‹ Reflexions sur la chute de M. de LamennaisChapitre 14 sur 16 · JO · texte numérisé non relu

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a Je ne concevais pas davantage qu'une as- » sociation entre des hommes de religions diflfé- • rentes, dans un but d'utilité communeet d'in- » térêt purement temporel , pût être proscrite osans qu'il en résultât une complète rupture » des relations sociales entre les individus et les «peuples malheureusement divisés de croyan- » ces, et par conséquent la dissolution de l'uni- » té du genre humain , une des premières et des »plus certaines lois de notre nature. »

L'improbation dont il s'agit ici était une conséquence nécessaire des principes posés par l'Encyclique. Le Pape ne pouvait admettre que cette association fût formée dans un but d'intérêt purement temporel^ puisqu'elle avait pour but de propager et de réaliser les doctrines que l'Encyclique déclare être contraires à l'ensei- , gnement de l'Eglise , c'est-à-dire aux principes et aux lois de l'ordre spirituel. Que M. de La Mennais , qui persiste à retenir ces doctrines , trouve étrangequ'une pareille association puisse être proscrite , cela se conçoit ; mais il est encore plus aisé de concevoir que le Saint-Siège , qui k?s réprouvait , ne pouvait tolérer une institution destinée à leur donner en quelque sorte une organisation vivante.

Enfin le dernier grief théologique de M. de

1J1 La Mcnnais se rapporte à la doctrine de l'Encyclique sur l'union du sacerdoce et de l'empire, t Personne ne doute que le chef d'une société » quelconque ne soit le suprême juge de ce qui

• convient à cette société. Aussi au Pape seul le «droit de décider s'il est avantageux pour l'Eïglise qu'elle soit unie à l'Etat, ou séparée de «lui. Mais que Ton soit obligé de croire, uni- » quementet absolument, que celte union a lou-

* jours été favorable et salutaire aux intérêts de via religion et à ceux de l'autorité civile; que «cette proposition, qui ne contient qu'un juge- ■ ment porté sur un ensemble de faits histori- » ques, puisse jamais être matière de foi ou appartienne à la révélation de Jésus-Christ, » j'aurais voulu me le persuader, puisqu'on «m'en faisait un devoir; mais tous mes cfForts »pour y parvenir étaient inutiles l. »

M. de La Mennais raisonne encore icid'après la fausse et sophistique supposition que nous avons marquéeprécédemment. Il suppose qu'en lui prescrivant de suivre uniquement etabsolument la doctrine de l'Encyclique, Grégoire XVI l'obligeait à croire que ce jugement doctrinal ne renferme pas une seule phrase qui ne soit l'ex-

» Id. p. 165.

pression d'un article formel de foi, d'un point expressément révélé par Jésus-Christ. On sait très-bien que futilité des faits historiques dont il s'agit , n'est pas un dogme enseigné par le Sauveur et prêché par les apôtres. Mais on sait en même temps qu'il est de foi que Jésus-Christ a promis à son Eglise une assistance perpétuelle, et l'on ne saurait concilier avec ce dogme révélé l'assertion suivant laquelle la conduite de l'Eglise n'aurait pas été conforme, dans son ensemble, aux intentions de son divin fondateur, c'est-à-dire n'aurait pas été utile à l'Eglise ellemême , pour l'œuvre de la sanctification des âmes, et à la société temporelle, dont les intérêts les plus fondamentaux sont nécessairement liés au maintien et à la propagation de la vraie religion. Cette utilité , considérée en général , tient donc essentiellement à un point de foi : la proposition contraire mérite donc d'être censurée. En partant des maximes catholiques , il ne faut pas de grands efforts pour parvenir à se persuader cela.

Voilà pourtant à quoi se réduisent les objections théologiques de M. de La Mennais. 11 suffît , pour les écarter , du moins la plupart , de rétablir par quelques observations très-simples l'état vrai de la question. De tous les juge-

ments du Saint- Siège que Ton a vu attaquer parties théologiens rebelles, je n'en connais pas qui aient été en butte à des arguments aussi peu spécieux. Franchement, le jansénisme était plus fort , et si Fénélon eût écouté l'esprit d'orgueil , il eût pu se retrancher dans des subtilités plus captieuses, pour disputer à l'Eglise son obéissance. Afin de couvrir, autant qu'il est possible , le scandale éclatant que donnent les égarements des hommes de génie, Dieu à préparé deux moyens : la gloire de leur soumission , ou les misères de leur révolte. S'ils sont prêtres surtout, s'ils lèvent contre l'arche sainte une main consacrée, leur force est à l'instant frappée de faiblesse. Leur voix puissante tombe, et de ces lèvres, dépositaires de la science, s'échappent, avec un vain fracas, de fastueuses chicanos.

A ce triste spectacle, j'ai besoin de reporter ma pensée vers un souvenir bien différent. Fasse le ciel que ce souvenir contienne le germe d'une espérance I Je me rappelle que M. l'abbé de La Mcnnais m'a raconté qu'il fut appelé, il y a long-temps, auprès d'un vieux janséniste qui se mourait sans se convertir. Quelques ecclésiastiques l'avaient déj;i visité; ils avaient discuté avec lui , car le malade avait une foule

d'objections à faire, et il disputait avec feu sur son lit de mort. On n'en avait rien obtenu. ML l'abbé de La Mcnnaislui ayant adressé quelques mots d'exhortation. « Non , non, dit le moribond, on a fait à Rome une chose, une certaine chose... » et il allait rentrer en dispute contre la bulle, lorsque M. l'abbé de La Mennais, qui voulait éviter de reprendre une argumentation inutile, lui dit tout simplement : « Mon « ami, je suis moins savant que vous, mais il y » a une chose que je sais bien , c'est que J.-C. »nous ordonne d'être soumis à Pierre et à ses » successeurs. Si vous disputez contre ce corn- «mandement, croyez-vous que vos objections i pourront prévaloir au tribunal de Jésus-Christ »où vous allez bientôt comparaître ?Si au con- » traire vous renoncez à ces subtilités pour vous » soumettre d'esprit et de cœur, croyez-vous » que Dieu vous en fasse un reproche? Je ne le » pense pas; voilà tout ce que je sais. » — « Monsieur, lui dit le malade , je regrette qu'on ne » m'ait pas encore parlé de la sorte; ce que vous » venez de me dire me touche, je me repens de » mes erreurs. » 11 reçut l'absolution et mourut dans la paix de l'Eglise. Voilà ce que l'abbé de La Mennais me racontait, ô mon Dieu !

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