DÉFINITION
DES PIIÉNOMÈJNES CRITIQUES.
Il ressort de tout ce que nous venons de dire, que déjà nous avons indiqué la source des phénomènes critiques, ou autrement des crises, puisque cette question se sépare si peu de celle de la nature médicatrice , qu’il suffit d’avoir examiné le fondement de celte première question pour y trouver celui de la seconde.
Cependant la notion d’une crise, quoique simple et naturelle, en se bornant à en considérer l’origine, a besoin ellemême d’ètre précisée plus particulièremént; et, comme elle se rapporte à des phénomènes diversement interprétés sous l’empire des systèmes tour à tour dominants et tellement liés à leur sort, que tantôt ils ont été niés, et tantôt affirmés, il importe de chercher à l’établir, pour éviter un de ces mal entendus si communs, quand une même chose est présentée sous des points de vue différents.
Toute sorte d’excrétion est , selon Hippocrate , une crise ; il n’en excepte pas même l’accouchement , ni la sortie d’un os d’une plaie. En outre, tout changement survenu pendant le cours d’une maladie, ayant pour lui ce caractère, il dit encore qu’il y a crise dans une maladie lorsqu'elle augmente ou diminue considérablement; lorsqu’elle dégénère en une autre maladie, ou bien qu’elle cesse entièrement. Galien adopte à peu prés les mêmes principes et prétend que la crise est un changement subit de la maladie en mieux ou en pis.
Le vii{;uc (le ces (k'fiiiilions , laissant le champ libre aux niodilicatioiis , il en est ri'sultc' (lu’au lien de chercher à les préciser d’avantage, bien des auteurs ont regardé la crise, comme une sorte de combat entre la nature et la maladie; combat dans lecjuel la nature pouvait vaincre ou succomber. Ils ont avancé même que la mort devrait , à certains égards , être regardée comme la crise de la maladie. Dés lors, il n’y a plus rien de défini.
11 n’y a crise , selon nous , que toutes les fois qu’à la suite d’une réaction ou d’un ensemble de phénomènes de réaction, une ou plusieurs actions organi(jues en consensus, avec ou sans coïncidence d éruption ou d’évacuation humorale, surviennent pendant la durée d’une maladie dont elles ressortent sans en faire partie, en traejant une ligne de démarcation entre raccroisscmenl de cette maladie et son déclin, et en annomjant, soit un soulagement marejué , soit la guérison.
Or, comme dans ces circonstances, ces actions organiques ont un résultat fonctionnel, un siège et un but, on n’exprime jamais qu’un fait et non une supposition eu les appelant criti(]ues , en voyant en elles des crises.
Sous ce rapport , il est vrai , si les crises peuvent être parfaites ou imparfaites, on ne peut également en admettre de bonnes et de mauvaises. Les premières sont possibles; les secondes, non.
La qiialiticalion qu’en ce sens on leur donnerait, ne serait qu’un abus de langage, car nue réaction i[ui n'a rien de libérateur, qui ne concoure pas au rétablissement des rapports des organes entre eux , qui compromet plutôt par sa violence celui dans lequel elle se localise, n’est plus une crise, mais
un progrès de la maladie, par sa transformation en une complication plus ou moins grave, qui n’a rien de décisif, c’està-dire rien ({ui permette de considérer cette maladie comme finie ou jugée selon l’acception étymologique plus généralement donnée au mot crise.
Ce qui nous confirme dans cette opinion, c’est que, d’une part, ranatornie pathologique nous prouve que ce que Galien et ceux qui l’ont suivi, auraient appelé mauvaise crise, n’est souvent que le résultat d’une lésion organique exaspérée, tandis que de l’autre, des changements aussi fâcheux, comme symptomatiques ou accidentels , tels, par exemple, qu’un épanchement interne, un ernharras pulmonaire ou une perforation intestinale pourraient les offrir, se distinguent toujours assez des changements favorables et véritablement critiques, pour qu’il n’y ait pas lieu de consacrer upe distinction entre eux, en évitant une dénomination commiine, qui expose à de fausses interprétations , quelle que soit d’ailleurs la qualification qu’on y ajoute.
C’est par là prévenir la confusion des termes, entraînant nécessairement celle des idées ; ce qui à l’occasion des crises est surtout évident.
Après cette précaution de ne rattacher la qualification de critique qu’aux phénomènes qui amènent un soulagement marqué ou la guérison , pour en écarter ceux qui en réalité ne sont que de fâcheuses métastases ou des accidents de complication , improprement appelés mauvaises crises , nous devons également donner les motifs de la préférence que nous accordons à la dénomination presqu’inusitéc sous laquelle nous présentons ces phénomènes , quand ils semblent assez généralement appartenir à la catégorie de ceux qu’aujourd’hui on a pris l’habitude d’appeler sympathiques ou révulsifs.
