LETTRE XXXI
"^TV^Wî à onsieur le marquis de Bellefoiids ^ ^ kv^^/J^ ■"' nous a demandé une lettre pour :^'^$^>^ VOUS de SI bonne grâce et avec tant d'envie de Fobtenir, que, sans vouloir mal à l'un et à l'autre, il n'étoit pas possible de la lui refuser.
Si vous pouviez voir à quel point je désire votre perfection et comme je me réjouis des grâces que vous recevez, vous m'en aimeriez sûrement davantage. Je souhaite votre sanctification comme la mienne propre ; et cela me fait prendre des
1. Louis- Christophe Gigault, fils du maréchal, mort, en 1692, colonel du régiment Royal-Comtois, de blessures qu'il avait leçucs au combat de Steinkrrqnc.
libertés, eu vous écrivaut, qui ne conviennent point à une humble pénitente qui n'a ni vertus ni lumières. Que dis-je de lumières ? je vois cependant, hélas ! trop clairement, que le vice tient encore une place que la vertu devroit seule occuper ; mais je n'en suis pas moins sensible au plaisir d'apprendre qu'en vous faisant pratiquer sa loi, le Seigneur vous en fait goûter les douceurs. Si je Taimois comme je le dois, si son amour régnoit souverainement dans mon cœur, il absorberoit toute autre pensée : je ne verrois, je ne sentirois, je ne respirerois plus que mon Dieu. Mais quoi? je serois trop heureuse sur la terre ; et ce bonheur n'est réservé qu'à ceux qu'il a délivrés des misères de cette vie, et qu'il appelle à lui pour couronner en eux le mérite de ses dons. Eh ! qui suis-je, moi, et qu'ai-je fait encore pour oser aspirer à voir si promptement la fin de mes maux? Je ne puis arriver à Dieu, après l'avoir tant offensé, que par la plus rigoureuse pénitence.
C'est pourquoi je le prie de me reuiettre sans cesse mon péché devant les yeux^ comme l'objet le plus capable de m'humilier et de me confondre ; et cependant, que j'éprouve de consolations dans mespeines, et que je sens de douceurs et de plaisir à l'aimer !