‹ Réflexions sur la doctrine des crises dans son application aux maladies du Nord de l'Afrique, comprenant le mode de développement des fièvres d'accès et leurs conséquencesChapitre 5 sur 7 · DES PHÉNOMÈNES CRITIQUES · texte numérisé non relu

DES PHÉNOMÈNES CRITIQUES

L’existence des phénomènes critiques une fois mise hors de doute, il reste toujours à déterminer la forme sous laquelle chacun d’eux peut se présenter ; et , celle-ci varie , selon qu’ils appartiennent à l’un ou à l’autre des deux modes par lesquels s’effectue leur manifestation et d’où résulte entre eux une première et capitale distinction.

D’après ce que déjà nous avons laissé entrevoir, ces deux modes à titre de réactions , sont les deux seules ressources de l’économie pour résister aux atteintes des agents morbides

dont elle a subi l’influence. Ils consistent , et c’est le moment d’en examiner plus pai ticulièrement l’importance , l’un, dans une stimulation exercée sur les centres nerveux cérébro-spinal ou splanchnique et transmise par eux aux appareils placés sous leur dépendance pour en relever la défaillance ; l’autre dans une stimulation de même nature propagée aux sécréteurs par l’intermédiaire du système circulatoire.

Dans le premiers cas les mouvements organiques produits se rapportent spécialement aux moyens d’union des organes entre eux ou de relations avec les niodiûcaleurs extérieurs : ils sont névrosthéniques, ils constituent les crises névrostbéniques, celles qui sont propres aux divers genres d’affections désignées par les anciens sous le nom de maladies sine materiây et ils rétablissent l’équilibre des forces indispensables au libre exercice des fonctions , en changeant , soit momentanément, soit d’une manière plus durable, la modiücation dynamique dont le système nerveux est devenu le siège et un accès fébrile la conséquence.

Dans le second cas des mouvements semblables, appartenant plus particuliérement à la série de ceux à l’aide desquels s’opère intimement la composition et la décomposition de nos organes, représentent à leur tour les crises humorales. Ces derniers mouvements ne contribuent pas moins à la guérison que les premiers : ils interviennent par le travail qu’ils accomplissent , et par la déperdition d’une quantité plus ou moins grande de matériaux enlevés à l’assimilation, en favorisant la résolution des congestions ou des irritations viscérales développées pendant la durée d’un accès, ainsi successivement combattu dans sa cause prochaine et modéré dans ses suites par des efforts qui se combinent et deviennent auxiliaires les uns des autres.

Le concours de ces deux modes de réaction , ou de ces deux ordres de crises névrosthéniques et humorales, est constamment remarqué dans les fièvres d'Afrique. S’il n'est pas simultané, si les crises névrosthéniques dévancent les crises humorables, si elles ont toujours sur elles l'initiative, si ces dernières enfin ne sont que le complément des premières pour en rendre Teffet plus marqué en remédiant au malaise qui pourrait se prolonger sous l'influence de congestions ou d’irritations incomplètement dissipées, il n'est pas moins évident que les unes et les autres se lient entre elles et se prêtent un mutuel secours.

Mais comme rien n'est absolu , il est évident également que la prépondérance de chacun des deux modes de réactions que nous examinons peut varier, et que si les crises névrosthéniques sont les plus sensibles et les plus appréciables quand les phénomènes de la maladie sont plus nerveux qu’inflammatoires, ce sont au contraire les crises humorales qui prédominent quand ce dernier état, disséminé ou localisé en se prononçant davantage, reconnait, entre autres causes matérielles susceptibles d'en provoquer le développement, la présence de miasmes , qui rendent plus pressant le besoin d'une prompte élimination.

Quoiqu'il en soit cependant de cette dernière circonstance, qui ne fait que s'associer, pour les rendre plus graves , à toutes celles qui sollicitent également une révolution critique, c'est, dans tous les cas , des rapports réciproques de chacun des deux modes, à l'aide desquels cette révolution se réalise, que résulte la terminaison plus ou moins complète des accès fébriles, ou leur succession plus ou moins rapprochée.

Maintenus dans de justes bornes, c’est à-dire lorsque d'une

part la stimulation critique parvient sans retard à restituer au système nerveux. Ténergie suffisante au retour normal des fonctions, tandis que de Tautre à Tinertie des sécréteurs a succédé leur activité promptement profitable aux viscères congestionnés ou pblogosés , ainsi que les évacuations dépuratives dont elle est la source , il y a cessation des phénomènes morbides, ou intermittence seulement si ces phénomènes doivent se reproduire.

Ordinairement en effet, cette reproduction est inévitable , car dans les circonstances épidémiques telles que celles qui en ce moment donnent lieu à nos réflexions , la modification asthénique du système nerveux , la dépression qu’il a éprouvée, quelque modérée qu'elle soit, est toujours trop prononcée pour ne pas reparaître après un premier effort suscité pour en triompher. Cet effort, à Tinstar des efforts conservateurs eux-mêmes dans Tordre physiologique, à Tinstar de certaines actions médicamenteuses, ne peut avoir d’effet que pour un laps de temps fort limité, après lequel, comme la cause prochaine dont il dérive, il se reproduit à son tour, en faisant partie d'une scène morbide nouvelle.