En appelant crise une réaclion ou un ensemhie de réactions survenant pendant la dtirée d’une maladie, la convenance de celte dénomination ressort d’abord de ce qu’elle ne préjuge rien, de ce qu’elle n’exprime qu’un fait, celui du soulagennnt ou de la guérison ; elle vient aussi, de ce que plus générale , tout en embrassant certains phénomènes , sans recourir aux hypothèses plus ou moins vraisemblables qui les font considérer comme sympathiques ou révulsifs, elle en comprend en outre un assez giand nombre, auxquels on ne peut reconnaître ni l’un ni l’autre de ces deux caractères.
En effet, une crise est toujours une crise, c’est-à-dire un fait indépendant des explications qu’on peut en donner, et qui subsiste en son entier, lors même que dans son accomplissement rien ne peut être attribué soit aux sympathies, soit à une révulsio-n.
C’est ce qui a lieu quand un seul point de l’organisme est souffrant ; il faut bien alors, si une sympathie n’est que la participation de la souffrance d’un organe à un autre, que la surexcitation critique , étrangère à toute irradiation , dont ce point est devenu le siège unique dés le principe et quand plus qu’aucun autre il n’a pas subi directement l’action d’une cause irritante, s’y soit développée loco ipso ; et nous disons qu’elle s’y est développée spontanément.
C’est ainsi que dans l’ordre physiologique, par exemple, se manifeste souvent avec vigueur, en l’absence même de ses stimulants immédiats, la surexcitation de l’estomac, quand les expansions nerveuses du trisplancbnique pénétrant tous les tissus avec la trame vasculaire qu’elles accompagnent, entrent en érection pour relever les forces déprimées du système nerveux sensitif et accomplir à son égard une res-
lauration dynamique que nécessite préalablement l’exercice prochain des fonctions digestives. Le procédé dans tous les cas est semblable à celui à l’aide duquel s’opèrent au sein des organes les actes nutritifs , que les memes expansions régulai ’isent, sinon en déterminant toute leur activité, du moins en influant sur eux par les plus étroites liaisons.
De l’antagonisme que manifestent ainsi les deux ordres de nerfs, et que prépare, comme nous l’avons vu, leurs oscillations en opposition à l’état normal , résulte^ à l’état morbide, un haut degré d’exaltation devenant douleur perçue par le cerveau, et une réaction dans le point de l’organisme où il se révèle. Si cette réaction, souvent seule, quelquefois réunie à d’autres également indépendantes à leur début, est assez puissante pour relever l’énergie du système nerveux en général, alors seulement commence le rôle que joue ce dernier dans la production des sympathies au moyen des anastomoses des nerfs splanchniques avec les nerfs encépbalorachidiens ; alors seulement le consensus se rétablit , et d’autres réactions réellement sympathiques et critiques à leur tour, peuvent en être la suite ; mais elles n’existeraie^it pas sans la première qui n’a rien de sympathique ; et cependant sans elle aussi un accès pernicieux serait toujours mortel.
Une réaction primordiale de ce genre devient ostensible quand on fait attention à ce qui se passe après l’immersion des mains dans l’eau glacée ou dans la neige : la sensibilité cérébrale s’engourdit, devient nulle, mais aussitôt' la sensibilité organique en s’exaltant la ranime, occasionne un fourmillement douloureux, le sang afflue sous son influence, la partie rougit et se gonfle bien avant que le cœur se soit ému ; la réaction s’est opérée sans sa participation, et peut ensuite par son excès allumer la lièvre. Toutes les sympathies en
dérivent dés-lors , mais elle-mérae n’est que critique , car sans elle nous n’aurions que congélation complète ou gangrène locale.
Si on demande pourquoi dans chacune de ces circonslances, dans les premières, comme dans celles-ci, la sensibilité des deux ordres de nerfs ne subit pas une égale dépression, pourquoi l’une résiste plus longtemps que l’autre, nous répondrons qu’il est impossible qu’il en soit autrement : que l’une dans l’organisation préexiste à l’autre et lui survit toujours, et que de celle-là dans les cadavres on en retrouve encore la trace, lors même que déjà depuis quelque temps la vie de relation est complètement éteinte. Nous ajouterons en outre, que la maladie n’étant qu’une manifestation rétrograde de la vie, sous un certain point de vue, il s’ensuit que le secours que réclament al'ors un ou plusieurs appareils troublés dans leurs fonctions, ne peut jamais leur venir que de ceux qui leur sont antérieurs dans l’évolution embryogénique.
