‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 131 sur 183 · Job., xti · texte numérisé non relu

Job., xti

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TOUS êtes les misérables ; et quelque souffrance que vous remarquie:^ dans leur profession, elles sont les heureuses.

Tertullien, exhortant autrefois les martyrs qui étoieiit dans les prisons , leur disoit que le monde qu'ils avoient quitté étoit une prison bien plus fâcheuse et plus insupportable que celle qui les enfermoit. « Vos yeux, leur disoit-il , sont dans les téiièbres ; » Majores tenebras habet mundus , quœ mentes homi^ num excsecant; mais le monde en a de bien plus épaisses et de plus dangereuses, puisqu'elles aveuglent l'esprit. Vos corps, à la vérité, sont chargés de fers , mais le monde a des chaînes bien plus pesantes et plus honteuses, puisqu'elles tiennent même les âmes esclaves : Grauiores catenas induit mun^ dus^ quœ ipsas animas perstringunt ^ .

Voilà, mes chères sœurs, les consolations que nous pourrions à peu près vous donner dans votre prison volontaire, si vous en

i. TsRTVi.L,y Lib,ad Martjrret,

aviez besoin , et si yous n^étiez pas autant persuadées que yous Têtes , du bonheur et de l'avantage de votre condition. Le monde ne devroit pas être plus difficile à convaincre du malheur de la sienne, principalement à la vue de l'exemple qui lui apparoît aujourd'hui ; car , mes frères , c'est la principale fin du Pasteur, en vous assemblant pour vous réjouir du retour de sa brebis : Conuocat amicos et ificinos. Oui, le dessein de la grâce, en nous proposant un exemple si touchant, c'est que tout le siècle s'y intéresse, et qu'il en profite. Encore deux mots, et je finis ce discours.

III* Point. C'est une chose admirable dans la nature, que toutes les fois qu'elle travaille à la production d'un ouvrage , elle pense en même temps à l'étendre et à le multiplier. Il ne se forme pas un fruit, qu'il ne seformeavec lui un pépin pour le reproduire. Mais cette économie est pour le moins aussi admirable

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dans la grâce. Celle-ci ne forme jamais une âme, et ne la fait nouvelle créature en Jésus- Christ , pour m^expliquer avec saint Paul *, qu'elle ne la dispose , dans le même moment, à communiquer, ou par ses discours, ou par ses exemptes, Fêtre surnaturel qu'elle a reçu. André n'a pas plus tôt connu Jésus- Christ, qu'il le fait connoître à Pierre son frère; sitôt que Philippe le trouve, il lui mène Nathanaël. Voyez cette femme qu'il venait de convertir au puits de Samarie : ne pouvant contenir un seul moment le feu dont brûle son cœur, elle court en embraser toute sa ville, f^enite et çidete*, — «Venez, dit- elle, et voyez. »

Non , non , tous les amans que la grâce donne à Jésus-Christ ne sont point jaloux ; ils savent assez que ce qu'ils aiment étant infini peut suffire aux autres comme à eux ; et ainsi , au heu de ressembler à cet

1. si qua ergo in Chritto nova creatura, veteratran» sierunt : Ecce facta sunt omnia nova ? II Cor., y, 17.

2, JoAH., IV, 29.

homme dont^ parle saint Matthieu*, qui cacha le trésor qu'il avoit découvert , on peut dire qu'ils ressemblent plutôt à la femme dont il est parlé dans TEvangiie même que j'explique, qui appela tout le monde pour voir la drachme qu'elle avoit trouvée*.

Quoique là fécondité de la grâce Toblige d'avoir ce dessein dans toutes ses productions, il est constant, néanmoins, qu'elle le fait davantage éclater dans les unes que dans les autres, et il se trouve des personnes qui , par le rang qu'elles ont tenu dans le monde, ou par les circonstances particulières de leur vocation , ou même par les

1. Simile est regnum cœlorum tltesauro ahscond'ito in agro:quem qui invenit homo^ abscondit^et prœ gaudio ilUtis vadit, Matt., xiii, Ai.

2. A ut quee mulier habens drachmas decem^ tî per^ diderit drachmam unam^ nonne accendit lucernam^ et everrit domum^ et qiiœrit diligenter^ donec inveniat? — Et cum învenerit^ convocat arnicas et vicinas , dicens : Congratulamini mihi^ quia inveni drachmam quam per^ diderûm? Luc, xv, 8, 9.

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besoins de ceux qui les environnent, semblent plus destinées à servir d'exemple , à ramener les autres de leurs égaremens, et à les porter à Jésus-Christ.

C'est, ce me semble, ma chère sœur, dans ce rang et dans cet ordre que je vous aperçois aujourd'hui. Le grand éclat que fait dans le monde votre vocation, est un trophée public de la grâce, qui veut, en même temps qu'elle vous touche, se servir de votre exemple pour toucher tout, votre siècle. Voilà rétat dans lequel vous pouvez vous considérer, et 1^ principe sur lequel vous devez vous conduire. Ce vous est un grand honneur, ma chère sœur, d'être ainsi choisie pour être l'organe et l'instrument de la grâce dans le salut des hommes ] mais souvenez-vous aussi que si ce vous est un honneur, ce vous est ime charge ; car que ne devez-vous pas faire pour soutenir la dignité de cet emploi? Il faut continuer courageusement ce que vous commencez aujourd'hui , garder votre première ferveur ,

DO TOUS en jamais reUcher, sous prétexte de quelque progr«. Pour vous animeràtravailler à TOlre perfection particulière, pensez que vous traviiillf-'z en m^ine temps au salut des autres; que vous n'êtes point à vous, et que pendant que '- ■l°"-"n se sert des scandales des gens du m )ur perpétuer le \iee.

votre vocatif oblige à fournir à la

grâce des exemples p mr le détruire.

