dans ses précédents écrits, l'occasion de faire sentir comment elles sont nécessaires pour préserver le dépôt de la saine doctrine. Il ne pouvait oublier non plus, que, d'après les maximes catholiques, leSaint-Siége, lorsqu'il condamne une doctrine, tantôt attribue à chaque proposition les qualifications spéciales qu'elle doit subir, tantôt procède d'une autre manière, soit en déclarant collectivement que les propositions réprouvées sont respeeti venir nt héréti-
na
qurs , erronées* scandaleuse* , etc., soit en prononçant , en termes plus généraux encore, qu'elles sont contraires à l'enseignement de l'Eglise. Les Apôtres ont donné eux - mêmes , dans leurs épîtres, l'exemple de ces condamnations générales dont l'usage se retrouve à toutes les époques. Saint Augustin dit à ce sujet : « !1 nous est superflu de chercher ce que l'E- » glise catholique pense de chacune de ces pro- » positions, puisqu'il suffît, pour les rejeter, de » savoir qu'elle les réprouve l. » Et Bossuet : « Les «condamnations générales sont utilement pratiquées dans l'Eglise, pour donner comme un » premier coup aux erreurs naissantes , et sou- » vent même le dernier, selon l'exigence du cas, »et le degré d'obstination qu'on trouve dans les » esprit» \ i
Lors donc que l'Église, en réprouvant un certain nombre d'erreurs qu'elle désigne, proclame un ensemble de vérités qu'elle déclare être établies par la tradition des Apôtres et des Pères , elle prescrit, non-seulement de professer les articles de foi qui font partie de l'ensei-
1 Quid contra si n galas propositions sentiat Ecclesia catholica, superflue quœritur, cùm propter hoc sufficiat jam eoûtrà «as sentire. Lib. de Haer.
• Sec. Ecrit, sur le liv. de Fe'nélon , n° 2.
»'9 gnement promulgué par elle , mais encore de suivre cet enseignement dans toute son étendue, en rejetant, dans les opinions contre lesquelles ce jugement doctrinal est dirigé, tout ce qui, sous un rapport ou sous un autre, plus ou moins prochainement, mérite detre censuré. Or, que faisait M. de La Mennais par la partie de sa déclaration qui se rapportait à la doctrine? Il admettait, d'une part, que l'Encyclique renferme , en matière de doctrine des points qui ne constituent pas des articles de foi proprement dits, et d'autre part, il limitait son adhésion , il la restreignait aux seuls articles de foi proclamés par l'Encyclique. Il avait bien soin d'articuler, en propres termes , qu'il n'entendait en suivre la doctrine qu'en tant qu'elle énonçait des dogmes formellement révélés. II était dès-lors évident,
i° Que sa déclaration ne l'engageait à rien, même par rapport aux points de foi promulgués par l'Encyclique ; car il demeurait toujours maître de les ranger, d'après son jugement particulier , dans la partie doctrinale de l'Encyclique qu'il refusait de suivre;
2° Qu'il s'affranchissait formellement d'une partie essentielle de la soumission catholique, par cela môme qu'il se réservait la liberté de
soutenir, si cola lui plaisait, les doctrines qui, sans mériter la note d'hérésie, étaient condamnables à d'autres titres ; doctrines qui peuvent souvent exercer une influence plus funeste qu'une hérésie qui serait lancée parmi les fidèles sans que les voies Lui eussent été préparées. Celle-ci en effet a moins de chances de séduire à raison de son opposition si manifeste à la foi ; et presque toujours les hérésies ne parviennent à s'implanter dans les esprits, que lorsque ceux-ci ont été déjà remués , et si on peut le dire, labourés par certaines opinions, qui disposent prochainement les Ames à recevoir cette semence de mort.