Celle-ci provoquée de la même manière que celles qui Tont précédée , dans des conditions tantôt sensiblement améliorées , tantôt sensiblement aggravées, en reparaissant après un intervalle de vingt-quatre heures donne le type tierce. Ce type est de tous le plus remarquable ; les périodes des accès qui y correspondent se succèdent régulièrement ; les phénomènes divers propres à chacune d’elles , sont facilement appréciables, et malgré la plus grande intensité qu’en aucune autre circonstance des frissons, de la chaleur, de la céphalalgie, de la sueur, le calme qui survient ensuite est des plus complets et offre tous les témoignages d’un retour non équivoque à un

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état (le santé qui difficilement laisse soupçonner la possibilité d’un nouveau dérangement.

Ici les rapports réciproques des deux ordres de crises ont été ce que nous indiquions tout-à-rheure en retraçant ce qu’on peut en attendre lorsqu’ils restent dans des limites convenables.

Quelquefois cependant, et il faut en être prévenu pour être en garde contre les plus douloureuses surprises , ces rapports, loin d’être toujours aussi parfaits, changent inopinément, et un premier accès, trompeur par sa bénignité, peut être suivi d’un second avec tendance pernicieuse, puis d’un troisième qui communément est mortel.

C’est qu’alors la stimulation névrosthénique acquiert une prédominance exclusive , et, au lieu d’une crise, produit sur le système nerveux cérébro-spinal une concentration des plus violentes, dont la prompte et funeste issue rapproche ce genre de mort de ceux qu’occasionne un excès de douleur.

Toutefois ces derniers cas sont exceptionnels , du moins pour l’Algérie , où leur rareté, en les faisant considérer comme accidentels, est loin de justifier le caractère de fatalité que certains auteurs, Zimmermann entre autres, et la plupart des Italiens, ont particuliérement attribué au type tierce.

Lorsque la réaction ne s’élève plus que difficilement au degré critique, lorsque plus profondément privé de son aptitude normale, le système nerveux n’en recueille plus que faiblement l’impression , quand d’un autre côté l’action des sécréteurs restée languissante , tarde à opérer la résolution des surexcitations ou congestions viscérales ou finit par être

dominée par elles , ce qui facilement arrive chez des sujets trop épuisés et porteurs da phlegmasies chroniques, Tintermittence plus lente à s’établir, dure aussi moitié moins et donne les types double tierce et quotidien.

Ces derniers types sont loin d’étre aussi fixes que le précédent. Ils en différent non-seulement par plus de rapprochement dans les accès , non-seulement par le caractère pai ticulier que donne à ceux-ci l’évolution moins énergique de leurs périodes et la prolongation surtout de celle de chaleur, à peine précédée de frissons ou suivie de quelques sueurs, mais encore parce qu’aprés chacun des accès , on ne peut se faire d’illusion sur l’état de l’économie : c’est de la fatigue , de l’accablement qui ne laissent à juger que la plus grande imperfection des crises. Quant aux accès eux-mêmes, lorsque déjà leurs périodes ou phases principales n’offrent plus que des rapports infiniment variables , les accidents qui en découlent ne le sont pas moins; ils s’aggravent par nuances insensibles en suivant la marche ascendante de la saison épidémique. Souvent alors les paroxismes s’enchaînent et paraissent subintrants ; souvent aussi ils revêtent le caractère pernicieux ; ou bien le mouvement fébrile devient continu avec exacerbations périodiques, et au milieu d’un groupe *de symptômes en désaccords, tantôt ataxiques, tantôt adynamiques ou typhoïdes, ce qui se révèle avec moins d’inconstance , c’est la langueur de plus en plus marquée de l’innervation , jointe à des réactions confuses qui achèvent de l’épuiser.

C’est ainsi , en confirmation de l’opinion émise sur leur

communauté d’origine, que les types représentés par la durée

plus ou moins longue de fintermittence , et que les crises plus ou moins parfaites dans chacun de leurs modes qui produisent cette intermittence, rencontrent absolument les mêmes obs-

lacles à leur manifestation franche et régulière ; les uns comme les autres, les types et les crises s’effacent en proportion de la tendance des maladies à s’aggraver sous l’influence de la plus grande intensité des causes morbides et sous celle de leur permanence quand les sujets restent au milieu des foyers épidémiques ; et, les résultats sont encore semblables, si l’administration des secours de l’art est trop tardive , ou si dans leur direction on se laisse guider par des idées exclusives d’irritation ou de débilité , soit en refusant une égale importance aux indications qui découlent de chacune de ces circonstances , soit en méconnaissant tout-à-fait ce qu’elles ont de conciliable. Mais en écartant toutes ces influences fâcheuses , physiques ou dogmatiques , on verra bientôt se réaliser avec bonheur tout le contraire. On verra , ainsi que quinze années de séjour en Algérie nous en ont donné l’expérience, les types plus distincts ainsi que les crises devenir la régie, et les pseudocontinues avec leurs phénomènes alarmants, l’exception. On concevra mieux en outre les droits du gouvernement à notre reconnaissance, pour ce qu’il a entrepris, afin d’assurer partout l’efficacité des soins; on concevra mieux aussi tous ceux de nos collègues d’Afrique à l’estime générale pour la sagesse de leur conduite dans les occasions les plus difficiles. Tant de sollicitude d’une part, tant de zélé de l’autre, ne pouvaient manquer d’assurer à notre colonie un avenir de salubrité progressive. L’armée avait déjà payé son tribut à la civilisation en arrachant une plage inhospitalière à la barbarie ; la philanthropie et la science avaient également à acquitter le leur en la rendant de jour en jour moins meurtrière.

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