‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 121 sur 183 · Qitia respexit humilitatem ancîUae snse, Luc, I · texte numérisé non relu

Qitia respexit humilitatem ancîUae snse, Luc, I

rebuts, paix;e qu'ik sont plus enchantés, plus déçus, en un mot plus épris d'une illusion et plus attachés à une ombre.... Plaise à celui dont je tâche d'exprimer la vérité simple par tant de paroles, faire qu^il y en ait quelqu'une dans un si grand nombre qui aille trouver au fond de votre cœur le principe secret que je cherche. Il est en nous dans le fond de notre raison^ il est en nous par la foi et la grâce du christianisme. Notre raison n'est raison qu'en tant qu'elle est soumise à Dieu : mais la foi lui apprend à s'y soumettre ,' et pour penser et pour agir ; c'est la vie.

J'ai fait vos complimens à madame....

Elle est meilleure que le monde ne la croit, et pas si bonne qu'elle se croit elle-même , car elle prend encore un peu la volonté d'être vertueuse pour la vertu même, qui est une illusion dangereuse de ceux qui commencent. Nous ne lui parlons jamais de vos lettres; nous craignons trop les échos fréquens.

Priez pour moi, je vous en conjure. Au reste, une fois pour toutes, ne me parlez jamais de mon innocence, et ne traitez pas de cette sorte le plus indigne de tous les pécheurs. Je vous, parle ainsi de bonne foi, par la seule crainte que j^ai d'ajouter l'hypocrisie à mes autres maux.

Versailles, ce 3 mars 4674.

f e vous ai gardé longtemps une réponse de moi avec deux lettres de madame la duchesse de La Vallière, que je prétendois donner à M. Desvaux, et que j'ai à la* fin données à la mère Agnès. Il ne m'a pas été malaisé de faire

agréer à madame de La Yallière les lettres que Vous lui écrivez; elle les reçoit avec une grande joie, et en est touchée. Il me semble que sans qu'elle fasse aucun mouvement, ses affaires s'avancent. Dieu ne la quitte point, et sans violence, il rompt ses liens. Elle ne parle pourtant point pour finir ses affaires ; mais j*espère qu'elles se feront, et que sa grande affaire s'achèvera , du moins la vois-je toujours très-bien disposée.

Que Dieu est grand et saint ! et qu'on doit trembler quand on n'est pas fidèle à sa grâce ! Qu'il aime la simplicité d'un cœur qui se fie à lui, et qui a horreur de soimême ! car il faut aller jusqu'à Thorreur, quand on se connoît. Nous ne pouvons souffrir le faux ni le travers de tant d'esprits : considérons le notre ; nous nous trouverons gâtés dans le principe. Nous ne cherchons ni la raison ni le vrai en rien : mais après que nous avons choisi quelque chose par notre humeur, ou plutôt que nous nous y

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sommes laissé entraîner, nous trouvons des raisons pour appuyer notre choix. Nous voulons nous persuader que nous faisons par modération, ce que nous faisons par paresse. Nous appelons souvent retenue, ce qui en effet est timidité ; ou courage, ce qui est orgueil et présomption ; ou prudence et circonspection, ce qui n'est qu'une basse complaisance. Enfin, nous ne songeons poini à avoir véritablement une vertu, mais, on à faire paroître aux auti*es que nous l'avons, ou à nous le persuader à nous-mêmes. Lequel est le pis des deux? Je ne sais; car les autres sont encore plus difficiles à contenter que nous-mêmes, et nous n'allons guère avant quand il n'y a que nous à tromper. Nous en avons trop bon marché, et l'hypocrisie qui veut contenter les autres, se trouve obligée de prendre beaucoup plus sur soi. Cependant, c'est là notre but; et pourvu que, par quelques pratiques superficielles de vertu, nous puissions nous amuser nous-mêmes, en nous disant : «le

