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vable à Dieu même. S'il forme des désirs, c'est Dieu qui les lui inspire ; s'il fait des prières , c'est le Saint-Esprit qui les lui enseigne ; s'il répand des. larmes, ne croyez pas que la source n'en soit que dans ses yeux ou dans son cœur ; comment ces eaux rejailliroient-elles jusqu'à la vie étemelle, si «lies n'en a voient premièrement coulé? Mais s'il n'est pas possible à l'homme de faire de soi-même la moindre démarche pour sa justification , que sera-ce quand il sera question de rompre les grands engagemens de là 'cour et du monde?
Ce qui est souverainement bon, dit Tertullien, dépend souverainement de Dieu : Quod maxime bonum , id maxime pênes Deum ; principe sur lequel les Pères ont prononcé que le martyre, qui est le dernier effort de la charité chrétienne, dépendoit plus absolument de la grâce, qu'aucune autre action de vertu. Or, croyez-vous que, au sentiment des Pères mêmes, quitter le monde, quand x>n y possède des avantages
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considérables, étouffer ses passions dans le fort de la jeunesse, vaincre la nature dans ses affections les plus tendres, soient des efforts bien moindres que ceux du martyre, et qu'Usaient, par conséquent, beaucoup moins besoin de grâce ?
Mais demeurons dans les règles que je me suis prescrites. Une personne engagée dans le monde et dans la cour n'y sauroit donc renoncer, que son esprit ne se désabuse, que son cœur ne se détache. Et qui peut opérer ces deux miracles, sinon la grâce : une lumière qui éclaire essentiellement , une chaleur qui meut et qui enflamme. Disons tout, messieurs; en ces occasions, il s'agit de renverser l'homme tout entier, de lui faire vouloir ce qu'il ne vouloit pas, de lui faire croire des choses directement contraires à ses premières pensées. Et pour quel autre coup plus difficile Dieu pourroit-il réserver ses grâces les plus fortes, ces grâces victorieuses dans lesquelles, comme dit si bien saint Augustin,
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il n'entre pas moins de puissance cjue d'amour?
Ma très-chère sœur, vous n'avez pas de peine à avouer que vous aviez besoin d'être prévenue d'une gi*âce efficace pour rompre avec le monde. Vous en avez conçu le dessein généreux, vous l'avez conservé avec soin, vous avez su défendre ce feu divin contre tout ce qui le pouvoit d'abord étouffer , vous l'avez fait éclater dans le temps avec courage, vous êtes prête aujourd'hui à l'exécuter avec joie. Hais avec cela, je suis assuré que de vous-même, et par vos propres forces, vous n'auriez jamais été capable de ces sentimens héroïques. Vous avez grande raison, ma sœur, car c'est aux impressions victorieuses de la grâce que vous en êtes uniquement redevable, et si, comme l'épouse du Cantique, vous n'étiez attirée par Jésus-Christ, pas plus qu'à elle il ne seroit en votre pouvoir de courir aujourd'hui après lui.
Et premièrement, comme l'estime est la
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mesure de TafFection, de quelles Tires lumières 1» grâce n'a-t-elle pas dft éclairer votre esprit sur ce que vous deviez penser du monde, pour en pouvoir sûrement détacher votre cœur ? Ne cr&tes-vous pas, ma chère sœur, vous être réveillée d'un sommeil inquiet et fâcheux, lorsque la grâce TOUS ouvrant les yeux, vous vous aperçûtes tout d'un coup que ce grand monde, qui éblouit tant de gens, et que vous aviez peutélre vous-même cru quelque chose, n'étoit rien ; que ses biens, après lesquels on court avec tant de fureur, n'étpient que des songes, ses grandeurs que des illusions, ses plaisirs que des impostures ? lorsque, comparant la connoissànce présente que votis en aviez, avec les pensées que vous en aviez pu avoir, vous vous trouvâtes en état de dire avec un prophète* : « J'ai regardé la terre, et je me suis étonné de voir qu'elle étoit vidé
1. jéspexi terrant j et ecce vacua erat, et nihilL Jebkm., tt. â3.
et pleine de rien. » Que Veulent dire, mes frères, ces étranges paroles, la terre vide et pleine ? C'est-à-dire tellement pleine, qu'elle ne laisse pas d^être vide, tout ce qui la remplit paroissant être quelque chose, et n^étant rien en effet, tout s'y passant ea figure, quoi que ce soit n'ayant de consistance ni de réalité.
L'esprit étant une fois désabusé du monde, le cœur en devroit.être aisément détaché. Cependant , messieurs, l'expérience nous apprend que la grâce en fait souvent à deux fois. Saint Augustin connut longtemps la misère du siècle et des passions, avant que d'être délivré de leur tyrannie. Sarcina seculi dul citer premebar. — « Je reconnoissois, dit-il, que le monde étoit un fardeau dont jemetrouvois encore agréablement accablé. » Et, comme il ajoute, la paresse, la lâcheté, les erreurs de la coutume, la force des mauvais exemples, tout cela ensemble lui forgeoit une chaîne si pesante qu'il ne la pouvoit porter, et en même temps si
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forte qu'il ne la pouYoit rompre. Reste de misère, messieurs, dont cet illustre pénitent, par sa confession même, ne put être déli- Yré que par le pouvoir de la grâce de Jésus- Christ. QuU me liberabit de corpore mortis hujus? -^ Gratia Dei per Jesum Chris^ tum^ ?
Et c'est ici, ma très-chère sœur, où il semhle que yous ayez encore plus d'obUgation à la grâce que saint Augustin, puisqu'il est constant qu'elle a toudié votre cœur aussitôt qu'elle a éclairé Yotre esprit. Que les sentimens qu'elle vous inspira furent nobles et généreux, lorsque, yous donnant dès lois le desâein de yous consacrer à Jésus-Christ, elle yous fit croire qu'il n'y aYoit plus rien qui fut digne de Yotre cœur ! Mais que ces sentimens furent en même temps équitables, kvsqu'elle yous fit aussi juger que celui qui aYoit radieté YOtre cœur de tocit son sang, deYoit seul le pos-