Pour des raisons semblables à celles qui font que les réactions critiques ne sont pas toutes à confondre avec les phénomènes sympathiques^ on ne peut davantage voir généralement en elles des phénomènes révulsifs. Dans les crises humorales même, lorsque facilement on peut y reconnaître un travail sécrétoire opposé avec efficacité au travail congestionnel ou inflammatoire des viscères, on ne rencontre que bien imparfaitement les conditions du principe admis comme fondement d’une révulsion et résumé en reproduisant les propres termes de l’aphorisme d’Hippocrate : Duobus laboribus non in eodem loco simul obortis^ vehementior obscurat alterum.
Elles n’offrent souvent, au contraire, ni cette localisation restreinte en correspondance avec un autre point également
déterminé et restreint de l’organisme (locus) ^ ni cette force, cette véhémence {yehementior) ^ qui les rend supérieures à l’irritation des viscères; elles surpassent celle-ci , plutôt par l’étendue de leur siège que par leur vivacité ; elles se distinguent en outre, ce qui exclue toute supposition d’une plus grande violence , par le retour graduel à l’état physiologique de mouvements fonctionnels incomparables à aucun mouvement morbide, et inimitables par aucun procédé thérapeutique. D’après cela , on ne peut leur refuser au moins quelque chose de spécial qui ne rentre pas dans les idées que nous nous formons de la révulsion ordinaire et qui suffit, lorsque leur mode de production est si variable , pour autoriser à désigner tous les mouvements de ce genre , comme tous ceux dits sympathiques , d’après un caractère commun plus facile à constater, et qui surtout a l’avantage de n’exprimer que ce qui est plutôt que ce qui peut être.
Celte manière de rapprocher entre elles diverses réactions, considérées seulement d’après leur résultat, d’en signaler la possibilité sans autre antécédent que celui d’une succession spontanée plus ou moins rapide de phénomènes dans le lieu même de leur manifestation , est de la plus haute importance et devient une source féconde en heureuses applications pra= tiques.
On s’expose en Afrique à n’apercevoir que le relief grossier des maladies en méconnaissant l’origine des réactions de ce genre; car, là sous l’influence de la constitution médicale que caractérise, à son plus haut degré, la modification asthénique du système nerveux , elles sont surtout remarquables par leur fréquence et appelées, dans la plupart des cas, à suppléer à l’insuffisance ou à la nullité des mouvements sympathiques ou révulsifs qui ne rencontrent plus , dafis
l’affaiblissement et la plus grande obscurité du consensus des organes entre eux , les dispositions nécessaires à leur développement et à leur propagation.
C’est la conséquence inévitable du mode particulier d’action des causes morbides , de l’étendue de cette action plus généralisée que localisée. Eroussais lui-méme convient que les miasmes putrides tendent puissamment à l’anéantissement des forces. Toutefois en remarquant qu’ils ne produisent ce résultat d’une manière complète, c’est-à-dire qu’ils n’occasionnent la mort que chez un petit nombre d’individus, et qu’ils excitent, au contraire, chez le plus grand nombre, des réactions, qui, si elles n’éloignent pas tout danger^ retardent au moins une issue fatale, cet illustre pathologiste n’attribue, il est vrai, ces réactions qu’à l’inflammation, qui, des muqueuses pulmonaire et gastrique impressionnées directement se propage aux principaux viscères et souvent se transmet au cerveau par la voie des sympathies.
Mais s’il est difficile de contester la majeure partie de cette proposition, soit, d’une part, l’atteinte profonde portée aux forces de la vie, leur anéantissement, soit, de l’autre, une réaction dans les principaux viscères, ce qui est de fait^ ne peut-on pas aussi se demander, tout en supposant moins conjecturale qu’elle ne l’est effectivement une impression délétère par contact immédiat excercée en un point déterminé des surfaces de rapport, ne peut-on se demander, disonsnous , comment il se fait que le cerveau , qui jamais n’en peut recevoir de semblables, se trouve cependant de tous les organes le plus exposé aux réactions; comment il se fait que plus qu’aucun autre, il en devient pour ainsi-dire iné- \itablement et généralement le siège, lors-même que de toute évidence les voies digestives et pulmonaires dans plus d’un
cos, sont restées intactes, et par conséquent dans l’impuissance d’agir sympathiquement sur lui ?