Mais aussi, après la, quelle excuse pour vous, mes frères, et nour tous les gens du inonde ? Là, que y luvea-vous désormais alléguer pour vc dispenser d'arracher votre creur au moue ; , et de le rendre à Jésus-Christ ? Que pouvéz-vous, dis-je, opposer qui soit recevable contre un exemple si sensible, si présent à vos yeux, si touchant dans toutes ses cii'constances ? Est-ce que vous avez plus d'obstacles dans le monde que n'en avoit cette âme courageuse? Y avez^vous des engagemens plus forts? Y tenez-vous UQ rang plus considérable ? Y jouissez-vous d'un âge plus florissant ? Numquid

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delicatior es illo senatore ? disoit autrefois saint Augustin. Ne seroit-ce point aussi que votre tempérament seroit plus foible, et votre délicatesse plus grande ? Ah ! vous savez, mes frères, que son sacrifice en toutes ces choses est fort au-dessus de celui que la plupart de vous pourriez faire ; vous savez qu'elle quitte avec le monde la possession de tout ce que l'ambition peut prétendre, qu'elle le quitte dans la fleur de sa jeunesse, que, pour le quitter, il faut qu'elle passe par-dessus ce que 4a nature a de plus tendre, et ce que la raison même a de plus fort. Hé! pouvez-vous donc prétexter désormais votre lâcheté et vos retardemens ? Elle répond puissamment et sans réplique à tout ce que vous sauriez dire. Mes frères, si nous ne sommes touchés de cet exemple , il faut . que nous en soyons confondus.

On a dit d'un sage, qu'il avoit vécu afin que son siècle ne manquât ni d'exemple ni de reproche. Je puis dire la même chose ici

c plus de raison. La grâce élcTe aujourui cette âme comme un exemple éclatant A triut son sit-rte; mais s'il n'en profite, cet exemple pourroit Lien lui être un jour une coD damnation éternelle. N'avons-nous pas, nlTui- •m-an/lji raicnn de croire que c'est a un e lie et si louchant que

la ses derniers efforlâ

m ; et que, si un aussi grand coup de miseï orde nous est inutile, il n'y a plus rien à e lérer pour notre salul? Là-dessus, vous mi lirea sans doute : » Estce qu'il faut que nous suivions cette àine dans le cloître ? ■• Mes frères , le Carmel est une montagne qui n'est pas accessible à toal le monde; la grâce n'en aplanit pas les chemins difficiles à tous les chrétiens. Vous avez même , la plupart , des obstacles par votre état qui s'y apposent ; mais savez-vous aussi qu'un véritable chrétien doit oonseï^ ver dans le monde l'esprit de la religion? C'est, dans la morale chrétienne, mie vérité, la plus constante que nous puissions vous

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prêcher, puisque saint Paul ne nous prêche lui-même autre chose, que, marchant dans un corps, nous devons vivre selon lesprit; que, pour être du siècle, nous ne devons pas nous conformer au siècle. Vous trouvez cela difficile, et moi je vous dis que c'est indispensable. Il n'y a point de milieu : ou il faut se faire de la religion un monde nouveau, ou il faut trouver le secret de se faire du monde même un monsistère et une religion. Vous ne pouvez suivre de corps cette âme généreuse dans la vie parfaite qu'elle embrasse ; vous . devez tout au moins la suivre de l'esprit.

Saint Bernard dit qu'Elisée voyant monter Elie au ciel dans un char de flammes , eût bien voulu monter avec lui ; mais que, s*il ne lui fut pas permis de se joindre à lui de corps , il se joignit du moins à lui d'esprit, et qu'Elie emporta avec soi tous les désirs et toutes les affections de son disciple. Uiûversa spectantis desideria secum pariter abstulit,

Mes chers frères , voici une fille d'Élie i commence aujourd'hui à monter au àel dans le chariot de son père. Vos foiblesseâ, encore plus ijue vos conditions, vous empêchent de vous joindre à elle et de la suivre^ mais, un la voyant monter, suivezla du mi t, s'il ne vous est pas Bccordii de 1 le corps , en sorte que

l'on puisse ; i e a emporté avec elle

aujourd'hui tous les lêsirs et toute l'affei;tion de celte grande assemblée : U/tiversa apectanliuin denidei a secum pariter abstulit.

Oui, messieurs, en même temps que celte âme s' élevé au-dessus de la terre, dégageonsen nus cœurs ; dans le moment qu'elle se dépouille des honneurs du monde, cessons de les poursuivre ; et quand nous lui vo^ooi vaincre le sang et la nature, ne soyons plus leurs esclaves. C'est ce que le Pasteur demande de nous, quand il nous assemble aujourd'hui; c'est le seul moyen que nous ayons de suivre sa brebis ; c'est enfia par là

poua LA vâruEB. 111

que nous répondrons fidèlement aux inten- ^ tîons de la grâce, et que nous jouirons enfin de la gloire, où nous conduisent le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.

B LA DUCHESSE DE LA YALLIÈRE

PROCHE DEVANT LA REIKE LE 4 JUIR 1675

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