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48 IXTTRSS DE BOfiSUBT

pas défait un seul moment. O quand sera-ce que je songerai à être en effet, sans me mettre en pane de paroître ni à moi ni aux autres? Quand serai-je content de n*ètre rien, m à mes yeux, ni aux yeux d'autrui ? Quand est-ce que Dieu me suffira? O que je suis malheureux d'a^(nr autre chose que lui en vue! Quand est-ce que sa volonté sera ma seule règle, et que je pourrai dire ayec saint Paul : « Nous n*avons pas reçu Tesprit de ce monde, mais un esprit qui rient de Dieu * ? » E^rit du monde, esprit d*illusion et de yanité, esprit d*amusement et de plaisir, esprit de raillerie et de dissipation, esprit d*intérétet de gloire. Esprit de Dieu, esprit de pénitence et d'humilité, esprit de charité et de confiance, esprit de simplicité et de douceur, esprit de mortification et de componction, esprit qui hait le monde et que le monde a

I. Xos autem non spîritum hujus mundt accepimus, sed spiritum qui ex Deo e»t, I CU>ii.y ii, 1^.

en aversion, mais qui surmonte le monde : Dieu Teuille nous le donner.

On dit que nous serons du voyage de la Reine. Si cela est, nous serons peut-être plus proches de vous, et plus en état d'avoir de vos nouvelles ; ce me sera beaucoup de consolation. Je vous écris les choses comme elles me viennent. « Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation :

l'esprit est prompt , mais la chair est foible '. »

i . Figîlate^ et orale ut non intretis in tentationem. Spirilus qutdenê prompt ut est ^ caro autem inûrma, MaTTH., XXVI, il.

Ml HiiiArrBAi. i

une lettre de ma-

hesse de La Vallièrf,

par U

grftce de Dieu, elle ya exécuter le dessein que le Saint-Esprit lui avoît mis dans le cœur. Toute la cour est édifiée et étonDee de sa tranquillité et de sa joie, qui s'augmente à mesure que le temps approche. En vérité, ses sentiment ont quelque chose de si divin , que Je ne pub ; penser sans être en de continuelles actions de grâces : et h marque du doigt de Dieu, c'est la force et l'humilité qui accompagnent toutes ses pen-

SUR MADAME DE LA TAIXIIBE. . 5l

^^; c'est Touvrage du Sadiit>£spnt. Ses

*^^ires se soot disposées ayec une &cilîté

^QTveilleuse ; elle ne respire plos que la

Pénitence ; et sans être effirayée de Tansté-

nté de la vie qu'elle est prête d^embrasser,

elle en regarde la fin avec une consolation

gui ne lui permet pas d^en craindre la peine.

Cela me ravit et me confond ; je parle et

elle fait; j'ai les discours, elle a les œuvres.

Quand je considère ces choses, j'entre dans

le désir de me taire et de me cacher , et je

ne prononce pas un seul mot, où je ne croie

prononcer ma condamnation.

Je suis bien aise que mes lettres vous aient édifié. Dieu m'a donné cela pour vous, et vous en profiterez mieux que moi , pauvre canal où les eaux du ciel passent, et qui à peine en retient quelques gouttes. Priez Dieu pow* moi sans relâche, et demandez-lui qu'il me parte au cœur.

l'est tmp gBTdér le âlrace;. i ^U fin, l'uBÂM ot la «fawkécÉ £aeroieot blow»; c» cMore ^ù je TOUS croie dans la lien où vous m-wei le Dioins de besoin des avis de vos amis , étant immédiatement sous la main de Dieu , il m fikot pas laisser de tous dire quelque dwse sur votre état présent.

J'adore en tout la Providence -, mais je l'adore singulièrement dans la conduite qu'elle tient sur vous. Elle vous ôte au monde, elle vous y reud; elle tous y ôte encore : qui sait si elle ne vous y Tendra

SUR MA.OAME DE LA VALLIERE. 53

pas quelque jour ? Mais ce qui est certain, et ce qu'on voit, c'est qu'elle prend soin de vous montrer à vous-même, afin que vous connoissiez jusqu'aux moindres semences du mal qui reste en vous. Elle vous montre le monde et riant et rebutant. Vous l'avez vu en tous ces états, déclaré en faveur, déclaré en haine : vous l'avez vu honteux, afin que rien ne manquât à la peinture que Dieu vous en fait par vos propres expériences. Que résulte-t-il de tout cela? sinon que Dieu seul est bon, et que le monde est mauvais, çt consiste tout en malignité, comme dit l'apôtre saint Jean^.