Cette question , quand par un sacrifice exigé par le besoin d’unité, tout dans la doctrine physiologique doit procéder de firritation , devient insoluble sans franchir les limites inflexibles tracées par cette doctrine. Elle se résout très-bien au contraire sans cesser d’èlre fidèle à Tobservation , ou plutôt en y reniant, en admettant, d’après un principe plus général , qu’à la suite de fintroduclion des miasmes dans féconomie , l’action du système nerveux chez l’homme , comme chez les animaux sur lesquels on a expérimenté, subit une modification dont l’anéantissement des forces est la traduction ; que les organes dans lesquels cet abaissement de vitalité est le plus incompatible avec la vie, sont les premiers à s’y soustraire par une réaction, dont le cerveau, comme l’estomac , peuvent-être séparément ou simultanément le siège. Noublions pas non plus qu’il n’est pas toujours possible d’invoquer l’intervention d’agents matériels et délétères introduits dans l’économie; que d’autres causes, que des impressions morales, par exemple, telles qu’une profonde tristesse, le découragement , ont la faculté de produire des effets semblables à ceux qu’on attribue aux miasmes, ou de s’associer à leur influence pour en augmenter la puissance.
Ce dernier fait d’observation n’exige pas une interprétation différente de celle que nous donnons du précédent. Il n’ajoute qu’une preuve de plus en faveur de l’opinion émise relativement à l’initiative que prend dans tant de cas la dépression du système nerveux constituant son altération dynamique.
Ce n’est pas là assurément, ni l’opportunité asthénique de Brown , ni la diathèse de contre stimulus des Italiens, puisque la modification dont il s’agit n’est pas uniforme dans toutes les
parties du système qu'eile affecte ^ ni égale dans tous les tissus, ni permanente dans toutes les périodes d’une même maladie ; mais c’est au moins la reproduction d’un fait souvent entrevu et apprécié longtemps avant nous par une foule imposante de médecins les plus célèbres.
Il est d’ailleurs représenté dans les maladies d’Afrique par tant de symptômes, que ne pas l’admettre, c’est nier ceux-ci, ou s’exposer au reproche de n’avoir entrevu que l’une des faces de ces maladies, en négligeant surtout celle qui les spécialise.
Une erreur de ce genre , ne peut que tromper dans l’appréciation véritable de la nature des maladies, en disposant à ne voir en elles que l’un de leurs résultats les plus matériels; et à ne voir entre elles d’autres différences que celles de leur siège. Elle ne permet guère davantage de les considérer comme des actes de l’organisme ayant leurs analogues à l’état de santé, et comme ceux-ci un principe et un but. Dés lors aussi, elle ne peut que détourner l’attention des phénomènes qui en dérivent pour constituer des crises, à l’intelligence desquelles les préoccupations exclusives d’anatomie pathologique ne sont pas moins contraires que les abstractions métaphysiques dont autrefois on surchargeait leur démonstration.
La direction imprimée aux études médicales contemporaines, comme cause , n’a donc fait que se substituer à une autre pour retarder la réalisation du vœu de Bordeu, lorsque, tout en sentant le besoin d’un appel à de nouvelles observations, il exhortait les médecins sérieusement attachés aux progrès de l’art, à ne pas négliger les occasions et les moyens d’éclairer la question des crises.
Avant lui si, pour la réhabiliter, une foi aveugle dans les
doctrines anciennes professées par les uns, ne provoquait chez les autres que l’expression non moins exagérée des opinions opposées, et s’opposait ainsi à toute vérification , il ne faudrait pas de nos jours remplacer d’aussi stériles controverses par une complète indifférence pour les sujets qui les ont excitées et dédaigner d’en associer l’analyse raisonnée aux admirables travaux d’anatomie et de physiologie normales et pathologiques, qui, à la plus grande gloire de la medecine moderne, ont si merveilleusement perfectionné le diagnostic.
Profiter de tout au contraire, en élagant avec discernement pour résoudre des difficultés qui sont moins dans la nature des choses que dans l'esprit de système qui les embrasse; profiter de tout pour en déduire des conclusions applicables au pronostic et à la thérapeutique, bien moins avancés que le diagnostic lui-méme, serait alors mettre en rapport la* somme des connaissances acquises avec toute la série d’idées que comporte la doctrine des crises.
De la part d’esprits supérieurs, jaloux de rapprocher la médecine de son but , en proportion des progrès qu’elle leur doit comme science, une entreprise de ce genre semble aujourd’hui n’avoir rien de téméraire; et l’interet accordé à la solution de tant de problèmes doit d’autant moins lui manquer qu’il s’agit de vérités qui sont de véritables conquêtes, quand on les envisage sous le point de vue pratique.