La seconde clause de la déclaration de M. de La Mennais, celle qui est relative à l'indépendance dans l'ordre temporel , suffisait à elle seule pour anéantir toute soumission effective à l'Encyclique. Que l'ordre purement temporel ne tombe pas sous la juridiction de la puissance spirituelle , c'est un principe qui , pris d'une manière abstraite , ne fait qu'exprimer la distinction des deux puissances , distinction maintenue par la tradition de l'Eglise. Mais cette maxime, énoncée comme clause restrective de la déclaration de M. de La Mennais , avait une tout autre portée. 11 fait voir lui-
môme, dans son livre, qu'il avait tenu à insérer cette clause parce qu'au fond il était décidé à ne pas suivre la doctrine de l'Encyclique sur la liberté des cultes, la liberté de la presse, la soumission aux puissances, etc. , c'est-à-dire la majeure partie de renseignement contenu dans le jugement pontifical.
Concluons donc de tout ce qui vient d'être dit que le Saint-Siège, qui voulait s'assurer d'une soumission réelle au jugement solennel qu'il avait porté, ne pouvait se contenter de la déclaration de M. de La Mennais. Il était placé dans l'alternative delà désapprouver ou de livrer aux vents sa propre autorité. jNous recommandons cette observation à quelques personnes qui, bien que soumises à ses décisions, sont disposées à croire , avec un esprit de légèreté et de critique peu filiale, que Rome a mis trop de rigueur dans ses exigences. L'histoire atteste que le Saint-Siège n'est jamais exigeant qu'à regret, et les paroles paternelles de Grégoire XYI , leur commentaire officiel dans les lettres du cardinal Pacca , font voir qu'en celte circonstance en particulier Rome n'a point dérogé à ses habitudes. Nulle autorité sur la terre ne connaît mieux le prix de la tempérance dans le commandement ; mais elle sait aussi que la mo-
dération doit se modérer elle-même , el s'arrêter à la limite au-delà de laquelle elle mettrait en péril les intérêts de la foi.
Nous venons de voir que , d'après les maximes catholiques invoquées par lui, M. de La Mennais n'est aucunement fondé à se plaindre du refus qu'a fait Rome d'accepter sa déclaration au sujet de l'Encyclique. Passons maintenant à ses griefs théologiques contre l'Encyclique elle-même.
Le premier de ces griefs est relatif à la doctrine sur la liberté des cultes. Laissons parler M. de La Mennais. « S'il est de foi que la » liberté de conscience ou la tolérance civile des » cultes doit être réprouvée par les catholiques , » il faut qu'elle ait été expressément défendue » de Dieu. Si Dieu l'a défendue expressément, » cette défense ne souffre aucune exception ni <> de personnes, ni de lieux , ni de temps. Or , » depuis l'origine du Christianisme jusqu'à «nos jours, l'histoire montre l'Eglise s'ac- • commodant partout sur ce point aux lois rétablies, et l'on ne voit pas qu'elle ait jamais » fait aux gouvernements chrétiens un devoir «absolu de l'intolérance. Comment donc sei rail-on catholiquement obligé de croire, d'une -croyance absolue et illimitée, que c'est une
» maxime absurde et erronée de prétendre qu'il » faut assurer et garantir à qui que ce soit la
• liberté de conscience} L'Eglise aurait-elle pu
• licitement tolérer dans la pratique une maxi- » me absurde et erronée , une maxime, je le » répète, opposée à la foi, si Ton est tenu de » la rejeter uniquement et absolument , et de ne *rien approuver qui y soit contraire? Il y a
• plus : un peuple entier, le peuple Irlandais, » professe hautement aujourd'hui même cette » maxime erronée ; elle forme une des bases
• principales sur lesquelles il s'appuie pour ré- » clamer ses droits religieux et politiques. Or, » de deux choses l'une, ou il le peut faire ca- » tholiquement, et alors que penser de l'En- » cyclique? ou il ne le peut pas, et en ce cas »d'où vient que, le laissant délirer autant «qu'il lui plaît, on n'essaie même pas de le » ramener dans les voies catholiques ? ' »
Cette objection repose sur une étrange confusion d'idées. Quelle est la doctrine que l'Encyclique réprouve dans Y Avenir ? C'est ce principe général que la pleine liberté des cultes est l'état normal et légitime , dont on ne peut s'écarter sans violer les droits de l'homme et du citoyen. Quelle est, d'uu autre côté , la