Vivez donc , monsieur , dans votre retraite : travaillez à votre salut ; priez pour le salut et la conversion du monde. O qu'il est dur ! ô qu'il est sourd ! car c'est trop peu de dire qu'il est endormi ! ô qu'il sent peu que Dieu est !

i . Scimus quonîam ex Deo siimuf : et muntius totits in maligno positus est, I Joah., v, 19.

URTTEXS DX BOSSOST

Madame de La Yallière penérère arec vaut grftoe et une tranquillité admirables. Sa retraite aux Carmélites leur a causé des teaipèteS) il faut qu^îl en coûte pour saurer ks ftmes. Priez pour moi, monsieur, je m'en vais TOUS oflrir à Dieu.

LETTRE Vn.

AU MAAéCHAL.DB BILLBFOHDS.

Saint-Germain, ce 49 mars 4675.

I^g andez-moi , je tous supplie , si idia longue solitude ne vous abat

point, si votre esprit demeure dans la même assiette , et ce que vous faites pour vous soutenir et pour empêcher que Tennui ne gagne. Une étincelle d'amour de Dieu est capable de soutenir

un cœur durant toute réternité. Dites-moi comme vous êtes , et , je vous prie , ne croyez jamais que je change pour vous. J'ai toujours un peu sur le cœur le soupçon que vous en eûtes ; et qu'auriez- vous fait qui me fît changer? Quoi ! parce que vous êtes moins au mpnde , et par conséquent plus à Dieu , je serois changé à votre égard ! Cela pourroit-il tomber dans l'esprit d'un homme qui sait si bien que les disgrâces du monde sont des grâces du ciel des plus précieuses ! Priez Dieu pour moi , je vous en supplie, remerciez-le des miséricordes qu'il fait si abondamment à ma sœur Louise de la Miséricorde.

LETTRE VIII

Saint-Germàin , ce 49 mars (4675).

epuis notre dernière conversation et l'entretien que j'ai eu avec ma sœur Louise de la Miséricorde, il me semble qu'il faudroit à chaque moment s'épancher pour elle en

1 . L'original de cette lettre appartient au couTent des Carmélites de la rue d'Enfer. Madame la supérieure a bieu voulu nous en donner une copie. La lettre elle-même a d'ailleurs été imprimée en entier dans une brochure de b6 pages intitulée : Lettres inédites de Bossuet. Versailles, Lebel, 1820. — C'est par erreur qu'il est dit, dans la brochure, que cette lettre a été adressée à la mère de Jarnac, en religion, Claire du Saint-3acrement.

actions de grâces. Jl y avoit quatre mois que je ne Tavois vue , et je la trouvai de nouveau enfoncée dans les voies de Dieu, avec des lumières si pures et des sentimens si forts et si vifs, qu on reconnolt à tout cela le Saint-Esprit. Selon ce qu'on peut juger, cette âme sera un miracle de la grâce. Elle n'a besoin que de quelqu'un qui lui apprenne seulement à ouvrir le cœur et qui sache, en Tavançant, la cacher à elle-même.

Dieu a jeté dans ce cœur le fondement de grandes choses^ vraiment tout y est nouveau, et je suis persuadé plus que jamais de l'application de mon texte.

Je crois au reste tout de bon , ma chère et révérende Mère , que je ferai le sermon, car assurément, nous ne voyagerons pas. J'en ai une joie sensible et je prie Dieu de tout mon cœur que je puisse porter à cette âme une bonne parole. Mon cœur l'enfante, et je ne sais ni quand ni comment elle sortira. Priez Dieu, ma chère Mère, que cette parole incréée, conçue éternellement dans

llbiA Â

le sein du Père, et enlin revêtue de chair 1

pour se commuiiiquer aux boniraes mur-

tels, possède mon intelligence. Il j a plus

de quinze joure que

j'ai toujours envie de

vous écrire ceci ; je n'

en ai trouvé qu'anjoiir-

d'hui la com

Que ma sœur Aone-

Marie de Jési

ublie pas devant Heu.

Je vous met!

toutes deux ensemble,

et j'y mets pour

le troisième ma sœur

Louise.

La Trinité 1

! ces trois ! la Trinite

nous fasse à tous i

ïœur et une àme pouf

aimer Dieu en co,

rde ! Ainsi soit- il.

/. S.y a. év. de Cortdom.

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