C’est en effet sous ce point de vue que tout ce qui touche à la question des crises appelle surtout l’attention.
Reconnaître ce qui existe n’est encore qu’assembler les lettres de l’alphabet pour en former des mots. A ces mots, il faut un sens; les rapports, l’ordre de succession des mou-
veriioTits ürj^ani(}ues , les conditions dans lesquelles ils se produisent, peuvent seuls le donner; et, après avoir fourni les premiers éléments de la détermination des maladies, en se continuant pour influer sur leur marche, leurs périodes, ou les dénaturer, se sont eux qui doivent nous apprendre s’il faut espérer ou craindre, agir ou non, préférer tel moyen de guéiison à tel autre, selon Topportunité ; car, une maladie étant donnée, en trouver le reniée*^., n’est pas le problème que généralement on puisse proposer en médecine, où, à quelques exceptions prés fournies par de rares spécifiques atteignant directement la maladie en neutralisant sa cause, nous n’avons malheureusement que des méthodes thérapeutiques indirectes, qui, consistant à tempérer, calmer, évacuer, exiter ou révulser, n’ont qu’une époque d’utilité bien fugitive sur laquelle il importe de ne pas rester longtemps en doute pour remplir les prescriptions impérieuses de l’aphorisme: occasio prœceps.
On s’est plu à répéter, nous ne l’ignorons pas, qu’il n’y avait qu’irrégularité et désordre daijs les maladies, et en conséquence que la liaison et la démarcation que l’on prétendrait assigner à leurs périodes, ne pourrait jamais être qu’arbitraire. Cela n’est vrai que relativement à l’insuffisance de nos études. Nous ne soupçonnons pas volontiers ce qui nous échappe; les relations que nous ne pouvons saisir des phénomènes entre-eux, nous sommes disposées à en douter, et même à les nier. Mais dans toutes les maladies on ne rencontre pas les mêmes difficultés. Il y en a beaucoup au contraire, qui, comme la variole , la rougeole, par exemple, devant leur origine à un princip-e spécial, ont incontestablement une marche réglée. Ce qui en elles est surtout remarquable, met sur la voie de ce qui peut également arriver dans d’autres cas, et pour ceux-ci, espérons le,
plus 011 étudiera le caractère véritable des lésions diverses qui les constituent, plus aussi on découvrira de liaisons entre elles, apercevant enfin qu’il existe réellement un ordre dans ce qui au premier aspect n’olTre qu’un ensemble de désordres.
Quand aux maladies d’Afrique, plus que toutes autres, elles sont assujetties dans leur périodes et dans leur durée à une certaine fixitée qui les spécialise au même titre que les maladies que nous venons de citer. Comme elles, elles ont un caractère qui les distingue , et ce caractère elles le reçoivent des mouvements spontanés de l’organisme. Ces mouvements alors, n’ont rien non plus de désordonné, rien de livré au hasard , ou d’incalculable dans leur développement ou leurs effets. Si on sait en tenir compte, il s’en suit que par ramendemenl notable qu’ils apportent dans les symptômes , on reste facilement convaincu qu’ils participent des crises, ou du moins qu’ils en déterminent qu’on peut, avec quelque raison, compter au nombre de celles dites imparfaites.
Déjà appréciés dans leur ensemble, par ce que nous avons dit des accès périodiques considérés d’après leur cause prochaine et ses conséquences, tous ces mouvements ne se raontient pas moins susceptibles de l’être par leur influence sur la production des types qui dessinent plus complètement alors leur mode de manifestation.
C’est à eux qu’est due l’intermittence, généralement encore conçue comme entité par un privilège de survivance après justice faite de tant d’autres.
C’est sous cette forme réduite à la simplicité d’un fait, qui n’a plus rien d’abstrait, que principalement ils de-
viennent le lien qui rattache ù la même famille , nonseulement les maladies d’une même contrée, mais encore toutes celles de contrées diverses plaçées dans des conditions analogues.
Remarqués sur tous les points du littoral de l’Afrique septentrionale, comme reproduisant avec une similitude parfaite ce qui se passe aujourd’hui comme autrefois en Grèce , en Italie, en Hollande; frappés de leur itnpoi tance, nous avons dii rechercher ce qui en eux pouvait donner un nouveau degré d’évidence à la doctrine des crises qui , ayant pris naissance dans le premier de ces pays , avait trouvé dans les deux autres , Baglivi et Boherhave pour énergiques défenseurs.