1 A/faiiéS <(t BOMUfja. 159.
maxime qu'implique la conduite de 1 Eglise, qui B*est accommodée aux lois établies dans les divers pays et aux nécessités des temps? C'est cette maxime que la liberté des cultes peut licitement être tolérée lorsque la tranquillité publique l'exige, et au degré où elle l'exige. Or comment peut-on imaginer qu'on tombe dans une contradiction en enseignant à la fois que tel régime n'est pas l'ordre naturel , l'état normal, et néanmoins qu'il peut être toléré pour éviter de plus grands maux ? Loin qu'elles se contredisent , la seconde de ces assertions suppase la première. Puisque M. de La Montais voulait partir d'un principe posé par l'Encyclique, pour en déduire les conséquences, il devait prendre ce principe tel qu'il est; il n* fallait pas dire : « S'il est de foi que la liberté «des cultes doive être réprouvée par les cathodiques » ; il devait dire seulement : « S'il est de » foi que la maxime suivant laquelle il faut as- » surer etgaranlirà chacun celte liberté, comme ■ si elle était un droit imprescriptible, doive » être réprouvée parles catholiques. » En employant indifféremment ces deux assertions l' une pour l'autre, comme si elles étaient identiques , M. de La Me n nais argumente complètement à faux. Il prête à l'Eglise une maxime très différente de celle qui a dirigé sa conduite en ce
qui concerne la tolérance. Par une étonnante distraction , il transforme , au moyen d'une variation de termes , le principe qu'il combat, en un principe tout autre; et voilà sur quoi repose cet échafaudage de déductions étalées avec une fierté si écrasante pour nous autres pauvres catholiques.
L'objection tirée de l'opinion de l'Irlande est de nulle valeur. Le peuple Irlandais veut, soit par rapport à la liberté des cultes , soit par rapport aux autres libertés, l'égale extension, à tous les sujets du Royaume-Uni, des franchises politiques qui font partie du droit public de la Grande-Bretagne. Qui ne voit que les justes réclamations dece peuple n'entraînent nullement l'approbation de la maxime générale et absolue réprouvée par l'Encyclique? Que, dans l'ardeur de la lutte, quelques-uns des champions de l'Irlande aient émis théoriquement des assertions répréliensibles , cela peut être; mais qu'on nous montre des actes publics exprimant l'opinion du peuple Irlandais, qu'on nous montre un manifeste de ses évoques dont il suit l'enseignement, d'où l'on puisse inférer qu'il professe la maxime condamnée : on ne l'essaiera pas.
Les mêmes observations s'appliquent , quant
au fonds, à la liberté illimitée delà presse, que l'on fait dériver du môme principe que la liberté absolue des cultes. Du reste, en ce qui concerne la presse, M. de La Mennais ne cherche point à prouver, par quelque argument spécial, que la doctrine de l'Encyclique soit en opposition avec la pratique de l'Eglise; il prétend seulement qu'elle entraîne des conséquences incompatibles avec les bases de l'ordre social. Nous retrouverons cette objection dans le chapitre suivant; nous ne nous occupons, dans celui-ci, que des objections théologiques.
M. de La Mennais touche ensuite la question de la soumission aux puissances. « Qu'un pou- » voir établi, dit-il, ne puisse en aucun cas être » attaqué et renversé sans crime ; que ce soit là » un principe fondé sur l'enseignement et sur » la pratique constante de l'Eglise, en un mot » un principe de foi : outre que les écrivains » scholastiques, et en particulier saint Thomas, «soutiennent expressément le contraire, je • cherchais vainement en moi-même le moyen » de concilier celte assertion avec l'histoire où » nous voyons tant de révolutions politiques «contre lesquelles l'Eglise ne protesta jamais; » tant de princes déposés ou menacés de l'être, sur des motifs de nature si diverse, par les pon-
s tifcs romains eux-mêmes. Fallait-il reconnaître » dans ces nombreuses dépositions prononcées
• en vertu d'un droit qu'on appelait divin, au- » tant de violations de la loi réellement divine?
• Alors quelle idée aurait-on des Papes, et que
• devenait leur autorité? ' »
Si les limites de cet écrit nous permettaient de traiter avec une étendue convenable chacune des graves questions qui s'y rapportent, nous pourrions établir ici , comme nous espérons le faire ailleurs, que l'esprit de soumission au pouvoir, recommandé comme un devoir par la tradition chrétienne, offre, aux yeux de la raison, des garanties réelles d'ordre, de bien-être et de progrès , qu'on chercherait vainement dans l'esprit de perturbation et de révolte que l'on voudrait y substituer. Mais, sans entrer dans une longue discussion, quelques observations suffisent pour écarter l'objection théologique que M. de La Mcnnais élève à ce sujet contre la doctrine de l'Encyclique.
D'abord., en rapportant le précepte de l'apôtre, qui ordonne d'être soumis aux puissances, l'Encyclique ne lui donne point un sens nouveau , comme M. de La Mennais le suppose ; elle ne dit point que tout pouvoir quelcon-
» Jd., p. 1G3.
que , par cela même qu'il existe de fait , soit le pouvoir légitime envers qui l'obéissance des peuples est engagée. Lorsque la Convention couvrait la France des échafauds delà terreur, elle était un pouvoir existant et un des plus puissants que l'on ait jamais vus ; or nul catholique n'imagine que l'Encyclique l'oblige à reconnaître que les villes, les provinces qui se fussent concertées alors pour affranchir leur patrie, eussent violé le précepte de l'apôtre.
En second lieu , quant à l'opinion de saint Thomas et des théologiens qui l'ont suivi, je n'ai pas besoin d'entrer dans une discussion de textes, ni de combiner ici les diverses parties de leur doctrine, pour montrer en quoi elle diffère de la doctrine révolutionnaire. Un fait constant met hors de doute cette différence. L'Encyclique réprouve dans l'Avenir les principes de révolte qui sont un renouvellement des doctrines de Wiclef. Or lorsque l'Eglise prononça, contre les erreurs de ce sectaire, une condamnation qui ne fut ignorée d'aucun théologien, l'opinion de saint Thomas et d'autres scholastiques était connue; leurs livres avaient cours dans les écoles catholiques, et il n'est venu à la pensée de personne que leur doctrine dût être confondue avec celle que l'Eglise avait frappée d'anathème.
En troisième lieu, la contradiction que M. de La Mennais prétend exister entre la doctrine de l'Encyclique et les actes d'un certain nombre de Papes au moyen-âge, est insoutenable. De ce que le Souverain Pontife condamne les doctrines qui poussent à la révolte, à la violation des lois fondamentales de chaque pays, comment peut-on en conclure que la même condamnation retombe sur la conduite de ces Papes et sur la doctrine en vertu de laquelle ils agissaient? Cette doctrine et ces actes, aux yeux mêmes de tous les gallicans raisonnables, constituent un ordre de faits très-différents de ce qui est réprouvé par l'Encyclique. Ils étaient, non pas l'explosion d'une indépendance anarchique, perturbatrice de la constitution de chaque état, mais le jugement d'une autorité reconnue et delà plus haute qui existât, laquelle, en prononçant qu'un prince, juridiquement retranché de l'Eglise, ne pouvait commander à des peuples catholiques, s'appuyait sur le droit public universellement admis alors parla république chrétienne. Entre les maximes alléguées par ces Papes et la doctrine révolutionnaire, il y a une énorme différence, que M. de La Mennais lui-même a plusieurs fois signalée.
Écoutons encore M. de La Mennais :